M. Darmanin: ça suffit avec les buralistes !

Depuis plus de trente ans, les buralistes français sont l’objet de toutes les attentions politiques. Après une manifestation pourtant peu suivie, ils ont été reçus par le Ministre, Gérald Darmanin qui est attendu à leur Congrès à la fin du mois. Pourtant, une étude sérieuse de leurs revendications montre qu’ils n’ont rien à envier à la plupart des autres catégories professionnelles.

Alors que la lutte contre le tabagisme devrait être une priorité de santé publique, les buralistes continuent à être abreuvés d’argent publique. Peu de français le savent, mais ils forment une des professions les plus subventionnées. Plusieurs remises, compensations diverses, subvention de leur caisse de retraites, nombreuses aides (de diversification, de départ…) leur ont été accordées. Résultat, plus de 3 milliards d’euros versés par les contribuables en dix ans environ !

Pourtant, dans une optique de santé publique (baisse de la consommation de tabac), l’objectif devrait être de les aider à se diversifier. Or, en subventionnant lourdement leur activité tabac, on les en rend au contraire de plus en plus dépendants. Les buralistes sont ainsi désincités à trouver d’autres activités (services, presse, jeux…). Pourtant, ils représentent les trois quarts de ventes de la Française des Jeux (FDJ), sur un marché en croissance, et sur lequel leur rémunération n’a pas été relevée depuis 1976 ! Une piste beaucoup plus pertinente pour M. Darmanin, au moment de discuter du prochain Plan d’avenir.

Distribuer de l’argent publique sous forme de remises supplémentaires sur le tabac serait donc contre-productif à tous les égards. D’autant qu’un phénomène semble avoir échappé aux équipes du Ministre de l’Action et des Comptes Publics. En effet, sous l’effet conjugué de la hausse des prix et de la remise consentie au titre du paquet neutre, le chiffre d’affaires tabac des buralistes a littéralement explosé. Car, dans le même temps, la baisse des ventes en volume a été négligeable.

De plus, cette manne se concentre toujours plus entre des mains de moins en moins nombreuses. Les 3 milliards et demi de remises diverses depuis 2004 l’ont été alors qu’ont disparu, sur la période, 7300 buralistes (sous l’effet essentiellement de la baisse de population dans certaines régions, et des départs en retraites). Un gâteau qui grossit, moins de monde à table : on comprend que la Cour des Comptes ait pointé, à plusieurs reprises, « l’inadéquation » des aides aux buralistes, considérant qu’ils n’étaient pas plus en situation de précarité que bien d’autres catégories. De fait, le revenu moyen des buralistes est deux fois supérieur à celui des boulangers !

Pire, l’absence de dégressivité de toutes les aides consenties a produit un effet d’aubaine fabuleux au profit des plus gros bureaux ! Il faut en effet garder à l’esprit que plus du tiers des buralistes réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 300 000 euros ! Là encore, la Cour des Comptes a manifesté à plusieurs reprises sa profonde désapprobation. Cibler les aides sur les bureaux en difficulté, qui bien souvent contribuent effectivement à vitaliser les territoires (notamment ruraux) a clairement plus de sens que la subvention aveugle d’une profession qui n’en n’a pas besoin, et qu’il faudrait au contraire inciter à regarder ailleurs (du côté des jeux à gratter, on l’a dit, mais aussi de la diversification des services).

Alors que le prochain Contrat d’avenir va accorder de nouvelles remises supérieures au cumul des deux précédents, M. Darmanin serait bien avisé de prendre en compte à la fois la justice fiscale, et la santé publique.

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