Pour Ayman, éborgné par un tir de flash-ball

Parents et avocate du jeune Ayman gravement blessé en juillet dernier par une arme « non-létale », nous rappelons que le droit à la sûreté est un droit constitutionnel, qui implique la protection de la population par la police, pas son agression.

La nuit est tombée sur Villiers-sur-Marne, il est environ 23h ce 13 juillet et Ayman, 16 ans, se rend au stade Octave Lapize pour le feu d’artifices.

Il emprunte la rue Théophile Gauthier, traverse la cité des Hautes Noues pour se rendre à son bus, avenue Friedberg. L’avenue est investie par de nombreuses unités de police et du gaz lacrymogène flotte sur l’esplanade entre les tours. Ayman n’a pas le temps de comprendre ce qu’il se passe qu’il est projeté par terre, touché en plein visage par une balle LBD 40 millimètres*.

La suite, il ne s’en souvient plus. Il est transporté en urgence dans un premier hôpital, puis un second. Il passe plusieurs jours en observation. Fractures du massif facial, de la lame papyracée, du plancher orbital, des os propres du nez et de la maxillaire, plaie du globe oculaire.

Perte définitive de son œil droit. Entrée en terminale pro commerce dans deux mois.

Ayman a déposé plainte devant l’IGPN le 8 août 2018 pour violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique avec ITT supérieure à 30 jours.

Cette plainte ne rendra pas à Ayman l’usage de son œil. Puisse-t-elle néanmoins rappeler que la police ne peut éborgner un jeune-homme sans se voir condamner. Puisse-t-elle souligner la dangerosité des armes « non-létales » dont font régulièrement usage les forces de l’ordre.

Nous attendons de l’IGPN, la police des polices, une enquête sérieuse, à la mesure de la gravité de l’agression dont a été victime Ayman. Nous demandons que des expertises médicale, psychologique mais aussi balistique soient ordonnées afin que les préjudices soient déterminés et que le ou les auteurs des faits soient identifiés.

Les exemples ne manquent pas d’enquêtes et d’instructions pour violences policières soldées par un non-lieu, laissant penser qu’il existe en France une justice à deux vitesses lorsque les suspects sont des policiers, et les victimes des personnes racisées issues de quartiers populaires.

Or, un système où la police est armée ne peut laisser de tels abus impunis, au risque de perdre toute légitimité.

Il est important qu’un message fort soit envoyé à la police, et ce faisant aux habitants des Hautes-Noues: le droit à la sûreté est un droit constitutionnel, il implique la protection de la population par la police, pas son agression. A l’heure où la rupture entre l’Etat et les citoyens se creuse, il en va de la confiance en nos institutions.

Les parents d’Ayman et son avocate, Lucie SIMON

* Des dizaines de balles de lanceurs de défense ont été retrouvées sur les lieux le lendemain matin

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Le 26 juin 2018, l’IGPN révélait pour la première fois le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, on recense ainsi 14 décès et une centaine de blessés. Lors de la publication du dernier rapport annuel, il était fait état d’une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017: + 54 %. Le visage mutilé d'Ayman semble en être la triste illustration.

 

 

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