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Billet de blog 16 août 2015

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Nietzsche : « Sur de vastes mers je veux voyager, jusqu’à ce que je trouve les Îles Fortunées où demeurent mes amis »

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un galet naïf et vertueux sorti du ventre de la Méditerra­née surgit à l’aube d’un jour du mois des glaces du fond des rires de tous les petits grains de sable, ses amis de­puis toujours.

Après plusieurs ricochets sur du bleu, il arrive tout neuf sur les rives du Nord de la côte africaine, « un des lieux les plus délicieux à habiter ».

Épanoui, marié à la terre, enivré par la fréquentation de ruines romaines de Cirta jusqu’au Tombeau de la Chré­tienne, il fait serment de n’en jamais partir.

Mais un vent de mots prirent un jour les habits de la sou­veraineté, un de ces vents chargés de contradictions, qui partent dans un sens et prennent brusquement le sens contraire. De quoi faire perdre la tête à un jeune galet in­achevé.

Soulevé d’étonnements, entraîné dans un amalgame, noyé entre le cœur et la raison, il confondit Bienvenue et Sor­tie de secours menant à l’exil.

C’est en classe touriste, sur le pont des artistes inattendus, indésirables sur les pelouses des Jardins de Versailles qu’il posa les pieds, bouche bée devant le piège artistique tendu aux visiteurs par Anish Kapoor.

Perdu et retrouvé dans le « Grand dérangement » comme un roc berné par une mémoire rédemptrice, il débarqua sur une île, justement celle qui était au-dessus de sa tête avant sa naissance.

Il venait d’un continent où en tournant seulement la tête il embrassait huit mille km sans se mouiller les pieds, d’une part, d’autre part l’insularité n’existe pas au fond des mers.

Il fut démoralisé, coincé rocher sur rocher ; cela fit cha­virer son âme. Il tomba en dépression car il appartenait à une race de galet voyageur.

« Si je reste un jour de plus ici, je meurs »

Mers et continents agitèrent sa vie et ses aspirations.

De galet il devint marbre puis pierre précieuse.

J’avais mené les amertumes et les mentalités les plus différentes depuis des siècles ; je m’étais argilé dans un contente­ment des plus réglo, ils furent même mes frères de compassion pour les arts. Entre eux et la mer ils m’avaient empoté en trois complets veston.

Un matin, réalisant que je m’étais immolé par la laideur du marécage dans lequel je m’étais complètement inséré, grâce à ma mère généreuse vertueuse je pus enfin mémo­riser les romances des marbres de Carrare, les moments di­vins du Marais Poitevin, les musiciens de la Messe de mort de Mozart, de la joie de la Reine Hortense punie d’avoir été reine de la monarchie d’un minable époux de roi, du Monte Renozzo, de la Place du Diamant à Ajaccio pour enfin unir ma destinée à mon ultime unique destin, la Mer méditerranée.

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