Pourquoi les différents peuples qui composent la Fédération de Russie seraient-ils si différents des autres et ne considéreraient pas comme essentielles la paix et leurs libertés ?
Sous la botte de fer d’un pouvoir autocratique, qu’ils ne puissent pas l’exprimer librement est une chose. Que dans des circonstances exceptionnelles, ils puissent le faire en est une autre.
C’est à contribuer à en créer les conditions que la communauté du monde, ses populations, ses organisations internationales, ses diplomaties devraient consacrer tous leurs efforts.
Il s’agit de mettre Poutine, son pouvoir, ses généraux, ses oligarques en situation de fragilité dans leur propre pays afin d’obtenir d’eux que puissent s’ouvrir des négociations de paix parce qu’ils auront retiré leurs troupes d’Ukraine.
Il n’y a pas que l’engrenage mortifère de la guerre pour imposer un rapport de forces.
Offrir aux deux belligérants des garanties de sécurité sur le continent européen y participerait utilement.
Isoler dans le monde le pouvoir russe aux plans politique, économique et stratégique, le mettre en Russie sous la pression de la contestation populaire n’a pas été tenté.
Emmanuel Macron explique qu’il ne met désormais aucune ligne rouge au déploiement de la force. Il le fait, dit-il, au nom de la recherche de la paix, tout en considérant que Poutine est notre adversaire, un adversaire prêt à tout.
« Nous ne faisons pas la guerre à la Russie » ajoute-t-il.
Pourtant la réciproque ne semble pas vraie puisqu’elle nous menace partout et ne ménage pas ces cyberattaques.
Quel est donc cet état des choses inédit ?
A aucun moment, le chef de l’Etat n’évoque la puissance exceptionnelle que représenteraient des peuples tendus vers un seul objectif, partagé par ceux de Russie : imposer l’ouverture de négociations de paix sur des bases rendues acceptables par les deux parties, d’une part, parce que l’agresseur aura été contraint de faire le pas nécessaire et, d’autre part, parce que les deux parties auront vu leur sécurité et leurs frontières garanties par les institutions internationales.
Que le président français ait changé de stratégie, qu’il ait tenté de convaincre Poutine, qu’un constat d’échec l’ait conduit à renoncer pour ne rien exclure aujourd’hui dans le recours à la puissance des armes les plus destructrices, nucléaires comprises, les Français l’ont bien compris.
Ils ont aussi constaté que le sursaut présidentiel l’avait isolé de ses partenaires et donc qu’il servait les intérêts russes.
Il ne leur a pas échappé non plus que le Président leur promettait de lourds sacrifices afin de financer une économie de guerre. Leur vie se dégraderait donc avant même que la Russie n'ait mis à exécution les intentions qui lui ont été prêtées à la télévision hier soir.
Mais ce à quoi Emmanuel Macron renonce ne reposait que sur ses qualités personnelles de persuasion.
Or, il ne cesse de répéter que les autorités russes ne connaissent que le rapport de forces.
À quel moment s’est-il exercé quand il parlait avec Poutine ?
Jamais.
Il est grand temps de rattraper le temps perdu pour que ne reste pas comme seule réponse possible que l’extension à une guerre mondiale qui mettrait en péril la civilisation.
La France a un grand rôle à jouer en ce sens, dans la continuité de ce qui a souvent singularisé son comportement en faveur de la paix.