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Billet de blog 24 oct. 2021

L'avenir de l'énergie nucléaire.

L'astrophysicien Hubert Reeves a donc raison de dire que "le nucléaire, il faut en sortir le plus vite possible". Pas demain matin.

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Dans mon esprit, la question n'est pas de "saborder le nucléaire civil". Les chercheurs de la filière ont toujours considéré qu'il était une énergie de transition. Ils se sont attachés dans le monde à s'attaquer à ses défauts, parce qu'elle en a, qui n'ont pas empêché ses partisans de la défendre. Jusqu'à un point caricatural, comme au Japon, où le choix a été fait de continuer la construction de centrales nucléaires, sous la menace de tremblements de terre et de tsunamis fréquents.

En France, un des pays où le plus de centrales nucléaires sont en service, leur développement est entré en contradiction avec celui des énergies renouvelables. C'est un constat.

A entendre les propositions d'Emmanuel Macron, rien ne dit qu'on ne fera pas le même dans trente ans. Dans le monde, le recours à l'énergie nucléaire, pas que pour la production d'électricité, est en régression. Je ne pense pas que l'on puisse accuser les pays qui n'y ont pas recours ou qui y ont renoncé de ne pas se préocuper du réchauffement climatique. Ils ont simplement fait d'autres choix que nous avec un développement des énergies renouvelables plus important que le nôtre, chacun s'efforçant d'utiliser au mieux ses atouts naturels, qu'il s'agisse de l'ensoleillement, des marées ou des barrages.

Notre retard en ces domaines, le gaspillage dans l'utilisation de l'électricité, le peu d'effacité de nos politiques d'économies d'énergie rendent incontournable le recours à l'énergie nucléaire pour ne pas recourir aux énergies carbonées, de le faire pendant une période, la plus courte possible, qu'il appartient aux spécialistes de déterminer. Les scénarios que s'apprête à publier le GIEC vont y contribuer. Cette énergie nucléaire que nous continuerons d'utiliser ne sera pas celle qui a eu cours jusqu'ici sans poser de problèmes majeurs à ses partisans. De nouvelle génération et déjà expérimentée en Chine, elle réduirait considérablement la production de déchets pour l'éternité que nous n'avons pas le droit de transmettre aux générations futures. Leurs besoins en eau -question d'importance face au réchauffement climatique - en minerais importés et leurs coûts seraient considérablement réduits. Bonne nouvelle pour ces derniers quand on voit ceux atteints par l'Arlésienne qu'est l'EPR.

Il n'en reste pas moins que l'énergie nucléaire est très dangereuse et que personne ne souhaite voir une centrale s'installer dans son environnement. Que dire de la dissémination de mini-centrales sur tout le territoire. Que dire aussi, pour les financer, de devoir les exporter dans des pays qui n'ont pas notre maitrise dans ce domaine et encore plus que nous sous la menace d'attentats terroristes. Leur prolifération pourrait favoriser une utilisation à des fins militaires, comme ce fut le cas pour Israël.

Certes, le risque zéro n'existe pas et les questions de sécurité ne sont pas négligées -sauf au Japon et dans des pays qui ne les maîtrisent pas- mais, d'une part, les conséquences d'un accident sont gravissimes et, d'autre part, la prise de risques est plus importante en France qu'ailleurs car les réacteurs y sont beaucoup plus nombreux et plus âgés, avec l'intervention de nombreux sous-traitants privés et alors qu'on envisage de disséminer des mini-centrales nucléaires.

L'astrophysicien Hubert Reeves a donc raison de dire que "le nucléaire, il faut en sortir le plus vite possible". Pas demain matin. Tout cela n'a de sens que si le premier acte contre le réchauffement climatique consiste à réduire la consommation d'énergies, quelqu'en soient les sources, ce que jusqu'ici nous avons très mal fait.

Il ne s'agit pas de décroissance mais tout simplement d'économies, sans pénaliser les pays qui souhaitent légitimement pouvoir, pour leur développement et le bien-être de leurs populations, accéder aux sources d'énergie qui leur sont nécessaires. Pour les y aider, un peu de communisme ne serait pas superflu !

Enfin, la question du sort des salariés qui aujourd'hui exercent dans la filière, celle d'une maitrise publique, appellent des décisions politiques fortes des gouvernants pour leur garantir reclassement et formation. Je trouve qu'elles sont beaucoup trop négligées. Et pourtant, elles conditionnent pour une large part, la faisabilité de tout l'édifice.

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