LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 févr. 2017

LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

Eclairante culture

LOZT
www.lozt.fr
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je voulais écrire un article sur le sens des mots, partant de la fameuse hypothèse de Sapir-Whorf. Je voulais écrire sur les mots qui pensent à travers nous. Sur l’histoire des sentiments qui ne peut être autre chose que l’histoire des mots dans lesquels ils se sont énoncés - comme le remarquait Jean Starobinski à propos de la nostalgie. Je me serais interrogé avec d'autres sur l'importance des lieux communs dans le langage des médias. J'aurais repris à cette occasion l'étonnement d'André Gide au début de la guerre de 1914 qui observait que le langage des journalistes (qui n'avaient pas été au front) fournissait les clichés au moyen desquels les soldats revenus du front décrivaient leurs expériences. J'aurais fait un détour par le "médialecte" qui n'a jamais aussi bien été relevé que par Gérard Genette dans son Bardadrac. Et pour "enfoncer le clou", sans doute aurais-je fait un détour par la novlangue, afin de m'appesantir sur la raréfaction linguistique et les torsions sémantiques qui sont le signe de tout totalitarisme : de fait, le totalitarisme, cela restera toujours un espace sonore empoisonné, une raréfaction du vocabulaire, une recherche infantile de vibrations communes sans déploiement d'espace intérieur individuel - une idée infantile de communion sans risque de solitude, c'est-à dire sans crainte de contradictions - sans Autre. Ce sera pour un article prochain. L’actualité peut-être, dont la radio, que j'avais oublié d'éteindre, dans la pièce à côté hurlait son témoignage.

Je songeais distraitement donc à ce moment d'ouvrir la page, à propos de Trump, qu’il n’y avait jamais eu dans l’histoire d’empire déclinant sans empereur fou. La stupéfaction qui nous est venue la nuit de son élection a sans doute une cause :  pensait-on, inconsciemment, que cette forme de dérive était le fait de régime autocratiques, héréditaires, et que la raison du plus grand nombre prévenait les régimes démocratiques de telles dérives. Encore aurait-il fallu miser véritablement sur la démocratie, et la culture du plus grand nombre, plutôt que sur les téléréalités dont Trump est le représentant et le produit (bien plutôt que des réseaux sociaux dont il n’est jamais qu'un utilisateur plus egocentré que beaucoup d'autres).

Jean Dubuffet - tiré de la série "le site populeux"

Il y a vingt ans, lisant Asphyxiante culture de Dubuffet, j'apprenais à penser avec plus ou moins d'adhésion que la ligne de partage entre artistes et professeurs était infranchissable : en résumé, les professeurs résument, transmettent ce qui a déjà été fait, capitalisent un savoir, portent des jugements, et ne peuvent en rien entrer dans un processus créatif, sinon en le freinant. L'artiste, lui n'aurait besoin d'aucune culture dans sa quête d’une nouvelle expression originale - et l'apparition ou la réactivation d’une nouvelle émotion (l'apparition d'un nouveau mot de sensations en quelque sorte, d'une nouvelle tranche de vocabulaire).

Aujourd'hui, effet de l’âge peut-être mais bien surtout des bouleversements numériques, je ne pense plus vraiment la même chose : nous devons faire ce qu'à l'époque de l'imprimerie les humanistes d'Erasme ont su faire - quand avec l'imprimerie ils ont renoué avec l'antique : faire qu'une révolution médiatique s'accompagne d'une renaissance culturelle - en renouant avec un passé commun plus long que l'immédiat passé aux structures périmées et l'actualité catastrophique du jour. Et n’être pas en défaut de mémoire quand le futur s'écrit aussi vite qu'un algorithme de gestion big-data, ou un "chatbot" doté d'une "I.A".

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo, 5 ans après : notre émission spéciale
Le 5 octobre 2017, un mot-dièse va faire le tour de la planète : #MeToo (« moi aussi »), une expression pour dire haut et fort les violences sexistes et sexuelles. Cinq ans plus tard, les rapports de domination, de pouvoir, ont-ils vraiment changé ?
par À l’air libre
Journal
MeToo, plus de cinq ans d’enquêtes
Parmi les centaines d’articles publiés et émissions réalisées par Mediapart, ce dossier rassemble une sélection d’enquêtes marquantes, du monde du travail à celui de la musique, de la politique au cinéma, et fait la chronique des défaillances de la justice.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Face aux affaires, l’opposition s’indigne, l’exécutif se terre
Les dernières mises en cause par la justice de deux figures du pouvoir, Alexis Kohler et Éric Dupond-Moretti, sont venues perturber mardi la rentrée parlementaire. Face à des oppositions plus ou moins véhémentes, l’exécutif et la majorité en disent le moins possible, en espérant que la tempête passe.
par Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Exécutif
Kohler, Dupond-Moretti : et soudain, il ne se passa rien
Le président de la République n’a pas jugé nécessaire de réagir après l’annonce du procès à venir de son ministre de la justice et de la mise en examen de son bras droit. Il mise sur le relatif silence des médias. Et ne s’y trompe pas.
par Michaël Hajdenberg

La sélection du Club

Billet de blog
Après les élections, vers le post-fascisme
Aujourd'hui, en Italie, l'institutionnalisation du fascisme va porter l'agression raciste et patriarcale à un niveau supérieur. Avec cette combinaison du fascisme et de la technocratie, le gouvernement Meloni ne sera probablement pas simplement un gouvernement Draghi plus raciste. Nous verrons dans quelle mesure les alliances internationales, l'Union européenne et la Présidence de la République pourront limiter et contenir les dégâts. 
par Bruno Montesano
Billet de blog
Ouvrir les yeux sur le fascisme qui vient
Un peu partout, « la loi et l’ordre » s’imposent, sous une forme directement inspirée des années 40 comme Italie, ou de façon plus insidieuse, comme chez nous. De L’écofascisme au post-fascisme en passant par l’autoritarisme policier ultra-libéral, c’est cinquante nuances de brun. Et il va falloir commencer à sérieusement s’en inquiéter, si on ne veut pas voir nos gosses grandir au son des bottes.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
L'Italie post-fasciste : en marche vers le passé
La victoire du post-fascisme, déflagration annoncée, menace nos systèmes démocratiques imparfaits et l'Europe qui subit une guerre de conquête et un bouleversement interne avec ces extrêmes-droites qui accèdent au pouvoir. Faut-il attendre les catastrophes pour crier ? La remise en cause de vieux réflexes ne demandent-elles pas une actualisation pour agir sur notre époque sans se renier ?
par Georges-André
Billet de blog
La grande nostalgie
Les nostalgiques de l'ère fasciste s'en donnent à cœur joie pour ressortir les reliques de l'époque. Dimanche matin à Porta Portese, le plus grand marché aux puces de la capitale, j'ai trouvé un choix impressionnant de memorabilia de l'ère Mussolini.
par D Magada