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Billet de blog 7 mai 2020

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De la « drôle de guerre » du Président Macron à la débâcle sanitaire en France.

La gestion chaotique de la crise sanitaire par le gouvernement du Président Macron après deux mois aura laissé au 5 mai 34882 morts en France (16041 décès dans les hôpitaux, 9471 dans les ESMS et 9000 morts chez les personnes confinées à domicile selon une estimation). En mémoire à ma maman décédée du Sras-Cov-2 dans sa maison de retraite le 15 avril 2020.

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Le gouvernement français n’a jamais su être à la hauteur de l’enjeu sanitaire du virus qu’il avait appréhendé comme une « grippette » en réduisant la gestion de la crise de santé publique à un confinement drastique de la population, à une opération médiatique et à une mesure palliative.

Le confinement drastique de la population s’est imposé en France le 17 mars par la négligence et l’imprévoyance du gouvernement. Pourtant les signaux d’alerte clignotaient depuis de nombreuses semaines avant l’entrée fracassante par la porte d’Alsace de la pandémie dans l’hexagone.  

Le 15 février on compte le premier décès en France avec un touriste chinois malade du Covid-19. Deux semaines avant, le 31 janvier un avion militaire français avec 16 personnels navigants a rapatrié directement de l’épicentre chinois de la pandémie de Wuhan 193 personnes.  L’ensemble du personnel navigant est revenu sur sa base militaire d’attache dans l’Oise sans vérification que les ordres d’une quarantaine soient bien appliqués et chacun a pu regagner son domicile. C’est dans ce département de l’Oise le 26 février que décède le premier Français, un enseignant de collège.

La légèreté du gouvernement persiste face à l’imminence de la pandémie en dépit des signaux d’alerte. Le Président Macron a d’autres préoccupations. En effet, il est tout à l’ouvrage des élections municipales et de la réforme des retraites. Les questions de santé publique sont subsidiaires tant la pandémie parait lointaine. Le départ de la Conseillère santé du Président le 31 janvier, la démission de la ministre de la santé le 18 février, l’absence de la France à la mission de l’OMS envoyée en Chine et notamment à Wuhan du 16 au 24 février montre la négligence totale de la France ouvrant grande la porte au drame sanitaire à venir.

Pendant ce temps, le Président Macron est en visite à Bourtzwiller près de Mulhouse le 18 février à proximité du lieu où se tient un rassemblement évangélique avec 2000 personnes. Le 6 mars dans le Haut-Rhin et en marge du rassemblement évangélique on compte 84 personnes testées positives. Le 7 mars le Président Macron accompagnée de sa femme se rend au théâtre à Paris. Le 18 mars lendemain du confinement, 74 malades du Covid-19 décèdent dans le Haut-Rhin.

La France récolte les premiers fruits pourris de l’impréparation sanitaire de son gouvernement avec des hôpitaux en tension à Colmar et à Mulhouse. Les soignants courent après les équipements de protection individuelle que l’État ne leur fournira pas. La « drôle de guerre » déclarée par le Président de la République sans stratégie et sans organisation vire au tragique sur le front de l’Est en Alsace avec des brigades en blouse blanche démunis. 

Le 25 mars, la décision impossible et inéluctable tombe de la bouche d’un médecin urgentiste de l’hôpital de Mulhouse : les malades seront triés selon leur âge, les anciens n’accèderont plus à la réanimation et seront dirigés vers les soins palliatifs. Pendant ce temps les autorités françaises sont aux abonnés absents pour les hôpitaux laissés à l’abandon. Chaque hôpital se débrouille seul en faisant appel à la charité publique de proximité pour renflouer le système hospitalier indigent.

Le gouvernement français sort de son silence exclusivement dans le cadre d’une communication effrénée pour cacher ses manques et éteindre les incendies dommageables à la côte de popularité de son Président. Chaque jour le discours incohérent des ministres sur les masques et les tests notamment contribuent à la confusion générale annonçant la « débâcle sanitaire » à venir. La pénurie de masques et de tests, les rends inutiles auprès du grand public selon le discours du gouvernement.

Avec la devise « Français restés confinés chez-vous ; sortez, vous serez contaminés et verbalisés », le gouvernement tombe dans une surenchère sécuritaire pour faire respecter le confinement, seule porte de salut à la crise sanitaire en France. Le 28 mars le Président Macron rompt le confinement et se rend à Mulhouse avec trente lits en réanimation pour apporter la contribution nationale à l’effort sanitaire local pour juguler le mal. Le cours de « la drôle de guerre » ne connaît pourtant pas de tournant et le 31 mars le cap des 400 morts est franchi dans le Haut-Rhin.

Pendant ce temps un autre drame se prépare dans l’ombre des maisons de retraite que le gouvernement accompagne d’une mesure phare : une réglementation datée du 31 mars facilite l’accès aux soins palliatifs dans les EHPAD. Elle fait office de mesure palliative sanitaire face à un système hospitalier à bout en incapacité d’accueillir les malades des maisons de retraite. Le confinement des résidents dans les EHPAD sans dépistage et sans protection devient une bombe sanitaire à retardement. L’absence totale d’une action prioritaire en début de pandémie dirigée vers les maisons de retraite va se payer lourdement auprès des aînés. La « République en marche » va trahir ceux qui l’ont élevé. Le virus désormais à l’intérieur des maisons de retraite peut faire son office macabre avec 9471 morts au 5 mai.

Le retard à l’allumage du gouvernement s’est payé au prix de la vie de 25882 personnes dans les hôpitaux et ESMS hors décès à domicile. Au 5 mai, la question des masques et tests d’envergure pour tous n’est pas réglée. Les hôpitaux naviguent sur une offre en lits de réanimation toujours insuffisantes.

 En deux mois le gouvernement français n’a jamais rattrapé son retard et le risque d’une deuxième vague fait craindre le pire en France.

Illustration 1
Ma maman au cours d'un repas de famille. © Photo de famille

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