FISC ou FASC?

Fisc ou Fasc ?

Fisc : pour réforme (fiscale), Fasc : pour dérive (fascisante).

On dit depuis longtemps: "Plus de vraies différences entre la droite et la gauche", on constate chaque jour "le discrédit des politiques". Le jour du vote les électeurs cherchent en vain un "choix crédible", et se retrouvent, après 40 ans de crises diverses, superposées, continûment aggravées, citoyens d'une République désabusée.

Plus de choix, vraiment ?

Il y a bien un choix. Ce n'est pas un choix léger, une question de goût ou de préférence. C'est un "choix forcé", impératif, un carrefour crucial,  entre 2 types de destin collectif, auxquel toute société moderne (à l'ère des masses) est confrontée. Tout particulièrement, et si profondément, notre société démocratique en crises (au pluriel).

C'est un choix entre:

- pas de réforme fiscale (ou si confuse et a minima qu'elle est imperceptible, comme aujourd'hui en France)... et par conséquent - effet structurel, induit, direct - une dérive fascisante (ou néo-fasciste si l'on veut, ou fascistoïde) à laquelle nul n'échappe (et notamment pas ceux qui, simplement, sans plus, s'y opposent);

- une réforme fiscale d'ampleur ... et alors peut-être une possibilité (enfin réelle) de limiter puis réduire la fascisation en cours, et, dans le même mouvement, de réouvrir un avenir, une dynamique sociale.

Entre les deux, il y a un effet de balancier : c'est l'un ou l'autre, réforme fiscale ou dérive fascisante (il faudra revenir sur l'origine, le pourquoi, de ce balancier).

C'est évidemment bien de lutter contre l'extrémisme, l'extrême-droite, le nationalisme, le racisme (on dit souvent ces temps-ci "lepénisation" en paraissant pointer le phénomène à sa source, mais c'est trop d'honneur, et reste un euphémisme). Mais, si on se limite à s'opposer, à dénonçer ce qui logiquement choque, ce qui est contraire à la République et la dévoie, on n'y change pas grand chose en réalité, faute d'instruments adéquats.

Une telle opposition récurrente devient un peu courte, voire optimiste, naïve, et même dangereuse, si elle n'est pas accompagnée - bien plus - fondée sur un projet alternatif mordant, une stratégie qui touche au coeur du problème et du danger.

Cette stratégie, c'est celle du lien fiscal à rétablir comme coeur de la démocratie (1). Les discours de l'obsession identitaire, religieuse et raciale sont une perversion qui apparut lorsque que le coeur de la démocratie (ce coeur fiscal) a été pris d'arythmie et a commencé à frôler la thrombose. Les discours fascisants (politiques, médiatiques, d'opinion) sont comme une crampe, un geste violent, symptômes d'un corps social affaibli. Ils ne trouvent presque rien face à eux, quasiment pas de résistance habile, efficace, faute pour celle-ci de se porter sur le bon terrain, un terrain choisi à dessein, et faute d'avoir fourbi les outils et les armes qu'il requiert. Ce terrain, c'est celui de l'argent (et non du sang), de la richesse, sa création, sa distribution, son partage, c'est à dire le terrain du travail, du capital et des ressources naturelles, sociales et symboliques. La fiscalité est le poste de pilotage et d'aiguillage d'une démocratie en mouvement.

Actuellement ce poste est inoccupé, déserté.

Fisc ou Fasc : on a encore le choix.

Mais pour combien de temps ?

Chaque jour compte.

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(1) Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789

Art. 13. Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. 

 

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