Rapports...et silences...

27.06.2011

Rapports....et silences...

 

EDITO 7

 

Les médias sont toujours muets sur les rapports récemment publiés sous l'égide du ministère des solidarités et de la cohésion sociale.

 

Rien d'étonnant à cela. La dépendance ne se prête pas à une information « flash » immédiatement « comestible », nous en mesurons toute la difficulté mais nous avons décidé de relever ce défi, dans la mesure de nos moyens, considérant qu'une information pédagogique est le meilleur garant du processus démocratique.

 

Le silence des politiques après les déclarations de Mme Bachelot est également « sidéral » !

 

Silence à droite soit, mais ce serait le moment de s'exprimer avant les arbitrages du Président de la République, silence au centre dans cette nouvelle « aile sociale » de la majorité ou dans d'autres centres, silence à gauche jusqu'au front du même nom... ?

 

Après notre constat sévère du parti pris d'une protection sociale à deux vitesses et des conclusions très politiques du rapport Fragonard, sorte de marche pied à une réforme au rabais, nous faisons ci-après un rapide survol des autres rapports dont la qualité est indéniable. Les lecteurs avertis auront accès aux rapports intégraux en se branchant sur le site du ministère. Une synthèse est disponible dans la rubrique document.

 

Le rapport Charpin confirme dans ses projections (page 2) la hausse modérée des coûts de la dépendance dans l'avenir et devrait, nous l'espérons, mettre un terme à un alarmisme totalement injustifié et habilement orchestré depuis des mois.

 

Jusqu'en 2025 la part du PIB augmenterait de 0,11 à 0,14 sur quinze ans, puis de 0,33 à 0,39 jusqu'en 2040.

 

La part d'augmentation de l'APA serait relativement modeste respectivement de 0,05 et de 0,09.

 

Le coût actuel de la dépendance est estimé à 1,22% du PIB, étant entendu que cet affichage des coûts intègre 62% de dépenses de soins.

 

En revanche la part des ménages progresserait beaucoup plus rapidement notamment pour l'hébergement.

 

Le rapport de Mme Evelyne Ratte fait apparaître un reste à charge en hébergement compris entre 1500 et 2200 euros/mensuels à mettre en rapport avec un montant moyen de retraite de 1400 euros et de 800 euros pour les femmes qui représentent 75% de la population hébergée en établissement ( page 27).

 

Selon M. Vasselle sénateur UMP cité par le rapport « près de 80% des personnes accueillies en EPHAD doivent faire appel aux ressources de leurs proches pour financer leur prise en charge »

 

Parmi celles-ci 40% seulement font appel à l'aide sociale compte tenu des règles restrictives de prise en charge.

 

Ce sont donc prioritairement les économies des hébergés, ce qui peut se justifier, mais aussi l'aide financière des proches, ceux-ci étant constitués à 46% de personnes elles mêmes retraitées ( !) qui financent le plus largement le système.

 

Nous avouons que nous n'espérions pas une justification aussi probante de ce que nous ne cessons de dire depuis l'ouverture de ce blog : la question du coût de l'hébergement et du couple aide sociale-obligation alimentaire est bien le problème numéro 1 qui appelle des solutions urgentes car incompatible avec les valeurs dont se réclame notre société.

 

Le rapport du groupe de travail de Mme Ratte mais aussi celui de Mme Morel relèvent « l'illisibilité du système », « l'extrême complexité que les personnes âgées et leur famille doivent affronter » dans le cadre d'une « approche fataliste » de la dépendance et du vieillissement en général.

 

Mais les solutions préconisées en termes de « coordination », de « parcours coordonné » du dépendant, de « gestionnaire de cas » (pour aider les familles) de « lieu unique d'information » (qui figure dans nos priorités) risquent de rester des vœux pieux tant que l'on ne remettra pas en cause les fondements institutionnels et financiers de la dépendance.

 

Au risque de contredire le groupe de travail de Mme Morel nous ne croyons pas un instant à la possibilité pour le département, dont les moyens humains et financiers sont insuffisants, ou encore moins pour les ARS (agences régionales de santé) dont ce n'est pas le rôle, d'assurer la coordination du système. Coordination est d'ailleurs le maître mot pour répondre en général à l'impuissance administrative !

 

Nous sommes bien d'accord que des améliorations sont possibles dans le cadre du système actuel, mais comment ne pas voir que la multiplicité des acteurs financiers et administratifs, qui se renvoient la balle constamment, alimentant « le parcours du combattant » des familles, constitue non seulement un obstacle majeur à une évolution réelle du système mais génère dans le même temps des coûts de gestion exorbitants pour une efficacité notoirement insuffisante ?

 

Nous sommes encore bien loin de cette prise conscience tant le dogme de « l'infaillibilité administrative » anime les esprits autant à droite qu'à gauche.

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