Mots rances pour vie d'errance

Ne pas être lu me semble moins douloureux que de n'être écouté.Ne pas être lu me semble moins insupportable que ne pas être écouté.

Ne pas être lu me semble moins douloureux que de n'être écouté.

Ne pas être lu me semble moins insupportable que ne pas être écouté.

Et pourtant …

D'un naturel plutôt introverti, j'aime les mots ,même si parfois ils rebondissent comme des balles de ping-pong échappant à notre contrôle, traduisant mal nos paroles semant alors tourment et chagrin, creusant de profonds sillons dans nos mémoires que seule la gomme du temps pourra peut-être effacer ou atténuer quelque peu !

Des voyelles, des consonnes, écharpe de mots sur un écran venue mourir.

Livrée, brute de décoffrage,  à des paires d'yeux ronds qui en captiveront le destin.

Je vous écris d'en bas, de tout en bas, de la rue.

Fatigué mais toujours droit.

Depuis maintenant cinq mois.

Hier 1er septembre débuta le sixième.

Droit grâce, entre autre et principalement parce qu'il existe des personnes qui agissent, qui écoutent, qui lisent, qui accueillent.

Brann, Sylvie, Brigitte, Nathalie, Jean…j'en oublie sans doute. Ils ont en commun une chose : l'indignation mais aussi l'action.

Ils ont en commun le 115 du particulier.

 http://www.le-115-du-particulier.fr

Ils ont en commun de ne point juger, de reconnaître, de partager.

Merci à eux.

Droit également, grâce à Corinne N., Tomazs H, Dameduboisjoli qui m'ont permis pour une année de conserver mon accès à Médiapart.

Merci à eux.

Amis lecteurs, arrêtez vous un instant, imaginez.

Au hasard, sur votre gauche (restons sentimental) une fracture, un abîme qui vous entraine, qui vous fait tomber, qui vous éloigne subitement et brutalement de ceux qui sont restés…en haut!

Là ou j'étais, là où vous êtes.

Non pas au sommet, juste en haut, à la limite mais j'y étais.

Là ou simplement je vivais, mangeais, me déplaçais, m'informais, militais, agissais.

 

Effet paradoxal sans doute, la rue ne m'est pas inconnue.

Je l'ai arpentée des nuits durant en qualité d'intervenant de l'action sociale (dixit la nomenclature de Pole Emploi)

 

Vous aurez  compris que des histoires de « sans destin fixe »  j’en ai entendu.

Des vraies

Des émouvantes

Des tragiques

Des révoltantes

Des désespérées

Mais toujours  humaines

Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il gèle à pierre fendre ou que le soleil écrase de ses rayons l’asphalte de la rue, ces histoires ne connaissaient, ne connaissent et ne connaitront pas les saisons.

Vous aurez  compris que je suis amer et non pas désespéré, même si cette putain de dépression, ce cancer de l’âme, éveille en moi des idées noires – osons le mot !

 Vous aurez  compris que je ne suis pas formaté par la pensée sociale unique.

Que pour moi assistance est un mot qui ne devrait être employé que par les compagnies d’assurance et nulle part d’autre.

Que pour moi « accompagner » est un devoir et être accompagner un droit.

Que je me demande pourquoi donc faut-il que je revête en fonction des évènements le costume  de  Candide ou de Don Quichotte.

 

Mes enfants sont au courant de la situation et savent que ce n’est pas demain matin qu’ils prendront le petit déj avec leur Papa.

Mais bon ce sont  des enfants et la perception du  temps pour eux n’est pas pareille à la nôtre.

Ils auront avec leur Maman un appart spacieux et pour septembre seront en mesure de commencer dans de bonnes conditions leur année scolaire.

C’est pour moi un soulagement que de les savoir avec un toit sur la tête.

 

 

Dans ma candeur  je m’étais accordé entre 5 à 6 mois que pour émerger.

C’était sans prendre en compte la cupidité, la vénalité et le mercantilisme de certains.

C’était sans prendre en compte la rigidité administrative des services qui n’ont de sociaux que le nom !

C'était sans prendre en compte qu'un autre monde ne se construit pas dans les Universités d'été, sur les plateaux de télévision, à l'Assemblée Nationale et au travers d'articles certes argumentés d'intellectuels de gauche.

C'était sans prendre en compte que le meilleur des articles racontant la pauvreté, l'exclusion, le pourquoi du comment d'un suicide restera vain.

C'était sans prendre en compte que la rue use, fatigue!

J’entame mon sixième mois…mais bon je suis encore dans les clous!  

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.