Violences sexuelles: le JDD en pleine schizophrénie

L’hebdomadaire qui publiait ce dimanche une tribune appelant le président à se saisir de la question des violences faites aux femmes, laissait paraître à quelques pages d’intervalle un édifiant article, monument de sexisme ordinaire.

C’est pratiquement une prouesse, un miracle dominical. Le Journal du Dimanche a, en effet, réussi le tour de force de faire coexister dans ses colonnes une tribune appelant Emmanuel Macron à se saisir de la question des violences sexuelles que subissent les femmes et un article sur le skipper de la Transat accusé de viol, charriant les clichés journalistiques les plus éculés dans ce type d’affaire.

Le titre « Imbroglio sexuel avant la Transat »(page 17) laisse entendre, pour commencer, qu’il s’agit d’une bien sombre affaire. Les faits au moment où le JDD narre cette histoire sont pourtant assez simples: un skipper qui devait prendre le départ ce dimanche de la Transat Jacques Vabre est soupçonné d’avoir violenté et violé une jeune femme.

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Où est donc « l’imbroglio » ? Certes, comme le rapporte le journaliste, les pompiers ont bien été appelés par une femme en détresse « frappée au visage », présentant « plusieurs côtés cassées » et expliquant avoir été contrainte de pratiquer une fellation au skipper. Mais voilà, l’affaire se complique pour le JDD dans la mesure où, selon les premiers éléments donnés par la police « les deux se connaissaient et, exploitation des téléphones à l’appui, la jeune femme se serait montrée très entreprenante ».

Comment une femme peut-elle accuser quelqu’un de viol alors qu’elle s’est montrée « très entreprenante » par texto, s’interroge entre les lignes, le fin limier du JDD. Une version à peine plus subtile du « Mais elle portait une mini-jupe ». Quant au visage tuméfié et aux côtes cassées de la victime, ils sont sans doute à rapporter à une relation un peu trop passionnelle. Du genre de celle qui peut advenir entre personnes qui « se connaissent ».

Le journaliste spécialisé en fait divers et qu’on pourrait espérer un peu au fait du droit, se contorsionne pour ne par parler de viol. Le skipper se retrouve ainsi « soupçonné d’agression sexuelle - un délit - alors qu’une fellation forcée relève bien du viol, ce qu’il rappelle finalement mais presque à contre-cœur(« Des faits qui, s’ils sont avérés, peuvent être qualifiés de viol »).

Si le journaliste, que le témoignage de la jeune femme laisse visiblement circonspect, redouble de conditionnels et de précautions pour rapporter son témoignage, c’est qu’un doute l’assaille. Violer une jeune femme « avant la Transat », est-ce bien crédible ? Ce timing ne laisse-t-il pas plutôt imaginer qu’il s’agisse d’une sinistre machination pour éliminer un concurrent ? Aucun élément ne vient étayer un tel soupçon mais qu’importe. La vraie inquiétude de notre fait-diversier du dimanche est bien celle-ci, résumée dans la chute du papier : « Est-ce que Fahad Al-Hasni, qui devait être épaulé par le Français Sidney Gavinet, pourra prendre le départ de la Transat Jacques Vabre prévu à 13H35 ? ».

Telle est bien la question. Il serait quand même bien triste qu’une obscure histoire de gonzesse, qui plus est « entreprenante », prive un de nos compatriotes d’un bel exploit sportif.

L’exploit journalistique, lui, méritait d’être salué.

PS: Dimanche soir, le site du JDD préférait reprendre une dépêche AFP pour expliquer que le skipper accusé de viol avait été mis en examen et placé en détention provisoire. 

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