Covid-19, Poitiers, confinement jour1

Je veux relater le confinement du fait du Covid-19 dans ma ville, là où je vis, où plus rien n'est comme d'habitude. Ce qui suit est mon ressenti du premier jour.

Très angoissante cette journée je trouve. Déjà, t'émerges à moitié, légère envie de pisser, un peu de clarté à travers les volets, juste de quoi d'ordinaire se retourner sur l'oreiller et répartir chez morphée jusqu'à l'heure du réveil. Mais là, maccache walou, pas possible, juste une pensée, "ah oui c'est vrai, merde...

Et là tu te leves, café au radar, surtout ne pas allumer la radio. Allez, une petite clope qui fait tousser pour de faux,

Bon je fais quoi ?

Aller chercher le médicament qui me manque à la pharmacie du coin, oui ça c'est bien. Sortir dans la ville, presque surpris que le la vie existe encore. Petit mal au ventre, comme un trac. Et il y a des gens, sur la place du marché, mais pas les mêmes que d'habitude. Ceux d'aujourd'hui sont fermés, tendus, s'écartent les uns des autres en se croisant, de la tristesse, de l'angoisse. Tout est à l'envers, la nana enceinte avec un petit môme dans la poussette et une gamine à la main, les gens qui font la queue devant la pharmacie, bien rangés à un mètre les uns des autres, la regardent avec inquiétude, presque de l'hostilité. Qu'est ce qu'elle fout là celle-là avec ses bombes humaines à venir nous les coller dans les pattes ?

Ca me fait triste, mais ils m'effraient moi aussi les drôles, à atchoumer trranquillou de la mort invisible. A l'intérieur de la pharmacie, quatre employés masquées attendent nos doléances et ordonnances. J'ai la chance de tomber sur une que je connais un peu, on discute, je lui demande si son masque la protège, elle me dit que non, que c'est pour nous protéger nous de ses éventuels postillons. Sa voix se casse un peu, elle me dit qu'une de ses collègues de 27 ans est en réanimation au CHU à cause du Covid. On parle de l'adaptation de la population aux nouvelles mesures. elle me raconte qu'en venant au travail, elle a vu une bande de mômes qui jouaient au foot, qu'elle s'était tatée à appeler les flics, mais que quand même, on va pas en arriver là. Je lui fais mon plus beau sourire, lui souhaite bon courage et je m'enfuis au plus vite avec mon précieux médicament.

Le reste de la journée à gamberger, où confiner, comment s'occuper, et est ce que j'ai pas un peu mal à la tête quand même ?

Et puis en fin d'après-midi, petit tour de vélo, la ville vide, il ne fait pas froid, c'est agréable, vite, vite rejoindre l'appartement, se mettre à l'abri, se laver les mains.

Regarder le bilan sur Internet, voir que ça a bien augmenté, un peu d'Edouard Philippe mais pas trop, appeler quelques potes,merde il y en a un qui a les symptomes, regarder le "Pari" à la télé pour rigoler et pour finir, vous écrire. On verra demain...

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