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Billet de blog 26 oct. 2021

Tout faire contre le réchauffement climatique, mais dans la sécurité des populations.

La place des économies d'énergie, du nucléaire civil et des énergies renouvelables se trouve posée en des termes nouveaux.

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Le GIEC vient de publier ses scénarios pour lutter contre le réchauffement climatique, ce qui a vocation, dans les actes, à devenir une ambition planétaire. Elle l'est déjà pour une grande partie de la jeunesse.

La place des économies d'énergie, du nucléaire civil et des énergies renouvelables se trouve posée en des termes nouveaux. 

Or on constate qu'en France, dans la réalité, le développement du nucléaire et des énergies fossiles s'est fait au détriment des énergies renouvelables. C'est un constat. Ces dernières ont pris un retard considérable, ce que le GIEC a encore souligné avec force hier.  Il précise même que le nucléaire seul ne permettrait pas d'atteindre les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique, que le développement urgent des énergies renouvelables et les économies d'énergie sont pour lui des impératifs absolus pour prétendre s'en prendre efficacement au réchauffement et garantir la satisfaction des besoins énergétiques.

Ce retard des renouvelables oblige aujourd'hui à continuer avec le nucléaire tout en accélérant considérablement sur les renouvelables. Encore que certains le nient, que l'un des scénarios du GIEC prévoit le "tout renouvelable" et que la notion de rattrapage en matière d'énergies renouvelables est le fil rouge de son rapport.

Le discours d'Emmanuel Macron, essentiellement centré sur le nucléaire et négligeant la question majeure, à mes yeux, des économies d'énergie, fait craindre que dans trente ans, nous nous retrouvions à faire le même constat qu'aujourd'hui. Ce qui serait grave car la question des déchets transmis pour l'éternité aux générations futures n'est toujours pas résolue et celle de la dangerosité du nucléaire reste entière. C'est un choix de civilisation auquel nous sommes confrontés : ou nous consiérons le nucléaire comme une source d'énergie d'avenir ou comme une source de transition.

Un large consensus des formations politiques s'est réalisé sur la première option bien avant que la question du réchauffement climatique ne prenne légitimement l'ampleur qu'elle a aujourd'hui. Ce consensus, on est loin de le retrouver aussi large dans l'opinion publique et j'ai regretté que mon parti, le PCF, après avoir proposé un référendum, s'y associe avec notamment un argument à l'évidence irrecevable, celui de l'indépendance nationale, puisque le minerai de base est importé.

Attaché à la démarche scientifique, ce qui n'est pas le cas de tout le monde comme le montrent les errements autour de la vaccination contre le Covid 19, ma réflexion personnelle s'efforce de prendre en compte les travaux des chercheurs qui dans le monde veulent réduire ce qui leur parait insupportable dans l'énergie nucléaire civile actuelle. La bonne nouvelle, c'est que leurs travaux semblent porter leurs fruits, s'agissant en particulier de la question des déchets.

Puisqu'il faut continuer avec le nucléaire, faisons-le avec cette nouvelle génération, tout en remarquant que ses délais de mise en oeuvre, comme ceux pour les EPR, dépassent largement ceux qu'exige la lutte prioritaire contre le réchauffement climatique. Ce qui conduit le GIEC "à mettre le paquet" sur les renouvelables et les économies.

Je constate que sur l'échiquier politique, plus on va à droite et à l'extrême droite plus le nombre d'EPR à construire est important pour leurs candidats à l'élection présidentielle ! De ce côté-là, la question de la sécurité des populations n'est pas prioritaire. Elle l'est pour moi et je souhaite être évidemment complétement démenti par les faits quand j'affirme cette donnée scientifique selon laquelle notre pays, parce qu'il a beaucoup plus de centrales nucléaires et qu'elles sont âgées prend plus de risques que d'autres avec une technologie qui, pour moi, imposerait de n'en prendre aucun, tant le moindre accident y provoque des pertes nombreuses de vies humaines et animales, des détériorations de la nature, dont certaines, irréversibles.

Ce qui me conduit à soutenir le grand astrophysicien qu'est Hubert Reeves quand il déclare que "l'énergie nucléaire, il faut en sortir le plus vite possible". Je le pense pour le nucléaire civil, comme pour le militaire. Ce qui m'amène à préciser que je suis totalement opposé à la prolifération de l'un comme de l'autre. Or, c'est le choix contraire que fait Emmanuel Macron pour l'un comme pour l'autre. Il a sa cohérence, j'ai modestement la mienne. Il se doit de respecter les impératifs destructeurs du capitalisme et de l'économie de marché. Pas moi.

Cela m'amène à refuser la dissémination de mini centrales nucléaires sur tout le territoire national et, pour pouvoir les financer, leur exportation vers des pays qui maîtrisent moins bien que le nôtre, cette technologie, menacés plus que d'autres par des actes terroristes et dont certains n'offrent pas la garantie qu'elle ne sera pas utilisée à des fins militaires, comme ce fut le cas avec Israël.

J'ai donc du mal à admettre que le candidat de mon parti fasse, en même temps, de la sécurité une de ses priorités et de la dissémination de mini centrales nucléaires aussi.

La jeunesse, en particulier, a raison d'être autant préoccupée par le réchauffement climatique qui met en cause son avenir. Les déchets et les armes nucléaires aussi. Avancé en âge, j'éprouve les mêmes sentiments.

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