VENI, VIDI, VINCI...

Dans un article du Monde, intitulé "Aéroport à céder", Stéphane Lauer évoque le projet de privatisation de ADP, Aéroport de Paris. Médiapart a dédié plusieurs articles à Vinci et ses oeuvres. Un intérêt d'utilité publique. Voici, selon moi, pourquoi.

Un récent article de Stéphane Lauer, publié dans Le Monde, daté du 27 mars, résume, chiffres à l'appui, toutes les excellentes raisons qu'il y a de ne pas privatiser ADP. Ce serait une perte de ressources pour l'Etat et donc pour l'intérêt général une contreperformance. Si l'on s'intéresse à Vinci et ses oeuvres, on comprend très vite qu'il y a une véritable collusion d'intérêt depuis plusieurs années entre cette entreprise et certains de nos décideurs qui de mandature en mandature, au nom de la réduction du déficit, de projet d'investissements, vendent, cèdent à retour de bras les fameux "bijoux de famille".

L'actuel gouvernement peut s'enorgueillir d'avoir sifflé la fin de partie de la chronique du projet d'aéroport Notre Dame des Landes. Mais cela ressemble davantage à un coup de sifflet à la mi-temps qu'à la fin du match. En effet, le coup de projecteur sur la ZAD et ses zadistes ne doit pas faire oublier que Vinci, qui est sur les rangs pour racheter la totalité de ADP, s'est déjà vu concéder depuis plusieurs années l'exploitation de l'aéroport de Nantes, qui, même avec l'abandon du projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, lui rapporte gros et va continuer à lui rapporter encore plus gros, surtout si l'extension de l'actuel aéroport de Nantes lui revient.

Et avec la cession envisagée d'ADP, le feuilleton VINCI continue avec presque les mêmes acteurs. Qui a permis à Vinci d'entrer au capital d'ADP, dont cette entreprise possède 4, 5 %? Qui a oeuvré pour lui concéder le "marché" de l'aéroport de Nantes? Quel rôle Bercy et ses différents acteurs ont joué et continuent à jouer pour la future cession d'ADP et, derrière le rideau de fumée, qui prétexte la nécessité d'avoir du cash pour investir, quels sont les véritables enjeux aux yeux de ceux qui à la tête de l'état s'obstinent à vouloir céder à des intérêts privés des biens communs qui constituent une véritable corne d'abondance pour l'état aujourd'hui, et pour Vinci dès à présent ou demain, si l'actuel gouvernement va jusqu'au bout de son projet?

Quel rôle a joué Monsieur Macron, actuellement président de la république, quand il était à Bercy ou même tout simplement en poste à l'Elysée auprès de son prédécesseur dans le succès de Vinci, et aujourd'hui quels sont les raisons, les motifs réels qui le poussent à vouloir continuer de favoriser cette entreprise et à réduire ainsi à terme les ressources de l'état pour un picotin d'avoine? Quel rôle joue et a joué la Caisse des dépôts et consignation dans cette fructueuse coopération avec Vinci aux dépends de l'intérêt général? Qui sont depuis de si nombreuses années les différents protagonistes de ce feuilleton où l'on favorise systématiquement en guise de happy end à chaque fois des intérêts privés au détriment de l'intérêt général à terme? Et qu'obtiennent-ils en échange?

Bref, à qui profite le crime, car c'en est un que d'être en temps de crise permanente à la tête d'un état en faillite, comme a pu le dire un certain monsieur Fillon, en son temps, et de céder aux appétits sans limite, à la voracité inépuisable de ceux qui défendent l'idée que la liberté retrouvée est bénéfique à la croissance et donc à terme à tous, surtout si elle s'incarne dans la figure d'un renard enfin complètement libre de ses mouvements et de ses gestes dans un poulailler enfin vraiment libre... Médiapart doit continuer à s'intéresser à Vinci et à ses liens avec nos politiques et nos décideurs, ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui qui sont, parfois, presque les mêmes. Il faut tout changer pour que rien ne change? Il semblerait que ce soit, plus que jamais, d'une vérité criante.

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