Emmanuel Macron a un besoin vital pour retrouver un semblant de crédibilité, de décoller le Parti socialiste du Nouveau Front Populaire. Il avait anticipé cette nécessité de longue date.
Elle est à l’origine de sa théorie des deux extrêmes, fondée, en même temps, sur la diabolisation d’une des composantes du NFP, LFI, et sur la dédiabolisation de l’extrême droite.
Pendant des mois, les alliés des Insoumis ont vu ceux qui agissaient et votaient avec eux être accusés d’antisémitisme et de soutenir les crimes terroristes du Hamas. Toute la classe politique et médiatique a entonné le même refrain.
Au lieu de considérer que c’était la possibilité d’offrir une alternative à la politique d’une bourgeoisie radicalisée qui pactise avec le RN et donc que toutes les forces capables d’y parvenir étaient visées, ces dernières ont considéré qu’elles pouvaient en tirer quelques avantages électoraux.
Cela ne s’est pas produit. La liste de LFI a progressé d’un million de voix aux élections européennes et celle du Parti socialiste, conduite par un candidat qui n’en est pas membre, a certes progressé sans pour autant récupérer ce qu’avaient perdu les Verts. Cela nous a été présenté comme une résurrection miraculeuse. On voit mieux aujourd’hui ce qu’il en est.
Pour arriver à ses fins, rompre l’unité du NFP comme il y était parvenu avec la NUPES, le joueur de poker qui occupe l’Elysée a eu recours à un électrochoc, la dissolution de l’Assemblée nationale.
L’espoir de voir la déflagration et les élections législatives anticipées provoquer la recomposition politique souhaitée a sombré dans la constitution d’un Front républicain qui a barré la route de Matignon à Bardella et permis aux candidats présentés par le NFP d’arriver en tête des élections législatives.
Ce Front de caractère défensif face au fascisme de notre époque a aussi permis que des députés des autres sensibilités soient élus. Le Président a tenté l'imposture de le transformer en projet de gouvernement. Une indignité de plus !
Qu’à cela ne tienne, le garant des institutions s’est royalement assis sur le résultat de ce scrutin. Il arrivait pourtant après des défaites aux élections législatives et européennes ainsi qu’à la suite d’une élection présidentielle au résultat qui devait beaucoup à la peur provoquée par la cheffe d’une l’extrême droite qui, d’une élection présidentielle à l’autre, ne cesse de progresser jusqu’à en devenir la favorite pour la prochaine, à la date encore incertaine.
On a même vu celui qui a perdu le plus d'élections choisir un premier ministre issu d'un parti aux résultats encore plus médiocres mais qui présentait l'immense avantage de pérenniser une politique rejetée par une majorité de la population. Le temps des illusions entretenues par Michel Barnier fut très court. Très vite, derrière l'homme affable qui parlait avec tout le monde, est apparu celui qui, comme il en avait reçu le mandat de son jeune mentor, ne cherchait qu'à poursuivre la même politique en neutralisant l'extrême droite.
Tous ont oublié qu'ils avaient mis en branle une redoutable martingale qui accélérait tout, jusqu'aux prises de conscience et aux clarifications.
Le président a beau répété qu’il ne démissionnera pas comme il le faisait pour la dissolution de l’Assemblée, ce serait sans doute exact s’il maitrisait son destin. Les forces politiques qui ont besoin de temps pour préparer cette échéance qui les affole le croient sur parole tout en reprochant à celles qui militent en sa faveur d’être déjà en campagne. Chacune est libre de faire ce qu’elle souhaite. Mais, s’il s’agit de remporter l’élection et pas seulement d’y figurer, pour le NFP et les intérêts populaires dont il est le porteur, s’impose la nécessité de permettre au processus susceptible de créer une dynamique victorieuse de s’enraciner dans la vie réelle. Seul le triptyque projet-démocratie-union en ouvre la perspective, s'il est mis à la portée de l’implication réelle des citoyennes, des citoyens et des jeunes qui tiennent à le voir triompher. Le laisser dans les seules mains des partis politiques ferait courir trop de risque à la candidature commune capable de franchir l’obstacle du premier tour pour ensuite l’emporter.
Comme point de départ, je prendrai volontiers cette recommandation de l’appel lancé par Marine Tondelier, secrétaire nationale des Verts et Lucie Castets, candidate à Matignon proposée par le NFP : « Ne partons pas avec une candidature en tête ». Elle signifie qu’aucune candidature n’est a priori exclue mais aussi qu’aucune candidature autoproclamée ne peut être tolérée. Qui est contre cette façon de voir ?
Mieux vaudrait ne pas tarder pour lancer en grand le processus démocratique qui associe dans un même élan projet de société, participation citoyenne et démarche profondément unitaire. Nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle accélération de la vie politique. Ni Mélenchon, ni Marine Le Pen n’en seraient responsables. Personne n’avance une autre hypothèse plus plausible : celle qui verrait les forces financières et économiques qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, considérer que la situation inédite lourde d’incertitudes qu’il a créée et l’extrême faiblesse des marges de manœuvre dont il dispose, sont devenues des obstacles pour atteindre leurs objectifs, dans le cadre d’une concurrence inter capitaliste libre et non- faussée impitoyable.
Raison de plus pour le maître des Horloges de pousser les feux d’une nouvelle étape de la recomposition politique qui verrait le Parti socialiste redevenir de gouvernement et rejoindre la Macronie, alors que le chef de l’Etat et l’ancien premier ministre viennent de copieusement l’insulter devant des millions de téléspectateurs.
Il reste le plus difficile à accomplir : gagner à ce retournement d’alliances les électrices et les électeurs socialistes dont les aspirations unitaires au changement ont joué un rôle décisif dans l’avènement du Nouveau Front Populaire.
Le pacte de durée limitée proposé par le président du groupe socialiste et François Ruffin traduit la formidable pression qui s’exerce sur le Parti socialiste à la veille de son congrès, à laquelle participent activement certains de ses dirigeants, nostalgiques de la période heureuse qui voyait François Hollande diriger le pays. Qui peut croire que son retour à l’Assemblée soit aussi désintéressé qu’il ne le dit ?
Les Verts sont aussi fortement sollicités mais il semble que leur déconvenue des élections européennes ait renforcé leurs sentiments unitaires.
Aujourd’hui, Macronie et LR sont acquis à l’idée de ce pacte qu’ils recherchaient depuis la dissolution.
Il est pourtant bâti sur un contresens et une remise en cause du peu de pouvoirs dont dispose le Parlement.
Un contresens fondé sur une interprétation erronée de la motion de censure. Vouloir, pendant une période courte ou longue, s'en interdire l'usage n’a pas du tout le sens qui lui est communément attribué, répété sur toutes les ondes. Le dépôt et le vote d’une motion de censure ne sont pas des actes délibérés d’une opposition impatiente de faire tomber un gouvernement et son premier ministre. Aucune animosité particulière à l’encontre de ce dernier. Une fois de plus, on nous raconte des sornettes.
Quand le premier ministre fait le choix de faire adopter un texte législatif sans débats et sans le vote des députés qui ont pour première responsabilité précisément de voter la loi, à ces derniers la Constitution n’offre qu’une seule possibilité de s’opposer au projet proposé, le dépôt et le vote majoritaire d’une motion de censure. C’est donc le choix, certes constitutionnel, de Michel Barnier de se dispenser du vote des députés sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui est à l’origine de la motion et de son adoption, pas l’inverse.
Est recherché un renversement d’alliances sur la base d’une contrevérité. A bâtir de l’ancien sur du sable.
Un droit fondamental de la Constitution est remis en cause, celui, en République, qui veut que les pouvoirs de l’exécutif et ceux du législatif soient toujours séparés. Au titre de ce principe figure celui de s’opposer à un projet ou à une proposition de loi. Le recours, par le premier ministre à l’article 49.3 en limite singulièrement l’exercice par la volonté du seul locataire de Matignon qui peut procéder autrement, possibilité qui n’est pas offerte aux députés qui n’ont dès lors que le vote majoritaire d’une motion de censure pour dire qu’ils ne veulent pas du texte proposé.
Depuis qu’elle a été adoptée, la motion de censure est présentée par Emmanuel Macron, tous les ministres, les parlementaires qui y étaient opposés, en passant par la majorité des médias, comme une fin du monde. Tous ceux qui l'ont votée ou approuvée pour la deuxième fois sous la Ve république, sont des pestiférés, accusés de conduire le pays à la ruine, de le livrer à la spéculation internationale et de paralyser ses entreprises. Une ancienne première ministre est même allée jusqu’à menacer les fonctionnaires de ne plus être rémunérés.
En apparence, paradoxalement, dans son allocution télévisée, l'apprenti sorcier a tenu à souligner qu'il n'en serait rien, en se contentant de rappeler ce que prévoyait déjà la Constitution. Il fallait bien qu'il justifie son rendez-vous avec le peuple lors du journal télévisé de 20 heures.
J’en ai été profondément indigné. Je me suis dit que ce tombereau de mensonges et de menaces n’était possible que parce que reposant sur l’ignorance de trop de citoyens. Ce qui explique l’ambition pédagogique de ce billet, un retour aux sources pour moi.
Pour être plus complet, le pacte proposé par le parti socialiste ne serait sans doute pas signé par tous les députés. Quid de ceux qui s’y opposent ?
Si un droit constitutionnel est mis en cause, reste la solution d’une énième modification de la Constitution. Celle-là qui réduirait les pouvoirs du Parlement alors que ce qui est très attendu n’est autre que la réduction des pouvoirs du Président, on voit mal ce dernier la soumettre à référendum.
Sur ces sujets, il se dit à peu près n’importe quoi. Ne voit-on pas évoqué l’article 49-2 de la Constitution, dit « motion de censure spontanée » qui précise pourtant expressément qu’il ne relève pas d’un vote de confiance réclamé par le gouvernement.
Quant à ceux qui vont jusqu’à invoquer l’article 16, espérons qu’ils n’y croient pas trop car il permet au Président de concentrer tous les pouvoirs, sans, c'est heureux, celui de dissoudre l’Assemblée nationale !
On se plait à rêver d’un service public de l’information, de journalistes et de politologues qui auraient à cœur de contribuer à une formation civique des citoyens ayant toute sa place dans un système éducatif disposant des moyens de la prodiguer.
On n'oublie pas que la formation et l'information honnête des citoyens est décisive car c'est à eux que reviendra le dernier mot, qu'il s'agisse du devenir du NFP comme de toute autre considération qui conditionne leur présent et leur futur comme ceux du pays et de la planète.