ELECTIONS , piège à Cons

Cet article a été écrit par une relation proche , et partageant totalement cette opinion, je ne peux que le publier sur mon blog, avec son autorisation bien sûr.

Elections, piège à cons !

 

Jean-Paul Sartre donnait pour titre à l’un de ses articles, paru dans les Temps modernes en 1973 :« Elections, piège à cons ».

 Cette délicate appellation semble décrire à merveille les derniers mois que nous venons de vivre, conduisant à faire élire comme représentant du peuple et guide de notre futur le symbole vivant du néo-libéralisme le plus extrême et le plus arrogant, sous prétexte de jeunisme et de modernité.

 Mais cette arrogance pourrait se retourner contre ceux qui crient si facilement victoire et qui pensent qu’ils vont pouvoir dorénavant conduire le pays à leur guise, au service d’intérêts qui ne sont pas ceux du peuple.

 

En effet, au-delà de la colère directement exprimée par plus de 10 millions d’électeurs qui se sont exprimés en faveur de Madame Le Pen malgré un harcèlement médiatique généralisé exprimant un grand mépris pour cette « classe » de français jugée abrutie par ses détracteurs, 12 millions d’inscrits (record absolu pour un deuxième tour d’élection présidentielle sous la Vème République dépassant de 3  millions le précédent record), ne se sont pas rendus aux urnes, sans doute dégoûtés et se sentant exclus de la vie politique, et 4 millions de citoyens ont fait l’effort de se déplacer dimanche dernier pour exprimer avec force qu’ils ne cautionnaient en aucun cas les politiques des deux candidats, sentant sans doute confusément (ou pas confusément) qu’ils seraient les dindons de la farce qui va se jouer dans les mois et les quelques années qui viennent.

 

Ce nouveau record est explicite, doublant le nombre d’électeurs ayant voté blanc ou nul à l’occasion de l’élection de Monsieur Hollande.

Qautre  millions de français, qui se sentent suffisamment impliqués dans la vie politique de ce pays pour aller témoigner de leur désarroi et de leur rejet des visions du monde proposées. 4 millions de français qui se sont exprimés et qui savent qu’ils ne sont pas entendus, puisque nulle part les résultats ne sont exprimés relativement au nombre d’inscrits ou même de votants, pour laisser croire à une adhésion massive des français à une vision réductrice des individus qui constituent notre pays, les ramenant à un statut d’homo oeconomicus, sorte d’électron soi-disant soumis à des lois imaginaires normant son comportement dans le cadre d’une mondialisation dérégulée, ou plutôt régulée par les quelques-uns qui en tirent profit.

 

Ces deux chiffres : 12 millions d’abstentions, et 4 millions de bulletins blancs n’ont pas l’air d’alerter la communauté des « observateurs avertis» et des « leaders d’opinion ». Sans doute parce qu’ils sont eux-mêmes les produits d’un système dans lequel ils sont englués et dont ils profitent, s’éloignant également, lentement mais sûrement, du peuple, car ils vivent dans une sphère à part, ignorant qu’aujourd’hui 16 millions de français pensent en leur for intérieur « élections, piège à cons », car elle amène à nouveau au pouvoir ceux qui ont conduit pendant ces dernières années la mise en œuvre d’une politique technocratique et ultra-libérale contre la volonté que les français avaient clairement exprimé à l’occasion du référendum de 2005.

 

Rien ne va vraiment changer dans les mois qui viennent, et nos élites seront rassurées sur la validité de leurs choix. La vie va reprendre son cours pour l’essentiel des français qui luttent pour assurer à eux-mêmes et à leurs enfants une vie décente, voyant leurs revenus nets se dégrader graduellement, leur niveau d’endettement augmenter à titre personnel et au travers de celui qui est contracté pour notre compte par les élites qui nous gouvernent. Mais s’ils se réveillent, quelle forme prendra l’expression de leur mécontentement ? Tout va dépendre de la capacité de nos dirigeants à lire les signaux « pas si faibles que çà » que les français viennent de leur envoyer.

 

Jean Luc PERCEVAL 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.