Covid-19, EHPAD, Haut-Rhin, 15 avril 2020: comment ma mère a été emportée en un jour

Le mercredi 15 avril 2020, le médecin de garde de l’EHPAD où demeure ma mère, Denise Weisser, âgée de 83 ans, situé à Bantzenheim dans le Haut-Rhin m’a appelé à 10h30 pour me dire que ma maman avait contracté le virus du Covid-19. Elle avait été auscultée vers 5h30 du matin, avec les symptômes d’une fièvre à 38° et une toux persistante.

Avec un taux d’oxygène à 85%, elle a été mise sous respirateur. Le médecin m’a indiqué que seul des soins palliatifs lui étaient donnés. Il m’a rassuré en disant que ma maman était alitée dans sa chambre paisiblement.

Cette annonce brutale pour ma maman qui allait bien encore la semaine dernière m’a laissé dans un désarroi total avec une réflexion liée aux informations concernant la gestion de la crise sanitaire en France et la situation de ma maman.

Ma première réflexion concerne les tests. Ma mère comme l’ensemble des pensionnaires et des personnels des EHPAD du Haut-Rhin ont fait l’objet tardivement d’un dépistage du Covid-19 le mardi 14 avril 2020 soit un jour avant qu’elle ne tombe malade. Le médecin m’a indiqué que pour ma mère les résultats du test PCR n’était pas encore connu mais les symptômes étaient bien ceux du Covid-19.

Pourquoi les autorités publiques n’ont pas pratiqué dans des délais raisonnables et notamment dans le Haut-Rhin premier épicentre du foyer de la pandémie en France, des tests dans les maisons de retraites hauts lieux à risque pour les personnes âgées ? Dès la première quinzaine du mois de mars la pandémie a flambé dans le Haut-Rhin. Il a fallu attendre plus d’un mois soit le 14 avril pour avoir des tests d’envergure dans les EHPAD du département alsacien à l’initiative du Conseil départemental.

Concernant la contamination dans l’EHPAD, ma maman était depuis de nombreuses semaines alitée avant le confinement et ne sortait plus de sa chambre. Seul un membre du personnel dans le cadre de ses fonctions a pu entrer en contact avec ma maman et transmettre le virus. En effet, depuis début mars plus aucunes visites extérieures n’étaient possible. Si les personnels de la maison de retraite avaient pu être dépistés et avaient pu porter des masques, ma maman n’aurait pas été infectée par le virus du Covid-19.

Ma seconde réflexion concerne les soins apportés aux malades âgées atteints du virus du Covid-19. Aucun traitement médical n’est donné aux personnes âgées autre que les soins palliatifs. Avant de prodiguer des soins en réanimation dont on connaît les risques sur les personnes âgées, il y a des soins alternatifs avec notamment des antiviraux et des traitement non invasifs possibles dans les premiers jours de l’infection. Avec une autre gestion de la crise sanitaire m’a maman confinée dans sa chambre n’aurait jamais été contaminée et aurait pu bénéficier de soins appropriés le cas échéant si elle avait été dépistée dans les premiers jours de l’infection virale.

Ma troisième réflexion concerne les personnels de la maison de retraite où vit ma mère. Une grande humanité règne dans cette maison de retraite de village et ma maman a toujours été bien accompagnée depuis ces nombreuses années par le personnel. Je pense à ces personnels qui depuis toujours sont aux petits soins des pensionnaires et se retrouvent aujourd’hui dans une situation au plan éthique très difficile. Ainsi des personnels faute de dépistage vont transmettre le virus. Ainsi des soignants face aux pensionnaires infectés de la maison de retraite se retrouvent dans l’impossibilité de prodiguer les soins appropriés pour sauver les malades.

Après avoir écrit ces premières lignes en début d’après-midi, j’ai appris en fin journée de ce 15 avril, le décès de ma maman sans avoir eu la possibilité d’avoir un dernier contact avec elle. Le 15 mai 2020, soit un mois jour pour jour, ma maman aurait eu 84 ans.

Je retiens d’elle sa joie de vivre lorsqu’on lui rendait visite et ses chansons d’enfance en Alsacien. Je retiens aussi qu’en 1949 elle avait terminé 1ère de certificat d’études primaires dans le Haut-Rhin et avait été reçue avec les nominés des autres départements français par le Président de la République Vincent AURIOL (voir photo, 5ème jeune fille en partant de la droite). Je retiens aussi sa maitrise parfaite de la langue française, alsacienne et allemande.

J’aurais aimé qu’elle puisse partir entourée de sa famille, en dehors de cette tempête virale qui en une journée a emporté ma maman.

Comme a dit ma plus jeune fille Jeanne, « j’espère qu’elle repose en paix » !

 

Fait à Blodelsheim, le 15 avril 2020.

Gabriel WEISSER

PS N’hésitez pas à partager ce témoignage personnel pour que nos aînés victimes de la pandémie du Covid-19 en 2020 dans les EHPAD ne deviennent pas des morts anonymes en France.

 

  1. J’ai décidé de poursuivre devant la Justice l’ancien directeur de l’ARS du Grand Est Monsieur Christophe LANNELONGUE notamment pour l’absence de dépistage mais aussi pour l’absence de masques de protection. J’ai décidé aussi d’engager devant la Cour de Justice de la République, une action contre le Ministre de la Santé Olivier VERAN pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « défauts de soin ayant entrainé la mort » en vue de poursuites pénales.
    En photo, le Président de la République Vincent AURIOL (1947-1954), entouré de quelques récipiendaires haut-rhinois du certificat d’études primaires dont ma maman (5ème jeune fille en partant de la droite). © Photo de famille En photo, le Président de la République Vincent AURIOL (1947-1954), entouré de quelques récipiendaires haut-rhinois du certificat d’études primaires dont ma maman (5ème jeune fille en partant de la droite). © Photo de famille

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