1ère Rencontre Internationale pour la Démocratie et contre le coup d'État (au Brésil)

"Un coup d’Etat s’organise au Brésil et si jamais il a lieu, il y aura des répercussions dans le monde entier. Au nom de la démocratie, nous ne pouvons pas l'admettre." ... il a eu lieu, et nous sommes de mieux en mieux organisé.es.

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L’idée de la 1èreRencontre Internationale pour la Démocratie et Contre le coup d’État, germait et s’est diffusée fin novembre au sein de cet espace d’échange informel qu’est le Réseau des Brésilien.nes dans le Monde contre le coup d’État. Dès décembre nous nous sommes lancés. La rencontre s'est organisée grâce à l'effort de coordination des différents collectifs répartis dans le monde (Mexique, Argentine, Chili, Uruguay, Canada États Unis et Australie étant aussi de la partie). Dès vendredi 27, nous serons à Amsterdam, 90 enthousiastes de la démocratie, de la liberté de la presse, des Droits de l'Homme; 90 personnes volontaires, se déplaçant à leurs frais, mû.es par le désespoir ou l'optimisme, confiant.es que ce weekend sera riche en rencontres et dense en discussion politique.

 

Je ne m'aventure pas à vous révéler ici les intervenant.es ayant accepté.es de participer. Si, par aventure, elles/ils voient ce mot, nous les remercions d'être venu.es, d'avoir fait un détour sur leur plan de vol et de prendre le temps de nous parler. Car parler est ce qui nous manque le plus et ce que nous savons le moins faire. La propre organisation de cet événement a montré combien il est difficile de travailler ensemble, qui plus est à distance et de surcroît à travers des réseaux sociaux que nous savions surveillés. 

Demain nous sommes à Amsterdam. En voyageant nous reconnaissons la pluralité de nos cultures politiques, l'envie de mutualiser, la méconnaissance relative de l'histoire politique du Brésil et notre besoin de comprendre, de façon chaque fois plus critique, ce qui se passe sur ce continent. "Fin de cycle" semble trop commode, léthargique, ou pire, une inertie dans l'aliénation. Une amie m'a récemment dit: "si le Brésil t'inquiète depuis si longtemps, pourquoi tu n'y vas pas faire la révolution ?". Parce que tel n'est pas mon objectif et surtout les gens qui travaillent à résister au Brésil ont besoin de relais solidaires et qui puissent donner de la visibilité à leurs actions.

Ainsi, depuis Paris, nous parlons de la lutte des lycéennes qui occupent les lycées contre la réforme (par décret) du système éducatif; ainsi nous relayons les cris des étudiants qui luttent pour que les universités publiques ne ferment pas leurs portes; nous relayons les violations systématiques des droits humains par la police militaire qui charge dans les lycées et dans les universités. Nous relayons les informations sur les assassinats de défenseurs de droits humains, par exemple, dans les états de Rondônia et Mato Grosso où le nombre d'assassinats et tentatives d'assassinats liés à des conflits de terre enregistre l'année la plus meurtrière de l'histoire récente du Brésil... Les défis climatiques sont là aussi. 

Alors aller à Amsterdam est un acte de résistance à la tendance: on parlera de politique ! Celle qui nous dit "travaille et ne pense pas"; ne pense pas à la suppression de la présomption d'innocence, ne pense pas à la fin (de facto) de la retraite, ne pense à la légalisation de l'esclavage moderne (de facto), ne pense pas... Ne pense pas ou plutôt haïs. Haïs ces prisonniers qui s'entretuent, haïs ces étudiants qui revendiquent les conditions de construction de leur esprit critique, haïs ces Noir.es qui refusent d'être exterminés, haïs-les ce sont des bandits ... et obéis à l'adage: un bon bandit est un bandit mort. Ne pense pas que les femmes ont des droits, que les transexuel.les sont des personnes, haïs-les, arme-toi, tire dans le tas ! Les médias te justifieront, pauvre homme il est sorti de ses gonds mais c'est normal, tout change à cause de "l'idéologie". Arrêtons l'idéologie, ÉCOLE SANS PARTI laissons les parents réfléchir pour les enfants, laissons les grand hommes réfléchir pour les parents. Délègue ta pensée, abdique de ton droit à une opinion et de la construire.

Au Brésil, le fascisme s'installe. Un grand mot. Je deviendrai folklorique ? C'est pourtant ce que les philosophes, les historiens, les sociologues, économistes, juristes…et bien d'autres "scientifiques" pensent, disent, écrivent. Mais on n’a pas besoin des sciences pour le prouver. Il suffit d'aller voir son voisin, son cousin, son père et lui dire, je ne suis pas d'accord avec toi. En 2016, quelques un.es sont mort d'avoir eu le courage de parler, d'autres ont rompu tous les liens et les derniers ont fait le choix de l'aliénation, comme pendant la colonie, comme pendant la dictature : « ON NE PARLE PAS DE POLITIQUE ».Et nous souffrons de cette logique nous-mêmes.

Qu'il nous est difficile de résister à l'urgence, de respecter et reconnaître l'avis de la personne en face de nous. Car le fanatisme de gauche est aussi un problème à déconstruire. De gauche certes, mais macho, raciste, homophobe, violant ... peureux ! Amsterdam sera une belle confrontation des cultures politiques ! Remettre nos totems en question ! Comprendre que diaboliser c'est se croire angélique. Or Dieu n'est qu'une hypothèse pour se rassurer. Aujourd'hui cette hypothèse s'est couplée à l'adhésion antipolitique : la théorie de la prospérité, l'ultra-libéralisme et le populisme pénal. C’est pour cela que nous résistons de toutes nos forces au mantra "anti-corruption". Non pas que nous défendions un système qui ne soit pas transparent, mais nous sommes horrifié.es par les hérauts portant le drapeau et plus encore par les techniques employées pour crucifier les coupables (sans jugement).

Lors de l'événement "Sonnons l'Alarme" ! J’ai entendu ces mots : le totalitarisme ce ne sont pas les camps, ce sont des millions et des millions  de citoyens qui sont prêts à écrire une délation. - Piotr Pavlenski - ... Ces mots ont retenti, j'en apporterai les échos à Amsterdam, car demain commence 1èreRencontre Internationale pour la Démocratie et Contre le coup d’État, d'autres suivront, nous sonnons l'alarme.

 

 

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