Lucien Atencia
Abonné·e de Mediapart

259 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 janv. 2022

Et si la chute passait par l'école ?

Le duo Blanquer-Macron est en difficultés sur sa gestion de la crise sanitaire dans les établissements scolaires.

Lucien Atencia
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le maintien des écoles ouvertes qu'ils espéraient utiliser comme un atout-maître pour la réélection du télé-président-candidat est en train de se transformer en son conraire.

On le doit à la multiplication des témoignages venus de tout le pays qui montrent que cette ouverture n'a concerné que des classes toujours très incomplètes. Certes, on y pousuivait les cours mais avec des effectifs d'élèves souvent réduits de plus de moitié. Ceux maintenus chez eux pour cause de Covid ont été livrés à eux-mêmes et à leurs parents car aucun enseignant n'est capable d'exercer, en même temps, dans sa classe et à distance, fut-il un fervent adepte des théories d'Emmanuel Macron. On ne compte plus les directeurs d'écoles qui reconnaissent n'avoir fait que de la garderie.

De cela, le ministre-bonimenteur Blanquer n'en a jamais parlé, tout ocuupé à proférer des mensonges d'un plateau de télévision à un autre pour minimiser les risques qu'il faisait courir à toute la communauté éducative et aux élèves afin que leurs parents puissent continuer voir le patronat et les administrations exploiter leur force de tavail.

Les records atteints dans cette période par le CAC 40 montrent que cela a eu une certaine efficacité.

Mais aussi un coût humain qu'une première grève de profs a mis sur le tapis, et avec quelle force grâce à sa puissance, à la détermination des participants, à l'unité de leurs syndicats et au soutien des parents et de l'opinion !

Il faut dire que le ministre-bonimenteur s'était surpassé dans le mépris en bricolant un protocole censé faire face à un variant beaucoup plus contagieux, particulièrement dans les écoles comme il le prouvait dans les pays voisins.

Annoncé par voie de presse la veille de la rentrée scolaire, ce protocole n'a été capable que de provoquer de longues files d'attentes devant toutes les pharmacies, une pénurie de tests et un chaos d'une ampleur inédite. Il fallut d'urgence l'alléger et lâcher un peu de lest sur des revendications auxquelles le pouvoir était resté sourd depuis le début de l'épidémie, après que le premier ministre en personne ait pris les choses en main.

C'est sur tout cela qu'est intervenu l'épisode d'Ibiza dévoilé par Mediapart : c'était depuis une plage espagnole que ce semblant de protocole inapplicable avait été expédié sans la moindre concertation et dans une dicrétion espérée totale.

Le ministre ne trouva à opposer que son droit aux vacances et au télétravail !

Mais ce n'est pas l'épisode qui compte le plus mais bien tout ce qui l'a précédé de mépris et d'arrogance accumulés au fil des mois. Les deux journées unitaires d'action décidées pour obtenir plus de résultats en témoignent.

Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal n'ont pas à rendre des comptes que sur leur gestion de la crise saniraire ni sur leur mobilisation, à des fins politiciennes, contre la chimère de l'islamo-gauchisme.

Ils devront s'expliquer sur leurs choix en matière de formation des nouvelles générations. De ce point de vue, il reste beaucoup à démontrer en quoi leur politique en ce domaine décisif pour l'avenir du pays est cousue sur mesure pour "les premiers de cordée".

Au 21e siècle, ils ont exclu les mathématiques du tronc commun pour en faire une simple option que ne choisissent que les lycéens des milieux les plus favorisés, qui connaissent fort bien le caractère essentiel de cette discipline dans les professions d'aujourd'hui et encore plus de demain.

Même punition avec la réforme du Bac.

Et Macron annonce la couleur s'il était réélu : ce sont les chefs d'établissements et les directeurs d'écoles qui recruteront les personnels mettant ainsi fin au statut de la fonction publique, à ses garanties pour les personnels et les usagers et transformant les intéressés en patrons de PME.

La possibilité d'adapter les programmes à la région dans laquelle ils sont dispensés va dans le même sens.

Que dire de la dernière sortie du télé-président-candidat qui veut rendre payantes les universités, sur le modèle des Etats-Unis où les étudiants les plus modestes doivent s'endetter à vie pour financer leurs études, ceux qui chez nous font la queue aux distributions de nourriture du Secours populaire.

Ajoutons que ce président entend ignorer que la condition enseigante française est une des moins reconnues de l'OCDE, notamment en matière de rémunérations.. Il n'envisage au mieux que de faire dépendre de minis augmentations de salaires que de celle des heures de travail, alors qu'il devient de plus en plus difficile de recruter des enseignants et de les former.    

Tant de spécificités du "modèle" français remises en causes sans que ne se dressent les oppositions. Pourtant que de beaux sujets à traiter pour des candidats à la présidence de la République dignes de cette fonction. Et le mépris, quand celles et ceux qui ont le sentiment d'en être victimes dépasse de loin le périmètre des écoles, peut devenir un puissant facteur de mobilisation et de rassemblement qui en surpasse bien d'autres. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Comment le CHU de Bordeaux a broyé ses urgentistes
Les urgences de l’hôpital Pellegrin régulent l’accès des patients en soirée et la nuit. Cela ne règle rien aux dysfonctionnements de l’établissement, mettent en garde les urgentistes bordelais. Épuisés par leur métier, ils sont nombreux à renoncer à leur vocation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Force ouvrière : les dessous d’une succession bien ficelée
À l’issue du congrès qui s’ouvre dimanche, Frédéric Souillot devrait largement l’emporter et prendre la suite d’Yves Veyrier à la tête du syndicat. Inconnu du grand public, l’homme incarne, jusqu’à la caricature, le savant équilibre qui prévaut entre les tendances concurrentes de FO.
par Dan Israel
Journal
« Travail dissimulé » : la lourde condamnation de Ryanair confirmée en appel
La compagnie aérienne a été condamnée, en appel, à verser 8,6 millions d’euros de dommages et intérêts pour « travail dissimulé ». La firme irlandaise avait employé 127 salariés à Marseille entre 2007 et 2010, sans verser de cotisations sociales en France. Elle va se pourvoir en cassation.
par Cécile Hautefeuille
Journal — Social
En Alsace, les nouveaux droits des travailleurs détenus repoussent les entreprises
Modèle français du travail en prison, le centre de détention d’Oermingen a inspiré une réforme du code pénitentiaire ainsi qu’un « contrat d’emploi pénitentiaire ». Mais entre manque de moyens et concessionnaires rétifs à tout effort supplémentaire, la direction bataille pour garder le même nombre de postes dans ses ateliers.
par Guillaume Krempp (Rue89 Strasbourg)

La sélection du Club

Billet de blog
Ce qu'on veut, c'est des moyens
Les salarié·es du médicosocial se mobilisent à nouveau les 31 mai et 1er juin. Iels réclament toujours des moyens supplémentaires pour redonner aux métiers du secteur une attractivité perdue depuis longtemps. Les syndicats employeurs, soutenus par le gouvernement, avancent leurs pions dans les négociations d'une nouvelle convention collective avec comme levier le Ségur de la santé.
par babalonis
Billet de blog
Macron 1, le président aux poches percées
Par Luis Alquier, macroéconomiste, Boris Bilia, statisticien, Julie Gauthier, économiste dans un ministère économique et financier.
par Economistes Parlement Union Populaire
Billet de blog
Destruction du soin psychique (2) : fugue
Comment déliter efficacement un service public de soins ? Rien de plus simple : grâce à l'utilisation intensive de techniques managériales, grâce à l'imposition d'un langage disruptif et de procédures conformes, vous pourrez rapidement sacrifier, dépecer, puis privatiser les parties rentables pour le plus grand bonheur de vos amis à but lucratif. En avant toute pour le profit !
par Dr BB
Billet de blog
Le service public d’éducation, enjeu des législatives
Il ne faudrait pas que l’avenir du service public d’éducation soit absent du débat politique à l’occasion des législatives de juin. Selon que les enjeux seront clairement posés ou non, en fonction aussi des expériences conduites dans divers pays, les cinq prochaines années se traduiront par moins ou mieux de service public d’éducation.
par Jean-Pierre Veran