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Billet de blog 5 février 2013

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Un ciel à la mesure d’un caillou

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cette maison qui a été notre maison, respire avec les arbres. Ils font les beaux entre deux pluies fines pendant que le monde en moiteur déploie une aura de tendresse autour des magnolias géants.
Les saules pleureurs, parures de l’été se maintiennent tout entier blondis, au sommet de leur gloire.
Quand une nomade s’attarde dans un lieu hanté, même les murs se souviennent reconnaissants qu’ils sont de la voir encore parmi eux. Dans la maison oubliée je me détends sur notre fauteuil, moi et cette autre moi indestructiblement liées, traînées en mer de Chine par le pavillon noir du chagrin, rêvant d’un écho suprême dans la mer du sou- venir de ta jeunesse heureuse .
Les feuilles mortes tournoient autour des fauteuils sous la véranda, soulevéespar un vent léger. Je suis à l‘unisson de cette fin d’après midi à Cento Chiave à un vol d’ oiseau de l’étang de Bigulia.
Il n’y a plus de téléphone.
L’oasis a été désertée .
Je me laisse caresser par ce petit vent tiède à l’abri des chaos d’images qui ont détruit la douceur de nos vies quand absence, détresse n‘avaient pas d’existence. Sur les volutes des temps, un point, une tangente, une intersection. Cela a un nom, nous étions heureux et ne le savions pas. Que ce point se déplace dans un sens ou un autre,qu’importe? Le temps ne connaît pas d’éclipse.
Les glycines ont pris leur couleur d’évasion. On ne les a jamais vues aussi belles comme si l’automne les gratifiait d’une seconde majesté. Le soleil tardif de cette saison n’en finit pas de faire comprendre à tous les murs complices des rires de mes enfants que l’on ne prend jamais congé de Dieu. Ce Dieu qui me rend folle. Reste que ce Dieu nébu­leux va rester dans le regard de tous comme un abri-bus transparent in occupé, gardé par une sentinelle sans orifice d’entrée, sans débouché de part ni d’autre .
Mener l‘enquête plus avant serait le roman feuilleton le plus réactionnaire de tous les temps .
Bible, version régie par un romain sans son oi­seau de belle augure .
He! Il y a un Spinoza qui m ‘attend au tournant. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir, donne moi le temps de me retourner et lui faire savoir comment d’une ligne brisée, je vais dégager un cercle et un carré avant de me retrouver vidée de mes folies de passionnée.
Endroit-envers de la même parade.

Antoni.
Histoire dans mon Histoire .
Œuvre dans mon Œuvre .
Toi l‘urgence de mes dix-sept ans, l‘éclat d’ une note en expansion .
Comme dans une spirale où je monte et je des­cends sans cesse, je redresse mon pinceau en chute, avan- çant par un mouvement plus ample que le précédent, jusqu à fendre l‘air avec des plumes néesd’hier, à pas lents, comme les oiseaux de haute mer qui ne savent qu’allerplushaut.
Parce que l’un de nous n’est plus, mes autres enfants se confondent. Gardienne des souvenirs .La mère médite. Les mots, les jours et les années sont débar-rassés de leur sens chro­nologique;seules subsistent certaines inflexions de voix captées, reprises quand le ciel veut bien les rendre audibles et concrètes.
Une prière échappée?
Mais d’où s’échappent les prières?
Et où vont-elles?
Ça,je sais. J’ai lu. J’ai voyagé avec Jean celui de l’évangile ,dans le subway à New York, entre la Troisième Avenue et Utrecht, coincée entre les has-sidiques qui occupaient leur temps de transport
à prier en marmonnant dans le songe d'un Dieu menant la charge de la Loi entre deux stops du subway.
Qui n‘a jamais prié pour un ami, un frère, un être aimé ?
Qui n’a jamais porté un voile un fichu?
Qui n‘a jamais eu mal, agenouillée devant un mur, un lit, un chapelet, un souhait, une litanie, un chant, sur les pavés de Jérusalem ou de Tataouine ?
Où est ce Dieu?
Moi, je réponds.
Dans les rues sous une chéchia, une kippa,il marche, il s’évapore, il grandit,il gémit, il sourit. David, Mohamed, Jules ou l‘Autre seront les enfants du subway de N.Y.C ou de Pompe-La-Lune.
Plus tard, je quittai l’hôpital Foch, haletante d’an-
goisse et d’espérance.
J’inventai un évangile qui aurait eu la puissance di-
vine d’une incantation jamais entendue, à peine entendue, déjà exaucée, comme un accord musical mystérieux pour sauver mon petit garçon qui souf- frait jusqu‘à en mourir de son homosexualité.
Suppliques murmurées,criées, mots messagers de ma chair, contingents de la vie qui te quittait, que je voulais puissants, ardents, pour t’arracher à ton martyr. Les sons sont des agents de liaison parfaits .
Dans la douleur, on parle aux murs, on se prosterne même devant un mur, on trouve le Carrare où les projeter ces mots pour le briser tandis que le corps en suspens avachi se dérobe à sa matière.
Douleur .Ton nom est peut être doux, heur dans la vie de la-haut .
Mais le ciel, je m‘en balance.

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