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Billet de blog 16 novembre 2023

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Sommes-nous encore Charlie ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Serge et Beate Klarsfeld ont consacré leur vie à un admirable combat pour que les crimes des bourreaux nazis ne restent pas impunis.

C’est dire combien nous avons tous été stupéfaits quand Serge Klarsfeld a déclaré, devant le Conseil représentatif des institutions juives de France, que la présence du RN à la marche du 12 novembre « était tout à fait positive ».

Stupéfaits au point d’abord de penser qu’il s’agissait d’une fausse information comme elles circulent tant.

Malheureusemen non car il ajoutait, dans une interview au « Figaro » datée du 9 novembre dernier, qu’il se réjouissait que le RN de Marine Le Pen ait « rompu avec l’antisémitisme de ses origines ». Il « s’est inquiété », en revanche, de la résurgence d’un antisémitisme d’extrême gauche et « attristé » que LFI ne participe pas à la marche.

Puisque nous sommes sommés de le faire en d’autres occasions, quels mots convient-il d'employer pour qualifier ces propos ?

Les trois plus grandes agences de presse au monde -Associated Press, Reuter et l’AFP- refusent de longue date d’utiliser le terme « terroriste », parce que galvaudé par des dictateurs qui l’emploient pour désigner leurs opposants comme l'étaient les résistants français par le gouvernement de Vichy.

Ainsi, l’AFP n’a pas traité de terroristes les monstres du Bataclan pas plus que les deux autres plus grandes agences internationales ne l’ont fait pour les crimes commis sur leurs territoires.

Certes, ce choix éditorial est contestable et il est contesté, mais il ne conduit personne à accuser ces agences de presse de complicité avec les terroristes, qu’ils soient du Hamas ou d’une autre origine. 

La directrice de Radio France, après  que Bolloré ait refusé de publier son livre, sanctionne l’humoriste Guillaume Meurice pour un trait d’humour comparant le premier ministre israélien à Hitler-ce que bien d’autres avant lui ont fait et continuent de faire-. Elle l'annonce dans une émission de télévision de grande écoute, ce qui, en droit du travail, se plaide. 

Si on comprend que des Israéliens puissent être blessés et même des juifs français qui pourtant recommandent, à juste titre,  de ne pas importer le conflit du Proche Orient, que dire de la façon dont des milliards de musulmans ont pu ressentir les caricatures de Mahomet ?

Toujours deux poids deux mesures. 

Nous étions plusieurs millions de toutes confessions et opinions  à dire haut et fort dans les rues que les terroristes assassins de Charlie n'imposeraient pas leur terreur. Des millions à défendre la liberté d’expression et en particulier le droit à l’humour, à la caricature, une tradition de la presse française.

La directrice de Radio France était sans doute avec nous ce jour-là.

Aujourd’hui, elle n’est plus Charlie.

La liberté d’expression vient de prendre un nouveau coup en France et presque personne n’en parle.

N’est-ce pas une confirmation supplémentaire qu'elle et le pluralisme se meurent ?

Les terroristes ont donc marqué un point.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.