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Billet de blog 12 avr. 2015

Tambouille de Gattaz : à quelle sauce les français vont se faire croquer

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Il y a 1 an, le Pacte de Responsabilité, souvenez-vous.

L'Express fait le bilan du Pacte de Responsabilité et du CICE après 1 an de fonctionnement. Un bilan en demi-teinte qui pèse sur l'estomac et sur les comptes de la nation.


En entrée : Pacte de Responsabilité et CICE (en synthèse)


Les français ont signé, par l'intermédiaire d'un exécutif qu'ils n'avaient pas élu pour cela, un chèque de 40 milliards d'euros destinés à gagner en compétitivité par une diminution du coût du travail.

Les entreprises paient moins de charges sur le travail, finançant moins le fonctionnement de l'état social.
Cette économie de charges doit permettre un gain de compétitivité et rendre les produits et entreprises françaises plus attractifs, donc créer des emplois du fait d'un surcroît d'activité.

Or à ce jour les entreprises n'ont quasiment pas créé d'emplois. Le chômage continue d'augmenter et, sauf ponctuellement, les emplois créés sont en général liés à "l'effet d'aubaine" ou, pire, au remplacement de salariés "chers" par des jeunes "moins chers".

Manuel Valls, alors qu'il annonçait début avril une nouvelle mesure en faveur des entreprises en vue d'inciter à l'investissement productif (nous en parlons ci-dessous), prévenait que "le compte n'y était pas", exigeant une "montée en charge" de la part des entreprises en matière de créations d'emplois.

A quoi Pierre Gattaz répond :

"Le compte y est, je vais vous expliquer pourquoi."

"Le pacte a été voté en juin dernier il y a neuf mois, il se met en place [...] depuis quelques mois seulement. C'est étalé jusqu'à 2017, là, on commence à toucher quelques milliards sur les 40, ça commence", a insisté Pierre Gattaz, poursuivant : "On joue le jeu, on dit : Bravo, continuons, soyons persévérants."

Donc, pour Pierre Gattaz, le compte y est parce qu'il commence à toucher les milliards promis, pas parce qu'il y a des créations d'emplois. Mettons au défi ce monsieur de nous démontrer que le chômage recule.

D'ailleurs, les entreprises qu'il représente ont déclaré le contraire à l'INSEE, prévoyant un nouveau recul de l'emploi dans le secteur manufacturier pour les prochains mois.

Les effectifs de l'industrie manufacturière INSEE


Plat de résistance : Nouvelle mesure annoncée en faveur de l'investissement des entreprises


Nos entreprises sont, depuis plusieurs années, en état de "sur-capacité productive". Comme elles ont moins d'activité, elles licencient et leur outil industriel est moins sollicité.

Évolution du taux d'utilisation des capacités de production INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=12

Malgré cela, malgré l'activité qui stagne, le chômage qui augmente et les capacités de production inemployées, l'état remet la main à notre poche pour inciter aux investissements industriels. A force d'expliquer qu'il fallait réindustrialiser notre pays pour recréer de l'emploi, Arnaud Montebourg a peut-être été (mal) entendu : on va acheter des machines...

Ces investissements industriels, et exclusivement matériels (donc pas immatériels, pas logiciels, etc.) pourront faire l'objet d'un sur-amortissement de l'ordre de 140%.

Exemple : achat d'une machine qui coûte 100 €, amortissable sur 5 ans à raison de 20 € par an.

L'amortissement est en fait une mesure fiscale incitative à l'investissement qui permet à une entreprise de déduire de son impôts sur les sociétés (l'IS équivaut normalement à 33% des bénéfices réalisés, mais ceci n'est vrai que pour les petites entreprises, les grandes savent comment faire mieux...) la part annuelle de son amortissement.

Dans notre exemple, la part déductible est de : 20 €. C'est un coût pour l'état qui prend en charge chaque année l'investissement des entreprises sur son propre budget afin de promouvoir la production. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des gains de productivité qui peuvent générer du chômage. Ce coût pour l'état correspond très exactement du point de vue de l'entreprise à un non-partage de son bénéfice, donc une augmentation de celui-ci et, conséquemment, de ses dividendes.

Avec cette nouvelle mesure, l'entreprise va pouvoir amortir non pas 20 €, mais 28 € (140%). Le coût supplémentaire de cette mesure est de 500 millions d'euros par an pendant 5 ans, soit 2,5 milliards d'euros supplémentaires de dépenses alors que l'état est déjà fortement endetté.

La question qui se pose est de savoir où ces investissements vont être réalisés. On sait que la France n'est pas une spécialiste des machines-outils, contrairement à l'Allemagne. Cette mesure pourrait donc générer de l'activité en Allemagne ainsi que dans tous les pays auxquels nous achetons en général nos équipements que nous ne savons pas produire.

Rappelons que la "politique de demande" avait déjà montré ses limites en buttant sur le même écueil : quand les français percevaient du pouvoir d'achat supplémentaires sous forme d'allocations, d'aides, ils achetaient des équipements (téléviseurs, informatique, etc.) qui n'étaient pas produits en France, générant de l'activité partout dans le monde sauf en France.

→ Les joies de l'économie mondialisée qui empêche toute prévision fiable quant aux effets d'une mesure.


Le dessert : La tarte à la crème de la "sécurisation du CDI"


Alors que depuis quelques années les entreprises ont complètement délaissé les CDI au profit presque exclusif du CDD (87% des embauches se font actuellement sous le régime du CDD), Pierre Gattaz en profite pour remettre une couche sur le principe de "flexi-sécurité".

Il n'y a pas pensé tout seul. Pierre Moscovici, de "passage" en France il y a quelques jours, déclarait que la France aurait un délai supplémentaire pour passer sous la barre des 3% de déficit, mais qu'il fallait faire des efforts et que la Commission européenne attendait plus de mesures positives en faveur de l'activité, notamment en ce qui concernait le marché du travail.

Attention aux pièges sémantiques !!

Quand un ex-ministre de gauche parle du droit du travail français, il faut entendre "non-droit". Manuel Valls, qui n'est pas naïf, a promis que toutes les mesures seraient prêtes d'ici l'été.

De même, quand Pierre Gattaz parle de "sécuriser le CDI", il faut entendre "en faire un CDD", mais un CDD non plus rythmé par une durée pré-établie de 6 mois mais par les cycles de l'entreprise. Si l'entreprise connait un ralentissement de son activité au bout, par exemple, de 9 mois, et bien "zou, dehors". A l’américaine quoi.

Ci-dessous, un extrait de l'interview de Pierre Gattaz sur BFM TV (à lire dans son intégralité, c'est un régal).

"Il faut évacuer le problème de pénibilité. Je ne demande pas la suppression de la loi. Je demande que l'on fasse de vraies réformes sur le marché du travail".

"Il faut absolument libérer cette peur de l'embauche. Je demande une réforme du marché du travail. Je veux adapter et sécuriser le CDI comme un contrat de mariage. Je souhaite un CDI sécurisé où l'on met les causes de séparation".

"Il y aura une conférence sociale sur le sujet au mois de juin. C'est après le congrès du PS".

"Nous avons également soumis le contrat de projet. Il faut le généraliser à tous les secteurs".

Avec toutes ces injonctions, avec le congrès du PS qui arrive à grands pas, le gouvernement va être au four et au moulin. Il va falloir contenter tout le monde, donc mentir à certains pour ne pas décevoir les autres.

Ce qui est certain, c'est que les français ne seront pas assis à la table des négociations. Ils participeront certes au repas, mais directement sur la table, car le repas, c'est nous.

Wake up.

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