Les enseignants doivent aussi se méfier de ceux qui prétendent être leurs amis.

Posons la question : « Qui oserait confier les commandes d’un avion à un pilote qui n’a jamais piloté ? ».

Les enseignants doivent aussi se méfier de ceux qui prétendent être leurs amis.

Ce mercredi matin 15 septembre 2021, dans le quotidien « Libération », des enseignants témoignent sur leurs salaires.

Au cours de l’année scolaire écoulée, le ministre Jean-Michel Blanquer, dans ses multiples apparitions médiatiques, a beaucoup bonimenté sur le sujet. Mais ce qui l’a rendu incontournable, c’est l’audace d’Anne Hidalgo qui, dans son livre « Une Femme française » paru aux éditions de l’Observatoire, propose «de plus que doubler », en un quinquennat, le salaire des personnels en contact avec des élèves, c’est-à-dire au-delà des seuls enseignants.

 

Les enseignants français étant parmi les moins bien rétribués par rapport à leurs collègues étrangers -et pas qu’un peu-, il est heureux que l’exigence soit mise sur la table quand commence la campagne de l’élection présidentielle.

Cela aura au moins permis de démasquer le ministre-bonimenteur qui, parmi les premiers, a hurlé « démagogie !».

Il n’a malheureusement pas été le seul à commencer par brandir sa calculette comme on le ferait d’un révolver.

 

Il s’en est trouvé aussi à gauche pour retrouver les vieux réflexes d’un libéralisme économique que tous promettent, la main sur le cœur, d’abandonner. On attendait plutôt, de ce côté-là, entendre que revaloriser la fonction enseignante est non seulement une mesure de justice mais aussi le témoignage du niveau de considération que la nation toute entière entend exprimer au métier d’enseigner les générations actuelles et futures.

Question aux aspects très concrets puisque de nombreux postes mis aux concours ne sont pas pourvus, qu’on y admet des candidats en-dessous des niveaux de connaissances requis et qu’on n’hésite pas à confier des classes à des professeurs n’ayant bénéficié d’aucune formation : ils feront de leur mieux, en rencontrant beaucoup de difficultés tant le métier est, à la fois, passionnant et épuisant.

Posons la question : « Qui oserait confier les commandes d’un avion à un pilote qui n’a jamais piloté ? » 

Pourtant, s’agissant de ses enfants, la société capitaliste ferme les yeux sur un des plus grands scandales qu’elle génère : il est une des conséquences du peu de considérations, salariales et autres, réservées au plus beau métier du monde !

Cette dévalorisation ne date pas d’hier. Tous les gouvernements des vingt dernières années au moins en portent la responsabilité, parmi lesquels ceux que la maire de Paris a soutenu, alors qu’ils bloquaient le point d’indice dans la fonction publique, une des causes de ce qui arrive aux enseignants et aux fonctionnaires. 

Si depuis si longtemps rien n’a été fait pour que les profs rattrapent leur retard, n’est-ce pas dû au fait que leurs salaires sont d’abord des salaires de femmes ? La faiblesse des rémunérations l’expliquant et la justifiant, à la fois.

Nous sommes là à la rencontre de deux dévalorisations, celle d’une fonction, « enseignant » et celle d’un genre, « femme ». De quoi envisager de belles mobilisations unitaires, largement soutenues par l’opinion publique.

 

Je sais que mes collègues n’ont que peu de confiance dans les promesses électorales et que beaucoup pensent qu’ils devront mettre la main à la pâte pour qu’elles se concrétisent. Ils ont raison et le moment est favorable pour obtenir des résultats conséquents. Ils peuvent compter sur des syndicats expérimentés pour y parvenir. C’est une chance, leur unité en sera une autre.

Regardez comment « Libération » a titré leurs témoignages et la photo « dégueulasse » que le quotidien a choisi pour les illustrer.

 

La bataille sera donc rude, mais elle touche à une question de civilisation.

https://www.liberation.fr/societe/education/la-vraie-question-cest-que-fait-on-de-leducation

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