Mediapart blacklisté par la Manif pour tous

La Manif pour tous a refusé d’accueillir Mediapart pour l’université de rentrée de «Marchons enfants» qui a lieu ce 21 septembre à Port-Marly (78). L’événement était officiellement «ouvert à tous». Un boycott qui en dit long sur ce qu’est ce mouvement.

« Cela ne va pas être possible ». Ce vendredi, la responsable presse de la Manif pour tous nous passe un coup de fil plutôt embarrassé. Le lendemain, nous devions nous rendre aux aurores à Port-Marly(Yvelines) pour assister à l’université de rentrée de « Marchons enfants », le grand raout des opposants à l’ouverture de la PMA. « Nous allons vous rembourser », tient d’emblée à préciser l’attachée de presse, plutôt mal à l’aise.

Après avoir fait une demande d’accréditation sur le formulaire de contact presse de la Manif pour tous en début de semaine – restée sans réponse – le journal avait accepté de payer son écot- 39 euros- pour que je puisse participer à cette journée de débats, présentée aussi comme un moment de préparation pour la grande manifestation du 6 octobre. Car, après tout, le site précisait bien que « le samedi 21 la journée est ouverte à tous de 10 heures à 23 heures ».

Mon billet nominatif était imprimé et j’attendais juste que me soit communiqué - au dernier moment - le lieu précis des festivités.

Et puis, la douche froide.

« C’est une réunion de travail », avança pour commencer l’attachée de presse alors que je lui rappelais la mention « ouverte à tous » figurant sur les affiches de la manifestation. « Mais il y aura bien des journalistes ? », m’enquérais-je. « Oui… ». Mais des journalistes triés sur le volet manifestement.

« Vous comprenez que vous m’empêchez de faire mon travail », protestais-je. La jeune femme au téléphone promis de se renseigner et de me rappeler.

Un nouveau refus m’est signifié vendredi dans l’après-midi, avec, cette fois un autre argument.

« Vous vous êtes inscrite comme participante, ce n’est pas très agréable », m’explique-t-on. J’explique à nouveau avoir envoyé une demande d’accréditation restée lettre morte. Et que n’ayant à aucun moment dissimulé mon identité, il est ridicule d’imaginer que j’ai voulu jouer les infiltrés dans une réunion ouverte au public. Le refus est, cette fois, définitif. « Nous ne pourrons vous accueillir », me dit-on poliment.

Ma déception fut grande car l’affiche était belle. L’université de rentrée de « Marchons enfants » qui regroupe selon leur site « une vingtaine d’associations » avait annoncé « un débat exceptionnel » sur le thème « Transhumanisme, biotechnoilogies, robotique… l’histoire est-elle écrite ? ». Le médecin médiatique Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et qui pense que les inégalités sociales s’expliquent par les inégalités génétiques devait débattre avec et la philosophe et essayiste Bérénice Levet, connue pour vouloir « libérer les femmes du féminisme ».

Etait aussi annoncée la philosophe Chantal Delsol, qui considère que le mariage pour tous est le signe du nihilisme de nos sociétés et que les migrants « avant d’être une richesse, sont une menace culturelle ».

L’avocat d’extrême droite Gilles-William Goldanel devait aussi éclairer la journée de ses lumières en matière de bioéthique. Alliance vita devait aussi dépêcher sa « directrice des études », Blanche Streb pour cette grande journée au slogan explicite : « Liberté, égalité, PATERNITÉ ».

Ce sera donc sans nous. Aujourd’hui, dans le paysage politique français, seul le Rassemblement national boycotte des journalistes en fonction de leur ligne éditoriale. Que la Manif pour tous, qui avait acquis le statut de parti politique en 2015, sombre dans de telles dérives, en dit long sur la nature de ce mouvement.

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