1° Non seulement le lait n'est pas nécessaire à la bonne alimentation des adultes, mais sa consommation régulière a même des effets nocifs importants : il empêche la fixation du calcium par l’organisme et favorise des dysfonctionnement rénaux. Plus encore, une telle consommation ne faisait pas partie, jusqu'à récemment, des habitudes alimentaires de la grande majorité de la population chinoise.... Or, depuis que les Chinois ont pris l'habitude d'en consommer régulièrement, ils sont massivement confrontés à un fléau sanitaire, jusqu'alors marginal pour ne pas dire inconnu en RPC : l'ostéoporose.
2° L'implantation de Synutra à Carhaix est tout le contraire d'une nouvelle dynamique économique créatrice d'emplois en Centre-Bretagne : elle va précipiter la concentration du foncier entre les mains de quelques exploitants agricoles soumis aux prix du marché industriel fixé par Sodiaal et Synutra. Ce sont donc, très rapidement, des centaines de petits et moyens producteurs laitiers qui vont devoir mettre la clé sous la porte.
3° Le prix qui sera payé aux fournisseurs de Synutra, via Sodiaal, sera évidemment celui du marché des minerais agro-alimentaires (produits de qualité industrielle, non-transformés et à faible valeur ajoutée qui sont ceux de l'agriculture conventionnelle).... : sans doute à peine plus que le prix d'équilibre (pour commencer) voire, ensuite, en-dessous de celui-ci, eu égard à l'augmentation constante des coûts de production liés à cette forme d'élevage (acquisition de foncier supplémentaire, hyper-mécanisation, nombreux intrants alimentaires et vétérinaires etc...). C'est ainsi, par exemple que ce prix d'équilibre est passé de 300 E à 350 E pour 1000 litres de lait au cours des 5 dernières années... alors que les "coopératives" et autres tentacules du cartel de l'agro-business d'Avril-Sofiprotéol (Beulin) ne paient actuellement que 290 E aux éleveurs...
4° La contribution de la Bretagne à l'approvisionnement de la RPC en lait sera donc confinée à la production de lait "conventionnel" contenant une bonne dose de pesticides, d'antibiotiques et de conservateurs… et très pauvre en omégas. C'est-celui que leurs dirigeants et leurs industriels destinent aux catégories sociales modestes de la société chinoise. Les classes moyennes et supérieures, elles, sont déjà demandeuses de produits laitiers d'une toute autre qualité : exceptionnellement riche, biologique, d'une conservation naturelle imbattable : le lait de chamelle, dont la production traditionnelle, en pleine expansion au Kazakhstan et en Mongolie, est d'abord destiné au marché local et est désormais vendu au prix fort aux Chinois. Un lait qui fait actuellement la fortune des éleveurs kazakhs et de leurs laiteries.
5° Pendant ce temps, par exemple, à 20 km de Carhaix, le porte-parole de la Confédération Paysanne des Côtes-d'Armor, installé en GAEC sur 100 ha avec 80 vaches ne produit "que" 4 300 litres de lait bio à l'hectare, qui lui est payé 420 E les 1000 litres - pour un prix d'équilibre de base de 400 E (dans lequel est intégré la rémunération de 4 emplois agricoles !) ... là où un éleveur conventionnel installé sur 130 ha ne dégagerait même pas sa propre et unique rémunération avec 4 600 litres / ha de lait bourré d'antibiotiques et de pesticides, qui lui sont achetés à 290 E / 1000 l. (voir OF du 13.02.2016).
Or c'est au maintien et au développement de cette agriculture paysanne, viable, créatrice d'emplois, génératrice de plus-value (qualité initiale du produit, voire transformation partielle sur place et distribution en circuits courts), fondée sur la polyculture-élevage, avec un minimum d'intrants (apports fourragers extérieurs à l'exploitation, pesticides, produits vétérinaires...) que fait obstacle le modèle agro-industriel en grande partie tourné vers l'exportation... dont Synutra et ses fermes usines sont l'effroyable aboutissement.
6° Quant aux emplois à l'usine de Carhaix, il ne faut pas trop rêver : Chez Synutra comme dans toutes les boîtes chinoises à l'étranger, une bonne part des postes d'encadrement et de maîtrise seront occupés par des Chinois. Car si M. Liang vient à Carhaix pour y faire de l'argent, la RPC est, elle, confrontée à un enjeu supplémentaire : celui de décongestionner sa propre population en proie à un chômage croissant.
Depuis plus de 40 ans, André Pochon et les militants du Cédapa expliquent à la profession, et font la preuve quotidienne que les éleveurs peuvent dégager un revenu agricole décent grâce aux vertus de la polyculture élevage, reposant sur l'alimentation exclusive du bétail par la production fourragère de l'exploitation (du trèfle blanc en particulier), en privilégiant leur qualité de vie et celle de leur produit sur la quantité et un illusoire enrichissement... Combien de décennies, combien de faillites, combien de suicides faudra-t-il donc encore pour que la majorité des petits agriculteurs se libèrent de l'endoctrinement productiviste dispensé dans les écoles d'agriculture et envoient paître leurs gardes-chiourme de la FNSEA, valets de l'industrie chimique et de l'agro-business bancaire ?