LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 oct. 2017

LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

Réflexions inactuelles

Pendant des siècles, le mépris de classe s’est accumulé comme un état de fait, se vérifiant et se consolidant de la mythologie de la lignée, avant d’utiliser celle du mérite.

LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Japanese grass art

Il est vrai qu’à parcourir les campagnes le lettré d’hier ne découvrait souvent que la misère au jour le jour, l’ignorance tenue pour crasse, les superstitions obscurément religieuses, et l’âpre appât au gain des plus pauvres luttant pour survivre. Pour faire émerger l’idée de la démocratie, au moment des Lumières, il a fallu songer à une instruction du peuple, il a fallu miser sur une égalité intellectuelle et une clarté de jugement qui se devait être en hypothèse la plus également partagée. Les premières révolutions étaient loin de ce but, mais en dessinaient l’horizon. Alors, ils se disaient qu’il n’avaient pas tort, ceux qui aux XVIIIe et XIXe siècle (dire qu’ils existent encore) considéraient qu’il faut adjoindre à la démocratie sinon un tyran éclairé, une sorte de comité de sages, gouvernant en son nom un peuple à la fois trop affairé et trop ignorant pour ce faire. Intellectuellement, on se rassurait : toute la tradition philosophique s’appuyait sur l’intimidant Platon, le plus antidémocratique, le plus totalitaire des philosophes antiques, dont les positions avaient plu à l’Eglise, avant de plaire aux lettrés ; toute l’architecture du savoir légitime s’appuyait sur ces jalons, qui distinguaient adroitement les bergers du troupeau, et triaient les détenteurs du savoir et des accès aux Idées, des gens du vulgaire.
Le problème de l’articulation d’aujourd’hui, car aujourd’hui est toujours une articulation entre un hier plus ou moins connu et un demain par nature excessif aux prévisions, c’est que le mépris de classe tenant pour vrai que le peuple ne jure que par la vulgarité d’un présentateur et les émissions de téléréalité (oxymore improbable) « parce qu’il le vaut bien » pour reprendre le slogan le plus significatif de cette caste de dominants, ce mépris se heurte à la réalité d’une hausse générale des savoirs, et à une culture plus multiple qu’on imagine, à une multiplication des points d’accès au monde. Le paysan d’aujourd’hui, devenu le banlieusard dans les contrées duquel on ne s’aventure pas sans frissons, est infiniment plus connecté au monde que le savant d’il y a 50 ans. Et si les réseaux sociaux ne brillent pas toujours de particulière intelligence, la porosité des cultures, la confrontation des informations entre mainstream et théories complotistes créent la possibilité d’un espace délibératif beaucoup plus ouvert qu’auparavant, validant à terme l’émergence d’une conscience critique collective, beaucoup plus proche de l’idéal démocratique.Voilà ce que nos dirigeants d’aujourd’hui ne comprennent pas, parce que l’évidence dont ils héritent, l’état de fait ininterrogé, le mépris transparent dont ils héritent les aveugle. Pour eux, le peuple reste le peuple, c’est à dire un troupeau prêt à être gouverné.

Entendons-nous bien. L’éducation, l’instruction (au sens de la simple programmation des opinions) n’est effectivement pas la possibilité émancipatrice qu’on envisageait avant Bourdieu. Le capital symbolique à redistribuer pour renverser les processus de domination toujours à l’œuvre passe par l’art et la culture. L’Art et la culture sont politiques. L’Art est le seuil émancipateur. Il permet à chacun de parler. Il y a l’éducation, bien sûr, comme une série de narrations qu’on se raconte d’avance comme pour apprendre à vivre, et puis ensuite il y a l’Art, qui comme tout système de représentation nous arrache à la foi première des représentations sociales, nous sauve des rapports de force, met à jour la détermination des époques et des castes sociales. Bien sûr que la musique, la peinture, la littérature etc. et leurs sidérations brouillent les rapports du temps oisif et du travail, bien entendu que l’Art trouble l’originalité des rapports amoureux, qu’il opacifie comme une céramique la terre de notre terreur de mourir. L’art en ce sens, c’est une religiosité laïque, une sortie de tout commerce, un espace sacré sans religion. Le sentiment artistique vient se placer dans l’ajour de notre être, vacillant et lumineux comme une flamme, cédant et résistant alternativement à l’ombre, permettant toute interprétation des formes entrevues, dans le tremblement lent du vivant – et du fraternel – qui passe.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus

À la Une de Mediapart

Journal — Moyen-Orient
Des Russes désertent vers la Turquie pour ne pas « mourir pour Poutine »
Après que le président russe a décrété la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front. 
par Zafer Sivrikaya
Journal — Politique
La justice dit avoir les preuves d’un « complot » politique à Toulouse
L’ancienne députée LR Laurence Arribagé et un représentant du fisc seront jugés pour avoir tenté de faire tomber une concurrente LREM à Toulouse. Au terme de son enquête, le juge saisi de cette affaire a réuni toutes les pièces d’un « complot » politique, selon les informations de Mediapart.
par Antton Rouget
Journal — Exécutif
Retraites, chômage, énergie : Macron attaque sur tous les fronts
Le président de la République souhaite mener à bien plusieurs chantiers d’ici à la fin de l’année : retraites, chômage, énergies renouvelables, loi sur la sécurité, débat sur l’immigration… Une stratégie risquée, qui divise ses soutiens.
par Ilyes Ramdani
Journal
« L’esprit critique » cinéma : luxe, érotisme et maternité
Notre podcast culturel débat des films « Sans filtre » de Ruben Östlund, « Les Enfants des autres » de Rebecca Zlotowski et « Feu follet » de João Pedro Rodrigues.
par Joseph Confavreux

La sélection du Club

Billet de blog
Saint-Jean-Lachalm, un village qui a réussi ses éoliennes, sans s'étriper
Saint-Jean-Lachalm, un village de la Haute-Loire qui a trouvé le moyen de ne pas s’étriper lorsque l’idée d’un champ d’éoliennes a soufflé dans la tête de son maire, Paul Braud. En faisant parler un droit coutumier ce qui, de fil en aiguille, a conduit… au chanvre.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
Éolien : vents contraires !
[Rediffusion] Mal aimées parmi les énergies renouvelables, les éoliennes concentrent toutes les critiques. La région Provence Alpes-Côte d'Azur les boycotte en bloc sans construire d'alternatives au « modèle » industriel. le Ravi, le journal régional pas pareil en Paca, publie une « grosse enquête » qui ne manque pas de souffle...
par Le Ravi
Billet de blog
L’éolien en mer menacerait la biodiversité ?
La revue Reporterre (par ailleurs fort recommandable) publiait en novembre 2021 un article auquel j’emprunte ici le titre, mais transposé sous forme interrogative … car quelques unes de ses affirmations font problème.
par jeanpaulcoste
Billet de blog
Les sulfureuses éoliennes de la baie de Saint-Brieuc en débat
[Rediffusion] A l’initiative d’Ensemble ! deux débats ont été organisés les 24 et 25 septembre autour du projet de parc éolien dans la baie de Saint-Brieuc. En voici le compte rendu vidéo, avec mon intervention, présentant mes enquêtes sur Mediapart, et les prises de parole de Katherine Poujol (responsable de l’association « Gardez les caps !) ou encore de Lamya Essemlali (présidente de Sea Shepherd France).
par Laurent Mauduit