Au-delà de la question des retraites, quelle société voulons-nous ?

La contestation du projet de réforme des retraites devrait nous amener à poser la question plus large : quel modèle de société voulons-nous désormais pour l’avenir ?

De nombreuses voix s’expriment à l’occasion de ce projet de réforme.

Tout d’abord, la voix des syndicats ‘réformistes’,ceux qui acceptent une modification des règles, tenant compte du fait que la démographie implique d’inévitables changements pour pérenniser la viabilité du système ‘à la française’. Et que dans le contexte géopolitique mondial actuel, ne pas évoluer maintenant mènera le pays dans le mur à terme.

La voix des syndicats d’extrême gauche, qui refusent obstinément tout changement par principe et émettent parfois ses suggestions de solutions qui relèvent plus de l’incantation vaudoue que de la rationalité (j’ai lu notamment qu’il n’y « avait qu’à » augmenter le salaire des femmes pour qu’il égale celui des hommes et cela « rapporterait » 10 milliards. Bien sûr y a qu’à….).

Il y a ceux qui oublient que les 30 glorieuses sont définitivement terminées et que la compétition économique internationale fait rage et met en concurrence les différents systèmes sociaux du monde, et que les années d’opulence, même relatives pour les classes moyennes, sont terminées.

Il y a ceux qui ne veulent pas voir que le bien-être à la française résulte aussi d’une puissance économique qui s’est aussi appuyée sur un néo-colonialisme économique, les nations puissantes s’étant appuyé sur des institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale et, plus récemment, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour asseoir leur domination sur les pays en voie de développement et orienter les échanges économiques et financiers en leur faveur.

L’ordre mondial a été établi en faveur des pays industrialisés puissantset il relève de la complaisance de se dire qu’on « y est pour rien nous » lorsqu’on a bénéficié de tous les avantages matériels, de la sécurité sociale, des prestations de chômage, des treizièmes voire quatorzièmes mois, des cinq semaines de congés payés (ou beaucoup plus), des avantages sociaux divers et variés, tandis que des centaines de millions de personnes se débattaient pour juste survivre dans des pays aux ressources très largement exploitées par nos économies développées.

Oui mais les Chinois, les Indiens et bien d’autres, aspirent désormais eux aussi à avoir leur part du gâteau. Et le gâteau ne peut pas augmenter indéfiniment, la planète étant déjà dans un état catastrophique au vu de la surexploitation des ressources. Il est au contraire grand temps de réduire le champ du « matériel » et de la surconsommation si l’on veut éviter une issue totalement dramatique et même cataclysmique qui rendra la vie infiniment plus difficile pour tout le monde.

 

 

 

 

 

Faut-il pour autant abdiquer face aux logiques purement comptables du gouvernement ?

 

Le gouvernement obéit avant tout à la ligne directrice d’action telle qu’elle a été fixée par l’Union européenne, dans le cadre des GOPE (Grandes Orientations de Politique Economique) et cela ne date pas d’hier matin.

Ces politiques sont motivées par une vision capitaliste néolibérale de l’économieet chaque pays doit œuvrer à se conformer aux règles établies (privatisations de tous les secteurs y compris ceux de la santé et de l’éducation par exemple). La réduction des dépenses publiques sociales en fait partie.

Il est considéré, au nom de la ‘bonne gestion’ qu’il est nécessaire de réduire la part des dépenses publiques, et donc la solidarité sociale en fait inévitablement partie. Ce qui signifie un choix de société bien précis, celui d’un monde où les ‘actifs sociétaux’ deviennent simplement des variables d’ajustement et non plus un but en soi.  Le ‘mieux vivre’ n’est plus un objectif.

On attend des gouvernements qu’ils soient des ‘bons gestionnaires’. Et pour les aider on définit des ratios, des objectifs (3% de PIB de déficit du budget public au maximum, 14% du PIB pour le coût maximum des retraites….).

Comme le rappelle un article récent du Monde diplomatique(Janvier 2020, « Retraites, la réforme de trop », page 11), l’OCDE (Organisation de Coopération et de développement économique) a appelé depuis près de 30 ans à « réduire les dépenses de la protection sociale », je cite. On parle donc bien de « dépenses sociales », non pas « d’actifs sociaux ».La fin de la légitimité de la quête du bien-être social est donc actée.

L’idéologie dominante veut que le citoyen lambda soir seul responsable de toute son existence (ce qui n’est certes pas sans qualité) et que la solidarité sociétale fasse place à une individualisation totale, le dit citoyen étant une entité économique qui doit justifier sa propre survie, suivre une trajectoire entièrement balisée par ses propres ressources. C’est certes très responsabilisant, mais peut-on s’en contenter au niveau d’une société entière, qui n’est au final pas ‘comme’ une entreprise dont la vocation est de faire des profits ?

Cela rejoint la vision libérale de Adam Smith (16è siècle) qui considérait la société idéale  comme un tout mais comme un agrégat d’individus recherchant la meilleure ‘efficacité’ possible.

Mais ce n’est pas Adam Smith qui inspire les modèles dits néo-libéraux actuels, c’est l’Américain Milton Friedman, de L’Ecole de Chicago, celle qui a inspiré ce qu’on appelle le Consensus de Washington, le socle néolibéral qui régit l’économie mondiale actuelle. Le Chili de Pinochet, ainsi que l’Indonésie de Suharto, deux grandes démocraties comme chacun sait, ont servi en leur temps de laboratoire pour ‘tester’ ces idées.

 

 

 

 

 

Mais alors quel est l’objectif ? Si l’on cherche plus à améliorer le bien-être général, qui est gagnant dans cette configuration ?

 

C’est très facile à comprendre.

 

Premièrement :

les nouveaux citoyensdominants et décideurs ne sont plus les hommes et les femmes d’un pays, ou d’un ensemble géopolitique et économique comme l’Union européenne. Ce sont les grandes entreprises.

Ne voit-on pas le président Macron inviter, pour la troisième année consécutive, près de 200 patrons de grandes entreprises à Versailles pour les inciter à investir en France ?

Comme le rapporte une dépêche de l’AFP du 18 janvier 2020(je n’invente rien),« …..le gouvernement poursuivra "le travail de pédagogie sur les réformes et les transformations menées en France pour encourager les entreprises étrangères à investir plus encore dans les territoires", selon un communiqué de la présidence de la République ».

C’est donc très clair, les trains de réforme en cours ont un but et un seul : séduire les investisseurs pour qu’ils viennent installer des entreprises en France.

Le but est louable, d’autant que par ailleurs l’industrie française ne cesse d’être démanteléecar pas suffisamment « compétitive » dans l’échiquier international, mais il dénote aussi une inversion des priorités : on ne réforme pas pour le bien-être de la société, on réforme pour le bien-être des entreprises, le bien-être social devant une simple variable plus ou moins satisfaite en fonction des conditions de marché.

On passe ainsi d’un projet de société citoyenne à un projet de super citoyens nommés ‘entreprises’. Le président n’est plus le président d’une nation, mais d’un centre économique qu’il faut ‘faire tourner’.C’est très symptomatique.

L’idéologie néolibérale qui motive toute politique à Bruxelles est déclinée dans notre pays et la société civile doit s’adapter à cela bon gré mal gré. Les données sont claires.

Signalons d’ailleurs le jeu ambigü des syndicats, qui participent à nombre de discussions et débats au niveau de l’Union européenne et qui savent pertinemment que ces réformes actuelles étaient prévues et allaient inévitablement venir sur la table. A l’échelle européenne, ils n’ont semble-t-il guère fait poids.

 

 

Deuxièmement :

Parmi ces grandes entreprises, l’industrie de la finance dicte sa loi.

N’a-t-on pas vu le géant américain de la finance, BlackRock, qui gère plus de 6.000 milliards de dollars d’actifs, être invité( !!) à venir « conseiller » le président françaiset son gouvernement en matière de retraite, en 2017 très précisément, disposant ainsi ouvertement d’une porte d’entrée auprès de nos instances dirigeantes, un luxe qu’aucun citoyen français ne peut généralement se targuer d’avoir.

La logique de BlackRock et de ses semblables est simple : la maximisation des profits et des dividendes, ainsi que l’acquisition de positions dominantes dans des industries clefs auprès des différentes entreprises de taille mondiale de ces secteurs (en bref, la domination).

A votre avis, qu’ont recommandé ces gens-là à notre président et son ministre de l’économie Mr Bruno Lemaire ?

De favoriser une retraite complémentaire par l’épargne(la fameuse capitalisation n’est-ce pas) et de rendre cela automatiquement applicable, afin qu’aucun gouvernement, de droite, de gauche, du nord ou du sud, ne puisse par la suite revenir sur cet ‘acquis’. Comme chacun le sait, le président de BlackRock France a récemment été décoré de la Légion d’Honneur. Un signe. Notre gouvernement est donc parfaitement consentant, il sait où il va, il fixe les étapes et ajuste le calendrier en fonction des résistances au changement.

Cela revient au final à assujettir l’impôt et l’épargne des Français aux intérêts de l’industrie de la finance et de ses plus grands acteurs. Ni plus ni moins.

En brisant la solidarité sociétale, on introduit une épargne obligatoire dont les sociétés financières ont le monopole de la gestion. Au début, seuls les catégories aux revenus dits « aisés » seront sans doute concernées, comme une sorte de privilège de pouvoir souscrire à un projet d’épargne retraites complémentaire ambitieux. Puis cela s’étendra sans doute, comme le ‘bon sens’ d’une ‘bonne gestion’.

Il est important de comprendre cela car c’est comme une partie d’échec. Il ne faut pas se contenter de voir le coup de l’adversaire, il faut voir quels sont ceux qu’il planifie de faire ensuite en fonction de votre propre réaction.

Le citoyen n’est plus l’entité de base de la société démocratique, il est un paramètre à gérerdans une configuration de société où les grandes entreprises et l’industrie financière en particulier détiennent les véritables clefs du pouvoir et des décisions.

 

 

Dans son dernier ouvrage « 1%, Reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches » la célèbre indienne Vandana Shiva livre des chiffres édifiants sur la « machine argent de 1% de la population » (pagez 62-63 notamment). Ces chiffres témoignent non seulement de l’extrême concentration du pouvoir économique, mais encore de l’omniprésence de la finance au sein du gotha des sociétés transnationales qui dominent l’économie mondiale et orientent les décisions politiques au service de LEURS intérêts.

Elle cite notamment le Wall Street Journal(qu’on peut difficilement qualifier de dangereux organe de propagande communiste) selon qui depuis la crise financière de 2008, les 1% les plus riches du monde ont accaparé 95% de la croissance mondiale.

D’autres tableaux de données qu’elle communique, montre que des groupes financiers comme BlacRock ou Vanguard (plus discret mais tout aussi surpuissant, environ 3.000 milliards d’actifs) possèdent des dizaines de milliers d’actions dans les plus grandes sociétés transnationales du monde : Microsoft, Apple , Exxon Mobil, General Electric, JP Morgan…

Autrement dit, la concentration de pouvoirs que l’on perçoit au grand jour à travers ces entreprises géantes, masquent une concentration encore plus forte par le biais de quelques sociétés d’investissement, qui exercent un contrôle actionnarial sur ces groupes déjà tentaculaires. Il est notable que ces fonds sont des fonds dits ‘spéculatifs’ et non réglementés. Ces fonds d’investissement sont les enfants de l’hyperglobalisation du monde qui s’est traduit par l’hypercroissance de la finance.

Le produit intérieur brut mondial (qui mesure la production de l’économie réelle) est passé de 11.200 milliards de dollars en 1980 à 76.000 milliards de dollars en 2016. Dans le même temps, les actifs financiers sont passés de 12.000 milliards de dollars à 300.000 milliards. (page 5 du rapport).

 

La CNUCED ( Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement), a récemment publié une étude ( A New Multilateralism for Shared Prosperity – en Français : Un Nouveau Multilatéralisme pour une Prospérité Partagée - ), par Mr Richard Kozul-Wright, Directeur de la division Globalisation et Stratégies de Développement.

Chiffres à l’appui, cette étude montre que le PIB de la finance est d’environ 76 fois le PIB réel mondial. Et plus encore, elle rend compte de la financiarisation de l’économie en indiquant (page 5, version anglaise, je n’invente toujours rien), que les actifs financiers ont passés de 12.000 milliards de US dollars en 1980 à quelques 300.000 milliards de dollars en 2016, tandis que la croissance du PIB mondial n’a augmenté que de 11.200 milliards à 76.000 milliards au cours de la même période.

L’industrie de la finance a donc connu ce qu’on appelle une « hypercroissance » déconnectée de l’économie réelle.

 

 

 

Alors revient la question initiale : quelle société voulons-nous pour l’avenir, pour nous-mêmes, pour nos enfants, nos petits-enfants ?

 

Ce que répond la société civile actuellement à travers le monde, c’est qu’elle veut une société de justice, de liberté. Elle le crie, sa jeunesse le crie et le revendique haut et fort dans un nombre croissant de pays : Liban, Chili, Hong Kong, Irak, Iran, Algérie, Soudan…. sur tous les continents.

Même si dans chaque cas, ce qui a mis le feu aux poudres varie d’un pays à l’autre, tous ces mouvements sont liés. Ils témoignent d’un grand mouvement de conscienceau sein des populations, du refus des sociétés civiles de rester la ‘variable d’ajustement’ des intérêts des élites économiques, de leurs prédations et leur accaparement des ressources.

Les gens ont pris conscience de leur pouvoir et de la légitimité de leurs droits. Ils ne veulent plus être les objets de pouvoirs discrétionnaires, séculaires ou simplement réduits au rôle de chambre d’exécution des desiderata des élites.   

Les gens ordinaires aspirent à vivre une vie décente, ayant du sens. Ils veulent que leur travail ait un sens au service de la collectivité mais aussi que ce travail leur permette de vivre dignement. Enfin, ils ne veulent pas être « tiers-mondisés » et finir leurs vieux jours complètement usés et sans le sou, pour prendre une image populaire. En bref, ils ne veulent pas être réduits au rôle d’agent économique. Ils sont des êtres humains et veulent vivre une vie d’être humain, complète, riche, heureuse.

Sous le joug de la compétition économique mondiale, les conditions sociales se dégradent petit à petit. Car ceux qui dominent cette économie mondiale n’ont pas pour objectif de promouvoir une vie digne, heureuse et pleine de sens à chaque humain de cette planète. Ce n’est pas le but des forces du marché ‘libre’, ce marché, qui pourtant ne cesse de rechercher des situations de rentes à travers des monopoles de fait (totalement à l’opposé des théories de libre concurrence sur lesquelles s’appuient les théoriciens pour justifier les politiques en vigueur)., et échappant autant que faire se peut aux régulations nationales et locales.

Ce à quoi aspirent les gens ordinaires comme nous, c’est aussi de pouvoir vivre libre sur la fin de son existence. Ce qui implique que la vie ne s’arrête pas au travail. Et que la retraite soit synonyme de temps à consacrer à soi-même, à sa famille, à d’autres activités que celles qui permettent de ‘gagner sa vie’. C’était la théorie de Margaret Thatcher qu’un homme ne mangera que s’il travaille (ce qui est contraire à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme). « A man shall eat if he shall work », avait-elle déclaré.

Mais une fois qu’on a passé 40 ans, 42 ans à ‘la gagner’, alors il est légitime de vouloir vivre tranquille le restant de ses jours pour s’adonner à d’autres activités.

Les gens veulent pouvoir être libérés de cette obligation (comme on était libérés du service militaire après un an à mon époque) car ils sont le creuset de la société et ont aussi droit à vivre une belle vie. Ce n’est pas seulement le droit des plus riches.

D’ailleurs, encore près de 50% des actifs de 55 ans et plus n’ont pas de travail. Le modèle qui consiste à reculer l’âge de la retraite n’améliorera rien à cet égard. Tant qu’on considèrera qu’à 55 ans un homme ou une femme ne seront plus ‘rentables’, qu’il y a des risques élevés de maladies et d’absences, qu’ils sont trop ‘formatés’, bref, tant que les mentalités vis-à-vis des seniors ne changeront pas, alors l’impasse restera la même.

Et pourtant les seniors ne sont pas que des ‘vieilles croûtes’, ils sont détenteurs de savoirs, de connaissances qu’ils peuvent passer aux plus jeunes générations. Mais rien ne semble prévu de sérieux en ce sens par les instances gouvernementales. Ce serait une charge sociale de plus sans doute.

De même, on veut à terme réduire le montant des pensions de retraite. Mais un nombre croissant de personnes âgées qui doivent avoir recours aux maisons de retraite, ce sera encore plus marqué à l’avenir. Comment fait-on pour payer 2000 euros par mois une maison de retraite si l’on a 1.000 euros de pension de retraite mensuels ?

Rien n’est anticipé en ce sens.On anticipe comptablement les coûts, mais on n’anticipe pas les BESOINS sociétaux réels. Les gouvernements qui se succèdent réduisent leur rôle à celui de gestionnaire, le politique a disparu. Le politique est décidé à Bruxelles, et Bruxelles a décidé que la seule politique serait celle du néolibéralisme.

Si l’on doit réduire les pensions de retraite, alors il faudrait aussi subventionner les inscriptions en maison de retraite. Et pourquoi pas réduire d’autres frais, offrir le train gratuitement par exemple, ou d’autres postes de coûts pour les gens.

Mais avec la privatisation croissante de tous les pans de la société, y compris l’éducatif et le social, le gouvernement circonscrit lui-même ses futures capacités d’intervention. Le choix a été fait de privilégier ‘le marché’, les intérêts ‘privés’, les super citoyens que sont les entreprises transnationales.  Donc les choses vont empirer à l’avenir, on peut en être certains.

 

CONCLUSION

La seule solution est de repenser la société. Nous n’aurons pas d’autre alternative.

On nous annonce d’ailleurs qu’avec le développement de l’intelligence artificielle, d’ici 20 à 30 ans un tiers au moins des emplois actuels aura complètement disparu. Et rien ne permet de savoir aujourd’hui si cette intelligence artificielle offrira de nouveaux métiers en compensation.

La surconsommation qui régit l’activité économique va devoir être réduite si l’on veut préserver l’écosystème planétaire et la survie de l’humanité tout simplement.

Il va donc bien falloir revoir nos modes de vie et recadrer l’économie dans sa fonction : assurer des flux de production et de distribution de biens pour satisfaire aux besoins de tous, tout en respectant les contraintes et les limites de l’écosystème planétaires.

Dans ce contexte, qui va immanquablement régir notre avenir, on ne pourra laisser une finance débridée et des multinationales à l’avidité insatiable définir les règles de vie en société pour satisfaire leur cupidité aveugle.

D’ailleurs le présent système est incapacitaire. Il n’arrive pas à générer la « meilleure allocation possible des ressources », base du credo de l’économie capitaliste libérale.

Tout simplement parce que… ce n’est pas son objectif. La preuve, l’hyperfinanciarisation aurait dû se traduire par une forte croissance économique mondiale, des investissements productifs en forte hausse, un plein emploi de masse et une croissance des revenus de toutes les catégories sociales.

Mais les résultats sont très différents :

  • com du 15 novembre 2019, citant l’Institut de la Finance internationale (IIF) (encore une fois, pas de gens qu’on puisse soupçonner d’être de dangereux anarchistes) révélait que la dette mondiale publique et privée devrait dépasser 225.000 milliards de dollars, soit 3 fois la richesse planétaire cumulée !!Le système actuel créé donc une hyper-dépendance du monde vis-à-vis de l’industrie de la finance, qui a privatisé l’argent.
  • L’investissement réel dans la formation de capital productif a RÉGRESSÉ au cours des trois dernières décennies(Etude de la Cnuced citée précédemment, voir pages 5 et 6). L’essentiel du capital financier sert donc à des fins spéculatives, l’argent travaille pour lui-même.
  • Les revenus moyens des salariés a régressé également, en pourcentage du PIB, à l’échelle mondiale. Toujours d’après l’étude onusienne de la Cnuced (page 7 du rapport), il s’est contracté de 60% du PIB à moins de 55% entre 1980 et 2015. Encore une fois, le but de la finance n’est PAS la meilleure répartition de la richesse.

De crise financière en crise financière, les élites dominantes ont exigé plus d’aide de la sphère publique, mais moins de contrôle, puis elles ont organisé la dépendance de la sphère publique afin de pouvoir contrôler la dimension politique. C’est pourquoi un célèbre milliardaire américain déclarait il y a quelques années : « il y a bien une lutte des classes et c’est la mienne qui a gagné ».

Mais nous allons au chaos, économique, financier (la prochaine crise couve déjà) social, sociétal, humain, écologique, climatique.

Il en résulte qu’il deviendra impossible de maintenir les règles actuelles et le mode de fonctionnement de ‘gestion des coûts sociaux’ pour satisfaire ces appétits.

Il nous faudra inverser les rôles, redonner le pouvoir démocratiques aux gens et instaurer un système économique différent qui passera par un revenu universel minimum et décent pour chaque individu tout au long de son existence, un revenu déconnecté de toute activité économique. Cela ne veut pas dire un revenu sans contrepartie, sans un minimum d’engagement de service au bénéfice de la communauté, mais un revenu d’existencequoi qu’il en soit. Il serait trop long dans cet article de détailler les choses (je le ferai dans un autre billet), mais cette notion doit progresser dans la conscience de tous, car il n’y aura pas d’alternative.

Cela s’appellera l’économie du partage, mais j’en reparlerai dans un prochain billet.

 

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