Mélenchon : une alternative ou la fuite en arrière dans le culte de l'État-nation ?

En réponse aux attaques et insinuations de Yoyopolo et de Célestine, et à la hargne de Marifab, sur le fil de discussion de l’article de Jade Lingaard du 07.06.2016 : « NDDL, une campagne d’information à armes inégales ».

Prosélytisme agressif

Les encarts publicitaires "jlm2017" à répétition de P. Magne, les insultes et les propos à l’emporte-pièces et excommunicatoires de Fargeau et de certains autres inconditionnels de JL Mélenchon sur divers fils de discussion de ce club relèvent d’un véritable harcèlement idéologique. Ces fidèles ne peuvent admettre que la candidature de leur champion ne soit pas au centre des préoccupations de la société et enragent que Médiapart n'en fasse pas quotidiennement sa une. C'est lassant et définitivement répulsif : on en viendrait à préférer les Témoins de Jéhovah qui ne font poutant pas dans le léger, eux non plus, pour assurer le salut de nos âmes.

 Migrants

Selon Célestine, ce serait maquiller la vérité des propos de Mélenchon chez Pujadas que de constater son incapacité à apporter une réponse claire à la question de l’accueil du flux massif de migrants auquel est confrontée la France (l’Europe) depuis des années et pour un moment encore probablement.

Or Célestine évacue à nouveau la réponse à cette question.

Certes, Mélenchon a fort justement répondu à la question de Pujadas en rappelant qu’il convenait d’abord de dénoncer les causes de ces exils massifs, à savoir les guerres, la destruction des tissus sociaux et la montée en force des intégrismes religieux, provoquées par les interventions militaires occidentales et leur soutien aux entités coloniales (Israël) et aux dictatures du proche, du Moyen-Orient et d’Afrique (Arabie Saoudite, Egypte, Algérie, Maroc, Mali…) ; Je n’aurais sans doute pas réagi autrement.

Il n’en demeure pas moins que, dans l’immédiat et jusqu’au jour où les sociétés de ces pays auront retrouvé la paix et pourront se reconstruire, l’Europe reste quotidiennement confrontée à un défi humanitaire dont les termes sont simples : ou les États-membres de l’Union se répartissent au prorata de leurs populations (de leurs superficies, de leur PIB… ?) respectifs, l’accueil de ces milliers de réfugiés… ou ils les rejettent à la mer.

C’est le mérite d’A. Merkel d’avoir tenté d’amorcer la première solution. Et si elle n’y est pas parvenue, c’est parce qu’elle s’est immédiatement heurtée au repli nationaliste de la plupart des États membres (la France notamment). Comment Célestine peut-elle dès lors imputer à une Union Européenne politiquement inexistante – faute d’un parlement démocratiquement élu et souverain – à la majorité qualifiée - en matière de politique étrangère, de défense et de politique migratoire – un défaussement qui n’est finalement que le fruit des égoïsmes nationaux ?

 Europe

C’est aussi pourquoi on est en droit de penser que, plutôt que de quitter , comme le propose Mélenchon, une « Union » Européenne factice et de renforcer encore les replis et les protectionnismes nationaux, l’urgence est plutôt à donner à l’espace européen une réelle existence politique, fondée sur la souveraineté de la représentation démocratique, qui permette aux peuples d’assumer ensemble les défis sociaux, environnementaux et migratoires et de contribuer ainsi à l’équilibre des forces internationales dans un monde multipolaire.

 Changement de constitution

Il est plus que temps de mettre fin au régime présidentiel. Mais on ne peut faire l’impasse sur les liens étroits d’un tel régime avec une culture politique et une gestion des territoires et de la société fondée sur l’hypercentralisation du pouvoir public. Or la pensée Mélenchon est l’antithèse de toute réelle décentralisation du pouvoir public en France, qui est pourtant une des clés de la revitalisation de la vie citoyenne.

Je ne crois donc guère à une solution venue d’en haut comme celle de la convocation d’un référendum « national » par un leader providentiel qui serait prêt à abandonner un pouvoir qu’il a mis toutes ses forces à conquérir… ce qui serait absolument inédit dans l’histoire !

 Une refondation démocratique n’en est pas moins possible, fondée sur le principe de subsidiarité, sur la base de territoires voulus par leurs habitants et de compétences librement assumées et partagées.  La construction des autonomies « régionales » en est effectivement un aspect. Je ne suis pas un « autonomiste planqué » (Célestine), mais un autonomiste d’autant plus assumé que je ne confonds pas l’autonomie territoriale élargie avec l’autarcie, mais la conçois comme le socle d’une solidarité assumée : celle que permet une organisation fédérale de la représentation citoyenne. Les autonomies sont d’ailleurs une réalité quotidienne pour la majorité de nos voisins des États de l’Europe de l’ouest (Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Italie…) dont la France se distingue, avec la Grèce et la Turquie (à chacun ses modèles…), farouchement enkystée dans la confusion entre citoyenneté et nationalité, entre pouvoir public et centralisme étatique, entre laïcité et monoculturalisme.

L’émancipation des peuples sera l’affaire des peuples eux-mêmes ou ne sera pas. Que la voie choisie par les Corses ne plaise pas aux Français attachés au rayonnement de leur mythe national, je le comprends fort bien, mais l’avenir de la Corse est d’abord l’affaire de -tous- ses habitants réels. A moins, bien sûr,  qu’on en soit encore à penser, avec Jules Ferry pour l’Afrique ou Leonid Brejnev pour l’Afghanistan, que le « progrès », la « civilisation », la « Lumière », la « révolution », le « socialisme », l’ »écosocialisme (Last but not least !) » soient des bienfaits que les leaders de peuples « éclairés » auraient pour mission d’apporter aux populations périphériques égarées dans la nuit sombre de leurs sous-cultures…

 Beulin / Merret / Troadec

A en croire les zélateurs de Mélenchon, un Breton qui rejette le centralisme étatique et qui ne ferait pas allégeance à leur tribun ne pourrait être autre chose qu’un sournois défenseur de l’agriculture productiviste, un agent de l’institut de Locarn, bref un affreux « Bonnet rouge » confondu pour l’occasion avec un chouan la faux entre les dents… Il se trouve qu’étant effectivement de culture rurale et comptant parmi mes amis plusieurs adhérents de la Conf’, je  n’ai jamais épargné le PDG de Sofiproteol-Avril-FNSEA et le chef de la FNSEA du Finistère qui symbolisent un des pouvoirs que j’exècre le plus : le lobby de l’agrochimie. J’ai en revanche toujours refusé de les confondre, eux et leurs lieutenants, avec les agriculteurs, même les plus bornés, qu’ils continuent de tromper, de ruiner et de pousser au suicide. Quant à Christian Troadec qui a effectivement passé une alliance de circonstance avec Merret lors de l’explosion du mouvement des « Bonnets rouges », il n’en est plus à un opportunisme près, comme tout populiste qui se respecte.

A ce titre, même si la candidature et l’action de C. Troadec sont parfaitement ancrées dans les réalités bretonnes – et agricoles - alors que Mélenchon y fait figure d’extra-terrestre, ils partagent tous deux de nombreux points communs : pas seulement leur opposition à la loi El Khomry, leur goût des symboles, leur « franc parler » et leur ambition confinant à la mégalomanie, mais aussi leur habile utilisation du numérique pour la construction illusoirement participative de leurs programmes respectifs.

 

 Écosocialisme / NDDL

La conjonction des luttes pour la justice et la solidarité sociales d’une part, et pour ce qui est devenu le « développement durable » d’autre part, ne date pas d’hier et n’a attendu ni Mélenchon ni le concept d’écosocialisme auquel il se réfère. Au risque de flatter mon « ego surdimensionné » et d’exciter encore l’exaspération bouillonnante de la très chère Marifab, je me souviens des années 70, alors que j’étais encore lycéen, que nous faisions grève pour défiler aux côtés du « Joint », que nous marchions, drapeaux rouges, noirs et « Gwenn-ha-Du » en tête, 22 km sous la pluie en soutien aux ouvriers en grève des abattoirs-bagnes de chez Doux, que nous relayions auprès de nos camarades l’information du Comité de lutte contre la construction de la centrale de Fessenheim et passions l’été entre les rassemblements du Larzac et de Naussac (l’ancêtre de Sivens)….

 Quant à NDDL, je n’ai pas attendu les leçons et l’aimable proposition de Marifab à diffuser le fruit de ses cogitations, pour relayer dans ce club, et ailleurs, les infos et appels de l’ACIPA dont je suis par ailleurs adhérent :

https://blogs.mediapart.fr/lt-clement/blog/240216/les-riverains-de-nddl-solidaires-des-zadistes

https://blogs.mediapart.fr/lt-clement/blog/010616/notre-dame-des-oiseaux-de-fer

 

Poutine-Bachar

Je maintiens enfin – mais c’est encore un autre sujet - que les déclarations élogieuses de Mélenchon à propos de l’intervention militaire russe en Syrie, frappant au moins autant l’opposition à Al Assad non inféodée à Daech que Daech lui-même, y compris un hôpital où intervenaient des volontaires de MSF, revenaient à dédouaner le régime syrien et à donner au régime de Poutine une image qui va bien au-delà d’une simple « dédiabolisation » ; Un satisfecit qui ne me semble guère être un gage d'ancrage démocratique

 

 Non, décidément, l’alternative démocratique, sociale et environnementale n’est pas dans la réhabilitation et le renforcement du centralisme étatique. La VIème république, puisqu’elle est effectivement à l’ordre du jour ne pourra émerger que du détricotage de l’État-nation centralisateur, de la réappropriation du pouvoir par la société civile et de projets de territoire étendus à l’ensemble des compétences que leurs habitants auront choisi d’assumer et pourront effectivement assumer en lieu et place de l’échelon supérieur.

… Un peu comme à la naissance la 1ère république, qui doit moins à la prise de la Bastille, au serment du Jeu de Paume ou à la nuit du 4 août et à leurs tribuns sanctifiés par le mythe national, qu’à l’immense mobilisation populaire suscitée aux 4 coins du royaume par la rédaction des cahiers de doléances, par l’émergence, dans les provinces d’États, à Rennes comme à Grenoble, de nouvelles règles de la représentation politique… sans oublier les illustres et prémonitoires antécédents de la révolte des Bonnets rouges en 1675 et de la Constitution corse de 1755 !

 Aussi, s'il est un premier rendez-vous politique qui pourrait être significatif d'un véritable changement dans le calendrier électoral à venir, c'est peut-être celui des législatives, si tant est qu'il soit marqué par l'émergence d'un nombre significatif de candidatures issues de la société civile, d'acteurs de la vie citoyenne, non-alignés, non-professionnels et porteurs d'une authentique alternative, fut-elle locale, à l'illusion démocratique entretenue par les forces de l'argent et les tribuns d'une autre époque.

Il en existe des milliers : il n'est donc pas interdit d'espérer.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.