Palestine (1937) : le partage des terres

(Cet article est lié aux conséquences de la publication du rapport de la Commission Peel qui a été expliqué ici.)

Certains documents racontent l'histoire et d'autres la font. S'il est certainement utile de lire les premiers, il ne faut pas négliger les seconds.

En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, le rapport de la Commission Peel est un document qui est indispensable à lire si l'on désire mieux comprendre ce qui se passait en Palestine dans les années 1930 (le rapport fut publié en 1937). On peut lire ici un court résumé de ce rapport qui – selon ma connaissance – n'a jamais été traduit en français (pour lire le document original en anglais, on peut cliquer ici).

Débattre dans le calme du conflit n'est pas chose aisée et il l'est sans doute encore moins de trouver des documents dont l'objectivité est à louer. C'est pourtant le cas du rapport de la commission Peel et c'est pour cette raison que j'en recommande fortement sa lecture.

Dans ce rapport, sont expliquées les raisons du conflit : une incompatibilité entre les nationalismes arabe et juif. Les Arabes n'avaient pas d'objection à une présence juive en Palestine, à condition qu'elle soit extrêmement réduite (quelques milliers de personnes au maximum). Bien sûr, il n'était pas question d'accepter une quelconque forme d'autonomie juive.

 

 

Peu importe les différentes formes d'arrangement que les britanniques purent proposer aux Arabes, toutes furent refusées, sans exception. Ce que désiraient les Arabes étaient l'indépendance politique. Pour eux, l'idéal consistait à être réunis avec la Syrie (et être inclus dans la « Grande Syrie »). Lorsque cela fut impossible (à cause de l'armée française), c'est l'indépendance de la Palestine qui fut choisie.

D'autre part, les nationalistes juifs désiraient renforcer la présence juive qui n'avait jamais cessée en Terre sainte et reconstruire l'État qui avait été le leur plusieurs siècles auparavant. Si la présence arabe en Palestine était prise pour acquise, ils pensaient que les avantages économiques qu'une forte immigration juive en Palestine devait amener à la population arabe permettrait de trouver une forme d'entente entre les deux communautés.

Entre d'une part, une communauté arabe qui sortait à peine du joug de l'Empire ottoman et vivait sous l'influence des clans familiaux et dans une grande misère économique et d'autre part, une communauté juive qui amenait avec elle les valeurs de la culture européenne (démocratie, éducation, arts...) ainsi que des capitaux importants, les différences ne purent jamais se combler. Au contraire, avec chaque année qui passait, le nationalisme de l'une accentuait le ressentiment envers le nationalisme de l'autre.

S'il est indéniable que les demandes nationalistes arabes représentaient un obstacle à celles des Juifs, il serait pour le moins injuste de ne pas leur accorder une justification morale. Cela est également le cas pour les demandes juives : pour quelles raisons devrions-nous leur refuser un droit que l'on accorderait aux Arabes ? C'est pour cette raison que la Commission Peel s'était déclarée être devant deux demandes justifiées.

En étudiant le conflit entre Israéliens et Palestiniens, nous devons donc reconnaître aux deux communautés le droit de vivre sur la même terre : pour les premiers, il s'agit de vivre sur la terre de leurs ancêtres (Eretz Israël – la Terre d'Israël), tandis que pour les seconds il s'agit de vivre sur une parcelle de terre incluse dans le Monde arabe et qu'il est devenu commun d'appeler « Palestine. »

C'est en accordant le même droit aux deux communautés que l'on peut réfléchir aux possibilités de trouver la paix. Si l'on nie ce droit à l'une d'elles, on crée une injustice et l'on se met hors jeu pour être écouté.    

 

 

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