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Billet de blog 19 déc. 2021

Les non-vaccinés ne sont pas des pestiférés.

Alors pourquoi les rendre globalement responsables de la situation désastreuse que connaissent nos hôpitaux ?

Lucien Atencia
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La vaccination est en effet, dans l'arsenal dont nous disposons, une des armes à l'efficacité scientifiquement prouvée.

Mais, pour autant, je me refuse à suivre le gouvernement qui voudrait nous voir retourner nos inquiétudes et nos peurs contre les seuls non-vaccinés. En faire des pestifirés pour masquer les responsabilités de gouvernements successifs qui ont conduit les hôpitaux publics comme la médecine de ville au bord du précipice. Je ne m'y résoudrai jamais.

Mon expérience me conduit à faire la différence entre les anti-vaccins par conviction, minoritaires, que je ne cherche plus à convaincre, m'étant heurté à un mur d'incompréhension et tous les autres.

Parmi ceux-là, je distingue deux grandes catégories. Ceux qui ne sont pas rassurés, pour eux et leurs enfants, par ce qu'ils ont entendu du gouvernement et des épidémiologistes.

De vaccins et d'une immunité naturelle qui devaient tous nous protéger à 100 %, on a vu successivement, le président de la République suspendre l'utilisation de l'un deux pendant plusieurs jours. Puis un vaccin présenter des risques pour les trentenaires. Ensuite, est venu le temps d'une immunité qui, avec les variants, perdait de l'efficacité dans le temps avec l'obligation de recourir à un rappel, puis deux, puis trois, espacés d'une durée toujours plus courte.

En janvier dernier, un célèbre épidémiologiste, au moment du pari d'Emmanuel Manuel, est venu le soutenir au prétexte, alors que les doses manquaient, que laisser faire la circulation virale serait la solution pour atteindre la fameuse immunité naturelle, sans recourir aux confinements. Au même moment, un célèbre urgentiste, sans compétences particulières sur les virus et les vaccins, a prétendu que les reports d'interventions dans les hôpitaux étaient un pur mensonge.

Le regretté professeur Axel Kahn expliquait rigoureusement le contraire.

Pour les écoles et les enfants, on a entendu tout et son contraire, avec un ministre qui n'a cessé d'affirmer qu'elles n'étaient pas des lieux de contamination plus importants que d'autres et que les enfants ne risquaient pas de formes graves. Propos aujourd'hui contredits par les expériences étrangères, la totalité des spécialistes et le vécu des familles.

Quand l'épidémie, il y a quelques semaines, galopait en Allemagne et en Grande-Bretagne, le gouvernement expliquait que grâce à son savoir faire incomparable, nous en étions sortis, affirmation qui conduisit beaucoup à baisser la garde des gestes barrières.

Le "sauver Noël" et le soulagement furent de courte durée et vite remplacés par une alerte maximale, ce qui est absolument normal, et une campagne contre celles et ceux qui ne sont pas encores vaccinés, ce qui est odieux.

Que le gouvernement, le corps médical et les chercheurs ne connaissent pas tout d'une pandémie dont on découvre les caractéristiques au fur et à mesure qu'elle s'étend tombe sous le sens. Mais que tous nos concitoyens, sur la vaccination, ne se situent pas spontanément dans le sillage des Descartes et Pasteur, après tout ce qu'ils ont entendu, n'a rien d'étonnant non plus.

Alors pourquoi rendre une partie d'entre eux, aux yeux de l'autre partie très majoritaire, globalement responsable de la situation désastreuse que connaissent nos hôpitaux ? La proximité des élections ne saurait être la motivation d'une campagne infâme dont la santé de tous est le dernier des soucis.

Il reste une dernière catégorie, celle des personnes placées pour des raisons diverses dans l'impossiblité matérielle de rejoindre un lieu de vaccination. C'est donc le vaccin qui doit aller à elles.

Je fais deux propositions : que les grandes chaînes de télévision et de radio, organisent de grandes émissions d'information auquelles participent des non-vaccinés qui hésitent encore, d'autres qui ont été infectés parce que pas vaccinés avec des épidémiologistes et des médecins pour répondre à leurs interrogations. Ce qui se fait actuellement ne dissipe pas la méfiance énorme qui s'est instaurée à l'encontre des politiques, de la science et des médias.

Deuxième proposition pour que soient ciblées des professions que leur activité conduit à se rendre quotidiennement dans les coins les plus reculés du pays, comme les facteurs, qui après une courte formation, sur la base d'un strict volontariat et contre rétribution, pourraient vacciner des personnes qui les connaissent très bien.

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