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Billet de blog 1 nov. 2021

La course aux EPR est lancée

La place du nucléaire civil est devenue l'objet d'une surenchère à la veille de l'élection présidentielle. Sur l'échiquier politique, plus on s'approche de l'extrême droite, plus le nombre d'EPR proposés grandit, le record étant détenu par le sinistre Z, avec 14.

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Alors que l'électricité représente à peu près le quart de notre consommation totale d'énergie et qu'elle provient très majoritairement du nucléaire, les experts du GIEC estiment que, pour tenir les délais qu'imposent les mesures urgentes à prendre contre le réchauffement climatique, que la COP qui s'ouvre peut encore réduire compte tenu des retards pris, la priorité absolue est à accorder aux énergies renouvelables et aux économies d'énergie. Non pas qu'ils renoncent à l'énergie nucléaire -tout en proposant un de leurs six scénarios totalement en renouvelables- mais parce que installer de nouvelles centrales prendra un temps beaucoup plus long que cette urgence impérative contre le réchauffement.

Dans le domaine des énergies renouvelables, notre pays a beaucoup de retard parce qu'il a accordé la priorité aux énergies fossiles et au nucléaire. Il faut rapidement le combler, sans créer un nouveau déséquilibre au profit du nucléaire, ce que veut faire Emmanuel Macron avec six nouveaux EPR (1) et la dissémination de mini centrales. La discrimination à l'encontre des renouvelables saute aux yeux à voir les sommes qu'il entend consacrer à l'un et aux autres. Toutes, pour les spécialistes, aux coûts considérablement sous-estimés.

Sur Europe 1, dimanche dernier, Fabien Roussel a souligné la qualité des travaux "remarquables" du GIEC. Il a déclaré qu'il fallait réduire la part des renouvelables dans le Mix pour faire face à la demande grandissante d'électricité et la conserver bon marché (!). Jusqu'ici, cette part était estimée à 50%, position des gouvernements de François Hollande, dont le locataire de l'Elysée fut membre.

L'adhésion du PCF au nucléaire civil et militaire ne date pas de Fabien Roussel ni du moment où le réchauffement climatique est devenu un enjeu planétaire crucial. La nouveauté, c'est que ce réchauffement bien réel est aujourd'hui le prétexte à plus de nucléaire, au détriment des autres sources décarbonnées. C'est le choix d'Emmanuel Macron. On attend la réaction de Nicolas Hulot, son ancien ministre de l'écologie.

Ce n'est pas ce choix que font de nombreux autres pays qui considèrent qu'il est dangereux pour leurs populations et pour les générations futures. Le GIEC lui-même propose d'autres alternatives.

La Chancelière allemande a pris la décision de sortir du nucléaire à partir de deux considérations : sa dangerosité et le caractère éternel de ses déchets. Deux considérations absentes et du discours d'Emmanuel Macron et de celui de Fabien Roussel, qui considèrent le nucléaire comme une énergie d'avenir alors que pour de nombreux chercheurs et Angela Merkel, elle est une énergie de transition.

Cette dernière a fait l'erreur de vouloir se passer trop brutalement du nucléaire, ce qui l'a contrainte à encore utiliser le charbon, une énergie carbonée. Oubli fâcheux de la notion de processus de dépassement ! Nous avons la chance de pouvoir atteindre les objectits, que pour ma part j'estime humainement justes, de la Chancelière allemande, de façon décarbonnée, en utilisant les centrales existantes pour faire la transition et en réduisant leur part dans le Mix, au fur et à mesure que celle des renouvelables augmentera.

Une vraie transition écologique vers autre chose qui n'en serait pas une comme le propose le président, car elle ressemblerait comme deux gouttes d'eau à ce qui existe déjà, avec encore plus de nucléaire.

La place de ce dernier est devenu l'objet d'une surenchère à la veille de l'élection présidentielle. Sur l'échiquier politique, plus on s'approche de l'extrême droite, plus le nombre d'EPR proposés grandit, le record étant détenu par le sinistre Z, avec 14. Peu lui importe que le risque d'accident grandisse d'autant, les déchets perpétuels aussi, la sécurité n'est pour lui qu'un fonds de commerce électoral. Il n'est pas le seul.

Trois questions restent dans l'ombre qui pour moi pèsent lourd, celle de garantir l'avenir des salariés qui travaillent dans le nucléaire, responsabilité première du gouvernement. Mais cette question ne se pose pas si, comme Emmanuel Macron et Fabien Roussel, on envisage d'augmenter la part du nucléaire dans le Mix.

Il faut aussi s'assurer une maîtrise publique du domaine de l'énergie, que l'Etat doit cesser de sous-traiter à la seule EDF. La priorité de cette dernière est la rentabilité financière du capital qui la pousse à privilégier les centrales nucléaires, à les exporter et à tenter de récupérer les sommes folles englouties à Flamanville.

Enfin, la responsabilité qui est celles des puissances développées à aider les pays qui le sont moins à pouvoir se procurer l'énergie dont ils ont besoin pour le bien-être de leurs populations et en le faisant avec des énergies décarbonées si on veut qu'ils puissent participer, eux aussi, à la lutte contre le réchauffement climatique. Une réponse tout aussi communiste à mes yeux que celle de l'accès de tous aux vaccins. Il est donc normal que Emmanuel Macron ne s'en soucie pas.

(1) EPR : European Pressurised Reactor

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