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Billet de blog 30 oct. 2021

Etat des lieux.

Emmanuel Macron doit au pourfendeur de la finance d’être entré dans la place et de façon, en apparence paradoxale, il doit à cette même finance son parcours exceptionnel. Cette dernière en est reconnaissante au président des riches, elle veut donc le garder.

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Telle qu’elle s’annonce, cette élection présidentielle présente comme caractéristique inédite que tous les candidats ou presque qui s’y présentent sont convaincus qu’ils n’ont aucune chance de l’emporter et pensent déjà au coup d'après. Curieux pour le scrutin que nos concitoyens considèrent, et de loin, comme le plus important, au point de participer de moins en moins aux autres, ces records d'abstention étant fortement teintés de ségrégation sociale.

Evidemment, cette situation ne peut que réjouir l’actuel locataire de l’Elysée, celui qui décide de tout, tout seul, jusqu’aux pourboires des garçons de café.

Il aura largement contribué à la créer, mais ce qui est plus cocasse, en s'inspirant beaucoup du positionnement politique de Dominique Strauss-Kahn, lui même digne descendant de Michel Rocard et Jacques Delors. Le père de Martine Aubry avait estimé que son heure n'était pas venue et que la France n'était pas prête à accepter la potion libérale. Au contraire de Dominique Strauss-Kahn. Sans sa funeste aventure américaine, le promoteur de l'euro, patron du FMI, aurait pu être le candidat du PS, et pourquoi pas de toute la gauche. C'était son ambition. Le génial Macron n'a donc pas tout inventé. Il y a bien longtemps que François Bayrou rêvait à la mêmpe chose que lui : faire disparaitre gauche et droite, au profit de cette dernière. On peut ainsi mieux comprendre pourquoi les adversaires du télé-président, après son élection, se sont comportés, la corde au cou, comme les bourgeois de Calais, sans insulter cette ville, témoin, comme la Méditerranée, de tant de souffrances immigrées, sur lesquelles l'Union européenne ferme les yeux.

Certains, à droite comme à gauche, l’ont déjà rejoint, d’autres attendent pour le faire que la séquence électorale s’achève. Ils piaffent d’impatience à l’idée de retrouver les ors des palais ministériels. Mon médecin m’a dit que c’était là une forme d’addiction bien connue que même le dégagisme ne parvenait pas à guérir.

Quant à ceux restés dans l’opposition, il est devenu bien difficile de voir en quoi leurs choix politiques se différencient de ceux du maître des horloges. Il aura fallu l’approche des élections pour que tous tentent de convaincre les électeurs du contraire en empilant les propositions plus révolutionnaires les unes que les autres, qu’ils ont tenues secrètes pendant tout le quinquennat, et pour certains, quand ils étaient au pouvoir et que leur parti les détenait tous ou presque.

C'est au plus glorieux d’entre eux, celui qui aujourd’hui saute d’un plateau de télévision à un autre comme s'il était le candidat du parti socialiste ou souhaitait être une alternative à l'effondrement prévisible d'Anne Hidalgo et à l'affront que représenterait le ralliement à Yannick Jadot, que le télé-président doit une partie de son ascension vertigineuse puisqu’il lui a confié le ministère de l’Economie et des Finances, ce qui n’est pas un signe évident de désaccord politique.

Emmanuel Macron doit au pourfendeur de la finance d’être entré dans la place et de façon, en apparence paradoxale, il doit à cette même finance son parcours exceptionnel. Cette dernière en est reconnaissante au président des riches, elle veut donc le garder.

Et notre pays doit à tout cela de voir ses acquis sociaux, culturels et démocratiques passés à la moulinette, la supériorité de la gestion du capital privé sur celle des services publics étant affichée à tout bout de champ. Pas qu’affichée mais aussi concrétisée, comme hier à la SNCF en Paca, région pourtant emblèmatique des barrages à l'extrême droite. Pourtant, cette prétendue supériorité, quand elle y a été introduite, ne saute pas aux yeux à l’hôpital public ou à la Poste, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le comble, n’est-ce pas de voir ce monde politique se lamenter que nos concitoyens se détournent de plus en plus de cette conception dominante de la politique, qu’ils fassent de moins en moins confiance à ceux qui les gouvernent et qu’ils s’en méfient ? Dès lors, qu’ils cherchent des formes inédites, habillés de jaune, pour se faire entendre n’est pas surprenant. Les attaque permanentes contre les organisations syndicales ont produit leurs fruits pourris.

Cette année, ce fut le tour de l’UNEF, sans réactions. Tandis que tant d’étudiants, pour manger à leur faim, doivent se tourner vers les organisations caritatives, alors que leur ministre est occupée à chasser les islamo-gauchistes, en fâcheuses compagnies et que son collègue de l’Education nationale innove en créant un syndicat-maison. On m’a rétorqué que l’UNEF n’était plus ce qu’elle était ! Et les autres syndicats alors ?

Plutôt que de mettre en cause leurs propres responsabilités, ces dirigeants politiques s’en remettent à une police qui, contrairement à celle des pays voisins, éborgne et mutile plus souvent qu’à son tour, en répondant à des ordres imbéciles, venus d’un ministre qui trouve « trop molle » la sinistre Le Pen. Curieuse façon de lui faire barrage, tandis que les libertés de tous et toutes ne cessent d’être rognées.

Droite et extrême droite y puisent les ressources d’une surenchère permanente qui n’a d’égale que celle sur l’immigration. Racisme, xénophobie, antisémitisme progressent en France jusqu’à empoisonner les relations sociales et le débat politique.

Ma façon d’interpréter ce qui se passe et que nous vivons tous n’a rien à voir avec ce que distillent la majorité des médias pourtant chargés de nous informer. Le nom de Macron, ses moindres gestes y reviennent chaque jour des dizaines de fois et si cela ne suffit pas, c’est son épouse qui prend le relai. Et les mêmes se posent la question du moment et où le président annoncera sa candidature, alors qu’il est en campagne pour sa réélection depuis le premier jour de son quinquennat.

Pour eux, les chômeurs sont souvent des fainéants, des assistés, les grévistes prennent les usagers en otages, en France on travaille moins qu’ailleurs et comme on vit plus vieux, il faudrait impérativement reculer l’âge de départ à la retraite, sentence souvent prononcée par des journalistes âgés de plus de 70 ans, qui trustent les emplois dans plusieurs chaînes, empêchant les jeunes d’y trouver leur légitime place.

Les premiers de corvée, ceux qui nous ont permis de tenir le coup au plus fort de la pandémie, sont méprisés alors que les premiers de cordée, si chers au président, s'enrichissent quand ceux qui n'ont que leur activité pour vivre tirent la langue. 

On a même entendu les commentateurs, les experts, après des élections régionales sans électeurs, expliquer doctement qu’elles marquaient le retour des partis traditionnels, les seuls disposants d’élus sortants, et le déclin de l’extrême droite. Quelle perspicacité ! Quelle prise de risque aussi, alors qu’une extrême vigilance s’impose quand un milliardaire a mis l’une de ses chaînes à l'entière dévotion de cette dernière. On ne s’étonnera pas non plus que ces médias suscitent une méfiance qui ressemble beaucoup à celle qui atteint les politiques.

Sur l'affaire des sous-marins nucléaires, le rabibochage emplit nos écrans alors que, comme d'habitude, ce sont les plus forts, les USA, qui gagnent, une vérité qui n'est pas bonne à dire.

Ma bonne dame, tout fout le camp ! Si cela continue, on verra comme dans d’autres pays de l’Union européenne, l’extrême droite accéder au pouvoir d’une manière ou d’une autre. Il est vrai que chez nous, nombre de ses idées nauséabondes y sont déjà tandis que ceux qui le briguent perdent leur raison d’être à courir derrière.

Que va produire cette mélasse, à vrai dire, je n’en sais rien, mais je redoute le pire. Qu’on ne compte pas sur moi, pour montrer la sortie, seul notre peuple en détient les clés.

D’abord, je ne la connais pas, même si j’ai quelques idées sur le fond des réponses à apporter que je ne cache pas.

Pour l’heure, je serais déjà satisfait si, à gauche et dans l’écologie, celles et ceux qui ont pour responsabilité d’impulser le débat politique abandonnaient leur déni de réalité qui les conduits à ne nous proposer que ce qui nous a amenés à être où nous sommes, au bord du précipice.

Si ma profession prenait le dessus et que je sois amené à résumer à un élève de CM2 le comportement des candidats à l’élection présidentielle, je lui dirais que le président fait tout pour se retrouver au deuxième tour face à l’extrême de droite. Que de ce côté-là, chaque candidat cherche à prendre le dessus sur l’autre. Qu’à droite, on essaie de se sortir non sans mal des deux mâchoires dans lesquelles on s’est mis, celle "du ni gauche ni droite" de Macron et celle de l’extrême droite.

Au parti socialiste et chez les Verts, l’enjeu d’une considérable portée est de passer devant l’autre pour rester seul mais avec la crainte d’ouvrir un espace à Mélenchon qui lui aussi souhaite être le candidat de tous et qui verrait d’un très bon œil la possibilité de récupérer des électeurs écologistes et socialistes en manque d’identité, s'il était exclu d'une alliance PS-Verts-PCF. Ce qui ne ferait pas grandir l’influence de la gauche d’un iota. Quant à Fabien Roussel, il se trouverait devant le choix cornélien de devoir s’associer à un semblant de dynamique unitaire, sans les Insoumis, en se retirant, ce qui aurait pour effet de donner de bien petites ailes au député de Marseille, au NPA et à LO, mais surtout de poser quelques problèmes aux militants de son propre parti.

Bref, une séquence électorale aussi importante pour la vie des gens et le devenir du pays dont l'enjeu est rabaissé à la répartition des portions d'un camembert électoral, réduit à sa plus faible expression. A qui la faute ? Toujours aux autres bien sûr.

Finalement, je renoncerais à répondre à l’élève, de peur de le dégoûter à tout jamais de la chose publique.

A un ami qui me reprochait d’être trop pessimiste, je répondis : « Pourquoi, toi, tu es optimiste ? ». Ce qui, je le reconnais, est un peu court.

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