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Billet de blog 13 mai 2017

Memento Mori

Nouvel article de Jean Luc Perceval : Lettre Ouverte à Monsieur le Président

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Memento mori

Monsieur le Président, car c’est en effet ainsi qu’il conviendra dorénavant de vous nommer lorsqu’on s’adressera à vous.

A la veille de votre triomphe qui sera célébré demain lors de la passation de pouvoir, je me permets de vous rappeler cette phrase que votre professeur(e) de lettres préférée vous a apprise autrefois :

« memento mori ».

J’espère en effet que vous serez accompagné, comme les généraux victorieux romains, lors de leur cérémonie du triomphe, d’un serviteur qui, à vos côtés, vous rappellera sans cesse cet aphorisme bien senti : « Souviens-toi que tu es mortel ! » 

Car s’il est vrai que votre parcours jusqu’à présent est impressionnant et que vos talents : intelligence des situations, détermination, et force de conviction ont pu s’y exprimer, il vous faut reconnaître que les dieux vous ont soutenu et que les circonstances se sont avérées bien plus favorables que vous auriez pu l’imaginer, même dans vos rêves les plus fous (du moins je l’espère !).

Mais vous avez largement su en tirer profit, faisant oublier les casseroles qui étaient arrimées à votre char, en particulier votre étroite participation à toutes les décisions économiques majeures du pays pendant le désastreux quinquennat de votre prédécesseur et mentor. Ne lui avez-vous pas en effet soufflé  à l’oreille ses principales orientations et décisions en ce domaine, d’abord comme Directeur de Cabinet Adjoint, en charge des Affaires économiques, puis comme Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique ?

Mais beaucoup de français l’ont déjà oublié, et si votre adresse manœuvrière vous a permis de vous positionner comme un opposant frustré à la « modernisation » du pays, j’espère à nouveau que vous n’êtes pas dupe de vous-même.

Mais la bienveillance des dieux peut changer de camp, et les Grecs et les Romains savaient bien qu’il ne fallait pas les provoquer. Ne vous attribuez pas trop ce succès, et méfiez-vous d’abord de vous-même, ne les tentez pas !

Je suis pour ma part inquiet que les français aient remis les clefs de notre pays en les mains d’un supposé surdoué dont le parcours n’a pas connu de difficulté majeure, et qui, sûr de sa bonne étoile, ne connaît pas encore ses limites, et pourrait manquer de la prudence nécessaire en des temps troublés.

J’aimerais également être rassuré sur le sens que vous donnez à votre action, et savoir au service de qui vous mettez votre talent: De la Nation ? C’est ce pourquoi vous avez été élu. 

Ou d’une idéologie néo-libérale qui ne dit pas son nom et qui sert les intérêts exclusifs de quelques-uns ? Ou de vous-même, tout simplement ?

Vous êtes très doué et les dieux une fois encore vous ont été favorables. Mais Néron aussi était très doué et très bien formé par Sénèque, ce grand philosophe stoïcien. Il avait également bénéficié de circonstances extrêmement favorables pour accéder au pouvoir suprême. Prince respecté pour sa culture et son goût pour les arts, son talent nourrissait une ambition extravagante qui a fini par le dévorer et l’on sait le tragique de sa fin.

Monsieur le Président, vous êtes arrivés à vos fins, et il faut dorénavant que vous soyez clair, en tous cas vis-à-vis de vous-même, sur la cause que vous voulez servir. Ne vous laissez pas enivrer par le pouvoir, et ne nous emmenez pas dans des voies sans issues par arrogance ou provocation. Ecoutez vos concitoyens, écoutez-les vraiment.

Vous dites que vous conduirez de grandes réformes et que vous accélèrerez le mouvement en gouvernant par ordonnances ? Pourquoi donc ne pas faire confiance en la sagesse de vos concitoyens, en les faisant voter par réferendum sur les quelques orientations majeures que vous souhaitez donner à notre pays ? Ou bien faites-vous partie de ceux qui se prétendent démocrates mais qui déclarent que le peuple ne peut comprendre les grands enjeux ni faire des choix raisonnables ou raisonnés.

Vous le savez, vous avez été élu sur un malentendu. Le peuple a rejeté ses élites politiques en lesquelles il ne se reconnaissait plus, et plus de 20 millions d’entre eux se sont jetés dans vos bras aux acclamations de médias aveugles qui vous ont présenté comme un homme providentiel, porteur de nouveauté sous prétexte de jeunesse, et d’espoir sous prétexte de servilité européiste. Alors que si l’on y regarde bien, vous êtes vous-même le symbole de ce qu’ils ont rejeté : fils d’un professeur de médecine, issu du Corps le plus prestigieux de l’ENA, dont la carrière est celle d’un haut fonctionnaire brillant ayant certes fait une incursion dans le « pays réel », mais comme banquier d’affaires, en charge de fusions et d’acquisitions, avant de rejoindre la garde rapprochée de Monsieur Hollande. Rien de bien nouveau là-dedans, vous êtes juste un autre pur produit du système français à produire des élites fort éloignées du sort et des préoccupations de vos concitoyens, vis-à-vis desquelles vous avez pu à certaines occasions, exprimer un certain mépris.

Il vous manque, même si vous vous en défendez, la connaissance intime de ce qu’est le peuple français, car vous l’avez peu fréquenté.

D’ailleurs, près de 15 millions d’entre eux ont clairement exprimés que vous ne les aviez pas convaincus, et 12 millions d’entre eux ne se sont pas rendus aux urnes (record absolu et de manière spectaculaire !)

Mais vous avez été élu, et il vous falloir dorénavant le représenter, ce peuple...et l’aimer. Pour entreprendre vraiment la transformation en profondeur de notre pays, il faudra que vous gagniez leur cœur et leur esprit. Leur niveau d’attente est élevé, et ils ne se satisferont plus de discours sans contenu, n’exprimant ni intention, ni cap. Il va falloir leur parler « vrai », et agir « vrai », et ne pas se contenter de pirouettes oratoires et dilatoires. Il ne faudra pas non plus les décevoir, et non pas tant sur les résultats immédiats que sur la sincérité de votre engagement à leur service.

Je vous souhaite, Monsieur le Président, de réussir dans vos actions à venir au service de notre pays.

Mais je me permets de vous rappeler, en dernière allusion à notre histoire cette phrase de Mirabeau : « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéïenne ».

Jean-Luc Perceval

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