Suisse: répression contre des activistes écologistes

Plusieurs centaines d’activistes ont manifesté contre les banques suisses UBS et Credit Suisse et leurs investissements dans les énergies fossiles. Cette action de désobéissance civile a été fortement réprimée. Compte tenu de la catastrophe climatique ces formes d’action de désobéissance civile ne sont pas seulement légitimes mais nécessaires.

Les politiciens et politiciennes suisses de la droite jusqu’au centre ne manquent jamais de souligner que les émissions de gaz à effet de serre de ce pays seraient insignifiants comparées aux grands pays émetteurs de CO2. Si l’on suit cet argument, prendre des mesures musclées contre le réchauffement climatique dans un pays comme la Suisse ne changerait pas grande chose au niveau planétaire. Vu de près, cette affirmation est particulièrement problématique car elle omet le rôle central des entreprises helvétiques dans la destruction des écosystèmes et le réchauffement climatique.

Outre les entreprises comme Glencore, géant minier avec son siège dans le canton de Zoug, ou la multinationale Nestlé, responsable, entre autres, de la privatisation des eaux partout dans le monde, c’est surtout le secteur financier suisse qui joue un rôle majeur dans l’aggravation de la catastrophe climatique. Une étude de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) de la Confédération helvétique a montré que les investissements du secteur financier (en particulier ceux liés aux banques et fonds de pension) favorisent un réchauffement climatique de 4 à 6 degrés. Le secteur financier est ainsi responsable pour des émissions vingt fois supérieurs à ceux du pays.

Entre 2015 et 2017, UBS et Credit Suisse ont investi 12,3 milliards de dollars dans 47 entreprises particulièrement destructrices de l’environnement. Pour donner un seul exemple : les banques ont des investissements dans des entreprises responsables du déboisement de la forêt du Hambach en Allemagne contre lequel s’est construite une large opposition. A elles seules, elles ont financé en 2017 des émissions de CO2 à la hauteur de 93,9 millions de tonnes. A titre de comparaison : sur le territoire suisse sont émises annuellement environ 48 millions de tonnes de CO2, soit un peu plus que la moitié des émissions de ces banques.

C’est à la fois contre ces investissements et l’indifférence généralisée des pouvoirs publics face aux activités écologiquement destructrices de ces entreprises que le 8 juin 2019 s’est réalisée une action de désobéissance civile. Devant les sièges de UBS et de Credit Suisse à Bâle et à Zurich plusieurs centaines d’activistes ont bloqué l’entrée principale aux bâtiments. Vêtus des combinaisons blanches devenues omniprésentes dans les actions de désobéissance tels que Ende Gelände en Allemagne, les activistes ont manifesté de façon non-violente contre les politiques d’investissement de ces deux banques pour lesquelles le profit compte manifestement plus que la sauvegarde des vies humaines. C’est un groupe écologiste sous le nom de Collective Climate Justice qui a lancé l’appel à cette mobilisation. Il s’agit d’un groupe soutenu, entre autres, par Greenpeace, le Mouvement pour le socialisme (MPS) et Multiwatch.

Après plusieurs heures, les manifestant·e·s ont été délogé·e·s à l’aide d’une force policière totalement disproportionnée. Des dizaines d’activistes ont été arrêtées pendant 48 heures. Après plus d’une semaine, la plupart de ces activistes a reçu des ordonnances juridiques qui attestent le caractère répressif des mesures prises par les pouvoirs publics. Ainsi, ces derniers ne tolèrent aucune mise en question de la finance – l’un des piliers du capitalisme helvétique ! Mentionnons par ailleurs que les deux cantons dans lesquels s’est déroulée l’action sont gouvernés par une majorité composée par le Parti des Verts et le Parti socialiste (PS).

La répression des Ministères Publics s’abat particulièrement contre les activistes ressortissants des pays étrangers. Dans un communiqué de presse le Collective Climate Justice a annoncé que toutes et tous les activistes non-suisses ont reçu une interdiction d’entrée sur le territoire pour une durée allant de deux à trois ans. Ces mesures sont justifiées avec l’argument que les activistes étrangères et étrangers auraient compromis les relations internationales de la Suisse.

Confronté aux critiques des activistes – lesquelles sont corroborées par des études scientifiques - Christian Leitz, directeur du Corporate Responsability Management chez UBS, a déclaré dans une émission télévisée sur CNN Money que, d’après lui, le désinvestissement ne serait pas une « panacée » contre le réchauffement climatique. Dans une langue de bois propre aux représentants des relations publiques, il a soutenu que son entreprise se trouverait sur un « chemin de transition » par rapport à laquelle il se déclare « très satisfait ». Curieuse transition, celle qui contribue à un réchauffement planétaire de 4 à 6 degrés…

Compte tenu de la catastrophe climatique ces formes d’action de désobéissance civile ne sont pas seulement légitimes mais nécessaires. La solidarité avec les activistes detenu·e·s en Suisse et tout·e·s les militant·e·s écologistes du monde entier est d'une grande importance. Les activistes du Collective Climate Justice ont lancé une pétition critiquant les mesures juridiques ainsi qu’une cagnotte de solidarité avec les activistes touché·e·s par la répression.

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