À l'affût des municipales... dès le 27 mai

Au lendemain de l'élection européenne du 26 mai 2019, les forces politiques planchent déjà sur les municipales de 2020, étape-clé avant la présidentielle de 2022.

 © Luc Bentz (photo personnelle) © Luc Bentz (photo personnelle)
À peine les résultats de l'élection européenne étaient-ils connus que la question des municipales s'est posée aux acteurs du champ politique. L'élection européenne témoigne des effets continus de la disruption politique intervenue en 2017, mais, d'un autre côté, elle montre ce que sont encore les incertitudes.

Après le séisme de 2017, les incertitudes de 2019

L'abstention à l'élection européenne frôle les 50 %, et les deux premières listes arrivée en tête, à moins d'1 % l'une de l'autre, représentent quelque 23 % (RN) ou 22 % (LaREM) des exprimés. C'est dire que les lignes peuvent bouger. Quant à la troisième liste dont le résultat a fait la surprise (EELV), elle approche seulement les 13,5 % des exprimés, ce qui limite l'ampleur de son «succès».

L'adage «Quand je me regarde, je me désole; quand je me compare, je me console» explique sans doute le cocorico des écologistes qui considèrent, dès lors, que la recomposition des gauches passera par eux. Il n'empêche: c'est jouer sans doute un peu vite, alors même que le scrutin européen favorise la dispersion, qu'il exprime un vote jugé préférentiel, sans qu'on y perçoive d'enjeu(x) de gestion. (Ce qui n'est pas vrai, au demeurant, avec un Parlement européen qui a acquis, même timidement, une capacité de codécision).

Les premières analyses montrent d'ailleurs que le socle macroniste a changé de nature. Les excès droitiers et sociétalement réactionnaires du tandem Wauquiez-Bellamy ont favorisé le glissement d'électeurs du centre et de la droite modérée vers LaREM, tandis que les dépités du «ni de gauche, ni de gauche» ont migré vers des horizons qu'ils percevaient comme plus «progressistes». Manifestement, cela explique la remontée des Verts, y compris compte tenu de leur ambiguïté. Quant à la liste Place publique, PS et alii, si elle fait quasiment jeu égal avec La France insoumise, elle a pu bénéficier, même à la marge (mais une marge qui compte) d'un effet vote utile, au détriment de Génération·s (Hamon) chez des électeurs qui ne voulaient pas voir éliminer du Parlement européen une expression française à la fois socialiste et européenne.

Les incertitudes sont donc nombreuses et, hormis les deux formations de tête (RN et LaREM), les structurations, à «droite» ou à «gauche» sont peu évidentes. Mettons de côté en 2012 les élections régionales et départementales : les premières se traduisent aussi par une profusion de listes à laquelle pousse une proportionnelle même «proportionnées»; les secondes, traditionnellement, sont celles qui suscitent le moins d'enthousiasme dans l'électorat. Lors de l'élection présidentielle, il s'agit de transformer un avantage de premier tour en rassemblement électoral gagnant au second: autrement dit, de ne pas seulement être premier ou second, mais d'être majoritaire. Les élections municipales de mars 2020 permettront, même de manière fragmentée territorialement, de tester cette capacité.

2020 ne sera pas 2014

Les élections municipales de 2014 s'inscrivaient dans une tradition de bascules successives «gauche/droite» en blocs organisés dans des groupes de formations: communistes, socialistes et parfois radicaux de gauche d'un côté; «gaullistes», formation non «gaullistes» du centre et de la droite, de l'autre. L'union de la gauche d'un côté, le rassemblement pompidolien puis giscardien ensuite, avaient gommé les stratégies locales différenciées, malgré des traditions très «troisième force» existant ça et là entre SFIO et MRP ou leurs héritiers respectifs. Ainsi Gaston Defferre gouverna-t-il longtemps Marseille.

On mesure bien que cette logique-là a été battue en brèche ou, du moins, que les formats anciens risquent de ne pas perdurer. Ils le pourraient encore ici et là, en fonction des habitudes, des affinités, des inimitiés et des concurrences locales. En tout état de cause, 2020 s'annonce, au plan municipal, comme l'année des inconnues. D'abord, à droite ou à gauche, certains barons ou vavasseurs, personnellement bien installés et disposant d'un réseau local, vont jouer la carte de l'indépendance. L'affiliation à un parti était une manière d'identification politique nécessaire, un incontournable hormis dans les communes rurales. Depuis 2017, il est des maires élus sous étiquette socialiste qui ont déjà fait savoir qu'ils se représenteraient (souvent «avec une équipe rajeunie, féminisée et renouvelée») sous leurs propres couleurs. À l'évidence, le même phénomène va toucher des maires actuellement inscrits à LR. Les ex-LR «macron-compatibles» d'«Agir» ont lancé des appels au ralliement et les sénateurs LR eux-mêmes s'agitent. Car à dire vrai, Laurent Wauquiez, par des astuces d'appareil, pourrait se maintenir... mais seul ou presque.

LREM peut envisager de s'étendre en intégrant, par alliance ou par alliage, des élus implantés à droite, à gauche aussi peut-être, mais dans une mesure nettement droite. Le Rassemblement national est confronté à la difficulté de contracter alliance, sans exclure qu'ils soit assez fort, comme en 1983, pour conquérir des mairies. Quant aux gauches, leurs divisions et, parfois, leurs haines recuites, ne conduiront sans doute pas à une restructuration ex ante. Peut-être d'ailleurs, puisque cet espace politique pourrait, d'une manière ou d'une autre, connaître une ré/organisation, celle-ci pourrait venir de l'émergence de nouveaux réseaux d'élus porteur d'un projet lui aussi nouveau. Le PS d'Épinay a connu une accélération de son implantation avec les municipales de 1977...

Il ne reste pas moins que les maires «installés» sont souvent aujourd'hui face à des incertitudes et que la manière dont elles seront levées va peser assez sensiblement sur les configurations politiques locales et, par contrecoup, fermer ou ouvrir des possibilités au niveau national. Avec des modifications qui suivront aux régionales de 2021, étape secondaire. Oui, 2020 va s'annoncer comme un moment politique significatif avant l'échéance — déterminante celle-ci — de la présidentielle de 2022. D'ici là, le bal des ego n'est pas près de fermer, quelque dissonantes qu'y soient les musiques jouées.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.