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Billet de blog 22 mars 2022

Il n'est pas trop tard.

Mais quelle idée a eu la gauche de dégainer un prétendu vote utile pour tenter de s'opposer à une aspiration qu'elle sentait grandir avec effroi dans son propre peuple ?

Lucien Atencia
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Il y bien des mois, sur ce blog, j'expliquais qu'une des singularités de l'élection qui arrive dans trois semaines, était que tous les candidats de gauche et de l'écologie savaient qu'ils n'avaient aucune chance de l'emporter. Tous, avec leurs partis, faisaient l'impasse sur le scrutin que nos concitoyens considèrent toujours comme le plus important. Tous attendaient des jours meilleurs. Ce qui ne les empêchait pas d'expliquer ce qu'ils feraient quand ils auraient remplacé le monarque qui occupe la place !

J’avais même l'audace de désigner comme une des causes de cette situation inédite, la profonde crise d'identité que connaissent le PCF et le PS, à l'origine de la faiblesse historique de la gauche et de sa désunion. J'aurais dû y ajouter celle de la droite, dévorée par les deux bouts. 

Je parlais dans le vide utilisant sans doute une langue étrangère à tous les spécialistes de la chose publique.

Encore plus à ceux de gauche qui savent d'expérience, les uns pour en avoir souffert, les autres pour en avoir bénéficié, ce que le dit vote utile signifie.

Il est la tentation, au premier tour, de voter déjà en ne pensant qu'à celui ou celle qui peut l'emporter au second ou à celui ou celle dont on ne veut surtout pas qu'il gagne.

Si ce dernier est d'extrême droite, l'efficacité est totale pour le bénéficiaire. En l'occurrence, il ne fera qu'exploiter une des conséquences de l'élection présidentielle au suffrage universel dans un scrutin à deux tours qui ne retient que les deux candidats en tête du premier.

Une des nombreuses faces cachées d'un système qui en recèle bien d'autres pour éviter de mauvaises surprises électorales à ceux qui tiennent le manche, mais qui doivent impérativement entretenir l'illusion démocratique que les électeurs ont la liberté de choisir qui ils veulent. 

Rien, ni de près, ni de loin, avec le problème posé aujourd'hui.

Ce dernier avait pourtant été anticipé depuis cinq ans et même un peu plus par l'ensemble du monde politique après sa grande frayeur de 2017.

Pour ne pas y être confronté en 2022, il lui fallait à tout prix éliminer Mélenchon de la scène politique d'ici là.

Que d'efforts déployés en ce sens qu'on aurait aimé voir concentrés contre l'extrême droite au lieu de lui courir derrière !

Quelle nouvelle peur au constat qu'ils avaient échoué. Ils y croyaient pourtant dur comme fer puisque Macron et ses pouvoirs, la plupart des médias étaient dans le coup.

Cette peur étant mauvaise conseillère, les partis de gauche dans une touchante unité retrouvée, ont dégainé le vote utile dont ils ont estimé qu'il était la meilleure arme pour contrer ce qu'ils sentaient monter dans le pays, à savoir l'aspiration à éliminer la sinistre Le Pen dès le premier tour sans avoir à revoter Macron et sa retraite à 65 ans au deuxième.

Ces génies de la politique venaient de se souvenir que l'immense majorité de nos concitoyens ne voulaient plus entendre parler de ce duel qui, en guise de barrage, a mis l'extrême droite au centre de tout, jusqu'à la conduire aux portes du pouvoir et lui permettre de diffuser ses métastases racistes, xénophobes et antisémites dans toute la société.

Pour parachever leurs exploits, en prenant le contrepied de cette aspiration au demeurant fort honorable et identitaire pour toute la gauche depuis toujours, en le faisant tous ensemble, le PS, le PCF et les Verts ont contribué à mettre Mélenchon et ce qui conduit à le critiquer parfois légitimement, sur un piédestal !

Le bulletin de vote en son nom, par-delà sa personne et son âge, devenait le seul qui puisse concrétiser un espoir si largement partagé. L'Insoumis de Marseille s'est empressé de tirer tous les avantages d'un tel cadeau d'autant plus que, simultanément, un autre lui était offert par le président en personne.

Ce dernier tout entier animé par la volonté de se retrouver face à son adversaire préférée, se voyait dans l'obligation de couper les ailes à la candidate de la droite, Valérie Pécresse.

Rien de tel que de lui piquer son programme.

Vous pensez bien que Mélenchon a immédiatement vu ce qu'il pouvait en tirer.

"Pour la retraite à 60 ans et contre celle de Macron à 65 ans et en prime la peau de la Le Pen, votez Mélenchon" devenait un slogan promis à un grand avenir en cette fin de campagne !

Or nous sommes là sur le terrain privilégié du monde du travail et de la création, celui de la lutte des classes auquel l'oligarchie nationale et ses serviteurs entendent substituer la lutte "des races" pour pérenniser, à force de divisions, leur domination sur notre travail, nos vies et la nature.

Bravo au PC, au PS et aux Verts pour y avoir contribué !

Persévérer dans la ligne suicidaire qu'ils ont choisie conduit à un désastre annoncé.

Il n'y a pas d'autre alternative pour eux d'en sortir par le haut que de se mettre du côté de ce qui motive les électeurs et pas que les leurs.

De leur côté et pas contre. 

Sinon, en laissant seul Jean-Luc Mélenchon, ils donneront à son référendum une force susceptible de soulever des montagnes. 

L'enjeu est considérable.

Si Macron ne sera pas privé de sa victoire, il devient à portée de vote de bloquer son obsession stratégique de substituer à l'opposition gauche/droite" un "gauche et droite en même temps" qui n'est que toujours plus de droite ajoutée à la droite, pimentée de son extrême.

Il rêvait d'y ajouter une nouvelle étape avec cette élection pour aller vers un espace politique occupé par deux formations, acquises à l'idée d'un capitalisme perpétuel, se partageant le pouvoir à tour de rôle et incluant le PS, la droite et l'extrême droite.

Aucune place donc pour des forces de transformation sociale et un avenir radieux pour celles du capital.

Stopper ce processus destructeur de solidarités sera à l'ordre du jour du premier tour dans trois semaines.

Il est encore temps pour le parti communiste, mon parti depuis 1968, de se grandir en proposant à toutes les autres forces de progrès, pas seulement les partis, d'examiner, dans les plus brefs délais, comment donner corps et vie à ce qu'attendent tant de gens.

J'ai conscience que cela suppose de considérer que notre parti n'existe pas que pour lui-même, que les valeurs, l'ambition communiste qu'il porte sont bien plus grandes que lui.

L'occasion de le démontrer est là, à portée de choix.

Il n'est pas trop tard. 

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