Sur Internet le marché de l’emploi alimente une immense conversation qui échappe au contrôle des employeurs

Dans le contexte de crise actuel, on en viendrait à oublier le choc du « papy boom » et les pénuries de main d’œuvre qu’il ne manquera pas d’engendrer.
Dans le contexte de crise actuel, on en viendrait à oublier le choc du « papy boom » et les pénuries de main d’œuvre qu’il ne manquera pas d’engendrer. Malgré la récession annoncée, la guerre des talents aura bien lieu et les candidats de demain ne manqueront pas de faire jouer la concurrence pour faire le bon choix. Sur Internet s’appliquent déjà au marché de l’emploi, les principes énoncés par le « cluetrain manifesto »[1], paru en 1999 : « les personnes dans un marché en réseau ont compris qu'elles obtiennent les unes des autres des informations et une assistance bien meilleures, que celle d’un vendeur. Il n'y a pas de secret. Les marchés connectés en savent plus que les entreprises sur leurs propres produits. Et que ce qu'ils découvrent de bon ou de mauvais, ils le répètent à tout le monde ». Le buzz, le bouche à oreille, marchent à fond en matière d’emploi et le réseau numérique accélère considérablement ces conversations. Au fond, qui mieux que les collaborateurs – passés ou présents – de la société prospectée pourraient nous parler d’une entreprise ?Dans le contexte de cette relation renégociée entre candidats et employeurs, les moteurs de recherche de l’emploi risquent de s’apparenter à des « kelkoo » du recrutement. Qualité de l’environnement de travail, des relations humaines comme celle des postes à pourvoir devront passer le filtre des conversations avec les collaborateurs... et précisons... les collaborateurs de référence, ces leaders d’opinion, reconnus professionnellement, et qui rayonnent, y compris au-delà de l’entreprise.Contrairement à tous les outils « maîtrisés » du recrutement, ces conversations vont explorer le projet, le sens, les valeurs et le contexte humain de l’entreprise. Universum[2] Communication, un cabinet d’étude de Philadelphie, publie depuis plusieurs années un classement « Ideal employer » des employeurs préférés des jeunes diplômés et autres tranches de la population active. Le classement des diplômés de MBA[3] Européens donne Google, Mc Kinsey et The Boston Consulting Group sur le podium. Les premiers français L'Oréal et LVMH sont juste derrière aux quatrième et cinquième places.Ces classements évoluent de plus en plus rapidement au fil de la grande conversation numérique sur les entreprises et leurs qualités d’employeur. Les services de nouvelle génération vont bien au-delà des d’une information structurée sur les secteurs d’activité, rémunérations et autre process de recrutement que peuvent offrir des sites de référence américains comme Career Builder, CollegeGrad, After College ou le très bon magazine online Jungle. Bien au-delà également des questions aux experts proposées par le site WetFeet, des chats de recrutement avec L’Oréal et Accenture sur Second Life. Car la conversation se passe aisément du discours de l’employeur. Yahoo! HotJobs utilise le principe de Yahoo! answers pour organiser un jeu de questions réponses géant exploitable par mots clefs. On y parle salaires, entretiens d’embauche, systèmes d’évaluation de la performance. On y compare telle société à telle autre, en toute décontraction. Le site anglais WikiJob catégorise, lui, les échanges entre candidats et jeunes employés par secteur d’activité, entreprise : on y trouve des renseignements sur les arcanes de l’entreprise et son processus de recrutement.Dans cette même tendance, le français Helia interpelle clairement le visiteur : « Partagez votre expérience professionnelle, demandez des feedbacks aux autres internautes ! ».Une fois les conversations lancées, pourquoi ne pas les suivre de façon personnalisées et filtrées en paramétrant les bons fils RSS dans votre page personnelle sur Netvibes ou via un agrégateur du marché ? Certains préfèrent les suivre par alerte sur leur téléphone mobile. Et pourquoi ne pas ajouter le relief de la vidéo aux contenus textuels classiques en consultant les témoignages vidéo des collaborateurs de Carrefour, Accor ou Rhodia sur YouJob ou encore en utilisant un des nombreux sites de présentation de votre cv vidéo[4] ?Vous deviendrez alors un expert de la « job conversation » !Et si l’indécision vous mine encore, vous pourrez toujours passer des heures devant les programmes de Career TV pour prendre le recul nécessaire face à ce qui s’annonce comme une période bien moins morose qu’il n’y paraît pour l’emploi des cadres.Luc Bretones, représentant Institut G9+ et co-animateur Essec Business & Technologie et Centrale Marseille IT
Stéphane Dieutre, directeur associé de Think-Out (études marketing et consulting)

[1] Le manifeste des évidences - http://www.cluetrain.com/manifeste.html

[2] http://www.universumglobal.com/

[3] échantillon de 2307 réponses sur 20 des meilleures écoles et universités

[4] Sites de cv vidéo : InterviewStream, easy-cv, cv-video, youjob, cvlive, jobinlive..

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