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Billet de blog 16 déc. 2021

Un grain de sable porteur d'espérances.

Qui ne pourrait souhaiter plein succès à une telle initiative aussi rassembleuse et porteuse d'espoirs, conforme au meilleur de la tradition communiste ?

Lucien Atencia
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Une des singularités de l’élection présidentielle qui arrive dans quatre mois réside dans le fait qu’aucune candidate, aucun candidat, déclaré ou potentiel se réclamant de la gauche et de l’écologie, ne croit un seul instant qu’il peut l’emporter. Et comme les électrices et les électeurs restés fidèles à ce camp là n’attendent pas non plus la victoire d’une ou d’un de leur candidat, on se retrouve dans un surplace, alimenté par les résultats de sondages quotidiens et déploré depuis longtemps.

Dans un contexte d’affaiblissement du traditionnel clivage gauche/droite et d’infantilisation du débat politique, les yeux et les esprits sont détournés des enjeux pourtant colossaux du scrutin que nos concitoyens considèrent toujours comme le plus important. Un scrutin que l’élection du président au suffrage universel a personnalisé à l’extrême et que l’inversion décidée par Lionel Jospin, au motif d'éviter une cohabitation, rendrait si décisive l'élection présidentielle au point que ce sont les seuls deux candidats qui apparaissent susceptibles de l’emporter qui captent toutes les attentions.

Depuis François Mitterrand, tous les apprentis sorciers qui ont occupé l’Elysée se sont évertués, pendant leurs quinquennats respectifs, à ce que l’un des protagonistes du second tour appartienne au camp repoussant de l’extrême droite. Dès lors, ce second tour devenait pour les progressistes un vote uniquement porteur d’opposition, effaçant d’un coup le score relativement faible au premier tour du futur vainqueur, avec des pleins pouvoirs assurés par des élections législatives inversées.

On remarquera que seul François Mitterrand a réussi à doubler son septennat, objectif de tous les présidents dès le jour de leur première élection désormais pour un quinquennat. Les politiques menées au service du capital, sous l’impulsion de la Commission européenne, ont un pouvoir d’usure et de dégagisme exceptionnel.

Le télé-président y est confronté avec la force qu’a pris dans le pays le « Ni Macron, ni Le Pen ». Redoutable grain de sable venu se glisser dans les rouages d’une mécanique bien huilée, imaginée pour diviser et doper l’adversaire choisi pour le deuxième tour. Ce que le maître des horloges n'avait pas prévu, c'est qu'une division viendrait couper l'extrême droite en deux parts égales, au point de compromettre  un édifice qui avait si bien fonctionné jusqu’ici. Le seuil du deuxième tour se trouvant considérablement abaissé, le double dégagisme du « Ni Macron ni Le Pen » peut dès lors l’emporter. Très mauvaise nouvelle pour le locataire du Château et ses marcheurs qui ne quitteront plus les plateaux de télévision, pour faire face à un imprévu fort perturbant.

Qui pour remplacer l’extrême droite dans la lutte finale ?

La candidate de la droite occupe la place de favorite puisqu’elle a réussi le tour de force d’être tout et son contraire : républicaine et d’extrême droite ! Avec le potentiel électoral, au premier tour, de reprendre à Emmanuel Macron une partie de l’électorat pris à la droite qu’attire la perspective d’une victoire de son camp miraculeusement retrouvée et même avec l'appui d'électeurs de gauche de 2017,  par anti-macronisme.

Au deuxième tour, le réservoir le plus important d’électeurs se trouvera à l’extrême droite. Valérie Pécresse aura bien préparé le terrain pour qu’ils puissent voter pour elle.

Et les puissances de la finance auront à leur disposition une force d’alternance leur permettant de surmonter l’usure de leur champion et ainsi d’aller encore plus loin dans la remise en cause de ce qui hante leurs nuits : le caractère exceptionnel de la force que le public et le commun, depuis des décennies, ont pris sur le privé dans notre pays.

Mais, un grain de sable peut en cacher un autre. Il est l’espoir qui anime encore beaucoup de progressistes qui refusent d’abandonner dès maintenant la compétition électorale à leurs adversaires de toujours. Le seuil pour atteindre le deuxième tour étant abaissé, pourquoi la droite et peut-être pire seraient-elle la seule à en profiter ?

Situation politique nouvelle qui peut donner à l’aspiration unitaire, toujours là, une chance de se frayer un chemin. Certes, les martingales politiciennes des deux candidats socialistes lui ont porté un sérieux coup.

Le renoncement du candidat communiste un autre quand mardi soir, sur France 2, habituellement à une heure de grande écoute, il annonçait qu’il fallait oublier au plus vite une élection présidentielle de laquelle tout dépend, pour ne se consacrer qu’à des élections législatives qu’elle marquera du poids incontournable.de son empreinte.

Or il s’est produit ce dernier week-end un évènement rarissime lors de la réunion du Parlement des communistes : un texte alternatif à celui de la direction qui refuse de considérer que la partie est déjà jouée et au contraire qui placerait le PCF et son candidat en situation de jouer un rôle offensif dans la recherche d’une candidature la plus unitaire possible à l’élection présidentielle. Une proposition qui apporte à celle de Fabien Roussel pour les élections législatives, aux yeux de nos concitoyens, une crédibilité qui lui fait tant défaut aujourd'hui.

Du jamais vu au PCF, ce qui explique que ce texte alternatif  soit si soigneusement dissimulé et qu’il faille fréquenter les réseaux sociaux, comme je l’ai fait pour le découvrir à la lecture du post déposé par celle qui l'a défendu, notre camarade du Val-de-Marne, Isabelle Lorand.

Qui ne pourrait souhaiter plein succès à une telle initiative aussi rassembleuse et porteuse d'espoirs, conforme au meilleur de la tradition communiste ?

- Ci-dessous, le lien vers la résolution proposée par Isabelle Lorand : 

https://drive.google.com/file/d/11dynswdJ45pAnDdKt9WMN9t5iBTVY-rZ/view?usp=sharing

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