Les bénéfices du doute », bénéfices pour qui ?

Remerciements à Caroline

Bonjour Madame,

Je vous remercie d’avoir enfin, après 20 ans que nous l’attendons, donné un peu de visibilité à un problème sur lequel pèse une lourde omerta. Si Médiapart continuait à se taire, il ferait comme le Monde au temps de Jean-Yves Nau qui, refusant de prendre au sérieux Jean Péron Garvanoff en 1987 quand il a cherché à l’alerter sur le scandale du sang contaminé, a fait traîner les décisions, avec les conséquences que vous savez. Par la suite, il n’a pas fait mieux avec les victimes du vaccin hépatite B…

Petite anecdote : abonnée alors au Monde et exaspérée de son comportement, j’avais fini par lui téléphoner :

-- Il y a des victimes. Vous ne pouvez les nier

-- Prouvez-le

Et il a raccroché

La preuve, c’est le hic. On la voudrait tous, moi la première. S’il s’agissait de trouver un bistouri oublié dans une plaie par le chirurgien, ce serait facile. Mais il s’agit de maladies de type auto-immun qui peuvent se développer, ou rapidement, ou longtemps après la vaccination. Comment prouver ? La médecine n’est pas une science dure. En matière médicale on n’arrive pratiquement jamais à la certitude. C’est pourquoi la Cour de cassation et ensuite la CJE, pour éviter de privilégier systématiquement toujours les mêmes et donc de manquer d’équité à l’égard des victimes, ont assoupli la jurisprudence : : le lien de causalité n’a plus à être établi, les présomptions suffisent. Pour la Cour, « si l’action en responsabilité du fait d’un produit défectueux exige la preuve du dommage, du défaut et du lien de causalité entre le défaut et le dommage, une telle preuve peut résulter de présomptions, pourvu qu’elles soient- graves, précises et concordantes ».

 J’en viens donc à l’objection que vous m’avez faite dans votre courriel du 17 décembre : « Je ne souhaite pas relayer ce message [au Conseil Constitutionnel], car le lien entre ces maladies terribles et les vaccins reste à difficile à établir, cela peut être une coïncidence. ». Désolée de vous le dire : le mot « coïncidence » est l’argument suprême des avocats des laboratoires. Les labos l’adorent ! Il est très pervers car il entraîne la controverse et la controverse entraîne la procrastination. Cela peut durer des dizaines d’années : le laboratoire continue à vendre, les victimes se multiplient, la justice n’avance pas, et au bout d’un temps certain, on enterre tout.  Si la presse entre dans ce jeu, elle se fait complice. C’est malheureusement aujourd’hui le cas de la grande presse tombée aux mains des lobbies. Les journaux indépendants ont quasiment tous disparu. Les journalistes sont surveillés. Certains ont été menacés. Il faut donc beaucoup de courage à ceux qui résistent, et aussi beaucoup de vigilance pour éviter les manipulations. C’est quelquefois très difficile d’y voir clair. On peut seulement se dire que là où dominent les intérêts financiers, là aussi se trouvent le mensonge et les manipulations. Elles sont dans les mots que l’on emploie car la communication se fait par les mots. Les mots ne sont pas neutres.

 J’en viens maintenant à une phrase que j’ai lue dans votre article  sur les « arguments caricaturaux [des] professeurs de médecine vieillissants », ciblant visiblement les Pr Joyeux et Montagnier. Franchement, ça m’a choquée… Ils ne sont « gâteux » ni l’un ni l’autre ! On peut être octogénaire (je le suis) sans être sénile ! Et on peut être sénile sans être âgé ! Il n’y a rien de « caricatural » à demander, comme le fait le Pr Joyeux, le retour d’un vaccin sans aluminium qui a existé, ne causait aucun dommage et a toujours son AMM. C’est même ce que le Conseil d’Etat recommandait à notre ministre ! Quant à ce que dit le Pr Montagnier, il le disait bien avant d’être octogénaire, et ce qu’il dit tient tout bonnement compte des avancées de la science. Il y a plus de 150 ans que Pasteur est mort. Les modes de vie ont changé. Les maladies ne sont plus les mêmes. Jean Dausset  a découvert les groupes HLA. Si on soumet les individus (enfants ou adultes) à des traitements de masse comme on le fait avec les vaccins, on leur fait courir de très grands risques. Je vous renvoie à ce qu’a dit Jean Dausset en octobre 1980, dans une conférence donnée à Montréal : « La vaccination des enfants contre toute une série de maladies pourrait bientôt être une pratique du passé.» Que le lobby vaccinateur en soit mécontent et qu’il attaque aussi bassement le Pr Montagnier et le Pr Joyeux, je le comprends.  Mais pas vous !

 Ceci m’amène à Andrew Wakefield car c’est parce que le Pr Montagnier le soutient qu’il est si attaqué. Or vous êtes, dans votre article, aussi dure que le lobby vaccinateur. Devant cette cabale, j’ai cherché à savoir et voici ce que j’ai appris :

 2000 familles ont porté plainte, toutes unanimes à avoir constaté la dégradation de la santé de leurs enfants, après vaccination ROR. La date du procès intenté par les victimes était fixée au mois d’octobre 2003 devant la Haute Cour de Justice de Londres, puis reportée au début de 2004. En juillet 2003, Crispin Davis, alors Directeur exécutif de Reed Elsevier, propriétaire du Lancet, devient le directeur non-exécutif de Glaxo SmithKline, fabricant du vaccin ROR. En février 2004, le Lancet rejette la publication d’Andrew Wakefield, qui est traîné dans la boue par la BBC et le Sunday Times. Le 27 février 2004, son frère, le juge Nigel Anthony Davis, qui se garde bien de signaler sa parenté avec le directeur du Lancet (elle ne sera connue qu'en 2007), retire l’assistance judiciaire aux plaignants. En juillet 2004, Crispin Davis, frère du juge, est anobli par le gouvernement de Tony Blair. Quant à James Murdoch, fils du multimilliardaire Rupert Murdoch, qui possède le Sunday Times dans lequel le journaliste Brian Deer a traîné Wakefield dans la boue, a rejoint le groupe GlaxoSmithKline. Tout cela est une très belle illustration de l'enchaînement des liens d'intérêts. Mais le Pr John Walker Smith a porté plainte contre l’Ordre des Médecins du Royaume Uni qui les avait tous les deux radiés et il a gagné son procès en mars 2012. Le juge, Sir John Mitting a déclaré que l’accusation portée contre lui ne tenait pas debout et qu’il rejetait totalement les allégations du journaliste Brian Deer dans le Sunday Times en 2004, car il était démontré qu’elles étaient sans aucun fondement. Cette conclusion était parfaitement normale puisque l’accusation n’avait aucun plaignant, qu’aucun mal n’avait été causé aux enfants, que les parents ont toujours soutenu les deux médecins durant leur procès, rapportant au contraire les bienfaits que leur avaient procuré les soins au Royal Free Hospital. Le nom de Walker-Smith a ainsi été lavé de tout soupçon. Mais Andrew Wakefield, exilé aux Etats-Unis, n’avait pas les moyens d’aller en appel devant la Haute Cour. Si Andrew Wakefield rencontre encore aujourd’hui autant de problèmes, c’est qu’il dérange énormément en dénonçant les falsifications d’un des experts du CDC américain. Avez-vous visionné ce film Vaxxed ? Direz-vous que c’est une manipulation de plus ? Comment expliquerez-vous alors la croissance vertigineuse de l’autisme aux Etats-Unis surtout, mais aussi dans le monde ? Si ce film est interdit partout, ce n’est pas sans raison.

 Parmi les reproches adressés à Wakefield, il y avait le fait d’être payé par les familles pour ses recherches. Mais comment faire autrement quand les financements officiels ne sont pas accordés ? Que le Pr Ghérardi reçoive des fonds de l’association E3M et de la Fondation de la famille Dwoskin n’a rien de « sulfureux »  Les premiers à recevoir des fonds privés, ce sont l’EMA et l’OMS du fait de l’insuffisance des participations dues par les Etats, et c’est bien plus sulfureux ! Vous connaissez, je pense, la lettre d’Alison Katz à Margaret Chan, l’ancienne présidente de l’OMS. Elle a été au sein de l’appareil. Elle explique tout.

 En France, nous avons l’exemple des Pr Authier et Ghérardi. Comme Il est impossible de les déconsidérer par les moyens utilisés contre Wakefield, on en trouve d’autres. Tout est bon pour les empêcher de travailler. Vous avez certainement lu « Toxic Story ». Je peux apporter la preuve, par les relations que j’ai gardées à l’hôpital de la Salpêtrière où mon mari a été hospitalisé en 1998, que leurs recherches y sont hautement méprisées. « Aucune valeur scientifique », a-ton répondu à un de mes e-mails. Jalousie ? Conflits d’intérêts ? Pour le Canada, c’est pareil avec Christopher Shaw. Vous qui avez suivi les conférences sur l’aluminium le 27 novembre à Paris, vous avez bien entendu, je pense, que le Pr Exley avait découvert la présence d’aluminium dans le cerveau d’assez nombreux autistes pour qu’au moins cette observation interpelle. Le ROR n’a pas d’aluminium mais tous les autres vaccins en contiennent. Exley, Shaw, Shoenfeld, l’équipe de Mondor, tous connaissent ou connaîtront les mêmes difficultés. Il faut le dire parce que c’est vrai. C’est aussi le propos de Michelle Coquet que vous rapportez à juste titre : « C’est à partir du moment où nous avons fait le lien avec la vaccination que nous avons subi une violente cabale contre nos travaux ». C’est également ce qu’ont vécu en 2007, en Allemagne, les Pr Randolf Penning et Klaus Hartmann de l’Institut Ehrlich, à propos de l’Hexavac et de la mort de plusieurs nourrissons qu’ils ont pu autopsier : « On s’est fait incendier par des personnes en lien étroit avec la vaccination : il s’agissait de membres de la Commission Permanente des vaccins (l’équivalent du CTV en France) et de personnes qui n’acceptent pas que l’on dise quoi que ce soit sur leurs vaccins […] Vous essayez d’engager une discussion scientifique et on vous met au rancart de la profession en vous faisant passer pour un trublion ou un cinglé ».

Parmi les détracteurs habituels, il y a les sociétés dites savantes, toutes en conflits d’intérêts, et l’Académie nationale de médecine. Vous écrivez : « En 2011, L’académie de médecine a balayé le sujet d’un revers de main ». Je ne suis pas étonnée : quand, en 1998, la controverse a commencé autour du vaccin hépatite B, l’Académie a proclamé qu’elle faisait « entière confiance aux laboratoires producteurs de vaccins pour avoir effectué tous les essais de tolérance requis», et déjà, dans le Monde, les juges qui venaient de donner raison à une victime se sont fait traiter de « moyenâgeux ». Quant à nous, les associations de victimes, nous sommes des « obscurantistes » ! L’Académie de pharmacie, elle, est quand même plus prudente…

L’argument toujours brandi est celui du rapport bénéfice/risque. Vous écrivez : « personne ne remet en cause la balance bénéfice/risque extrêmement favorable des vaccins ». Personne ? Si, tous ceux qui savent qu’un rapport établi sur des chiffres faux, du fait d’une sous-notification énorme des accidents, ne peut pas être juste. Au moins pour l’aluminium (mais il n’est pas la seule raison des accidents),  il est heureux que le réseau Cochrane s’en préoccupe. Je ne le savais pas. Je vous remercie de me l’avoir appris.

Vous avez, vous, les journalistes, un rôle tellement important ! Je vous ai parlé de Jean-Yves Nau dans les années 80-2000, mais voyez ce qui se passe encore aujourd’hui : près de 500 bébés auraient présenté des malformations à la naissance entre 2006 et 2014 avec la Dépakine. Cet anticonvulsif était commercialisé en France par Sanofi depuis 1967. Ce qui pose question c’est le temps qu’il a fallu pour que les informations sur ses risques, disponibles dans la littérature scientifique depuis 1982, arrivent jusqu’aux patientes en 2015. Il aura fallu attendre que les patientes anglaises obtiennent de l’agence britannique la réévaluation du médicament pour qu’en France les femmes soient enfin informées des risques tératogènes du valproate. Les familles d’enfants nés sous Dépakine en France se sont constituées en association, mais restent encore dans l’incompréhension de ce silence de plus de 10 ans. Je regrette vraiment Que Médiapart s’intéresse si peu aux questions de santé. Peut-être que votre article est le signe d’un changement ? Souhaitons-le.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas des quelques réflexions que je vous livre. Je tiens d’ailleurs à vous dire que j’ai apprécié la qualité de votre article, que j’apprécie votre courage car peu de journalistes prennent le risque de s’aventurer sur un terrain aussi sensible, surtout en France. Mais finalement vous n’avez, heureusement pour vous, rien écrit qui vous vaille des représailles.

Une suggestion : pourriez-vous conseiller à Médiapart d’interviewer le Pr Philippe Even ? Il a eu une carrière assez prestigieuse et, au moins, nous n’entendrons pas une parole de bois…

J’espère, nous espérons tous, que vous continuerez à informer sur un sujet qui vous a visiblement intéressée, qui est très important et qui n’est pas près de sortir de l’actualité car les décisions qui ont été prises ne vont pas être sans conséquences. Ce que mon expérience personnelle, et celle de beaucoup d’autres, me conduit à vous dire, c’est que les victimes de demain, comme celles d’hier, rencontreront le déni et l’abandon. L’Etat sera mis en cause mais incapable de réparer car l’ONIAM n’en a pas les moyens, et les laboratoires échapperont une fois de plus à leurs responsabilités… Madame Agnès Buzyn leur a rendu un fieffé service.

Je vous invite à ouvrir le lien ci-dessous. L’image en tête vous fera penser à St Sébastien…
https://www.prevention-sante.eu/actus/11-vaccins-obligatoires-nourrissons-conseil-constitutionnel-donne-feu-vert

Je suis bien d’accord avec votre titre : « Les bénéfices du doute », bénéfices pour qui ? et avec votre conclusion : « Au pays de Pasteur, le plus grand flou règne autour des vaccins.» Certes ! et aussi la plus grande corruption.

Bien cordialement et, comme je vous adresse cette lettre en fin d’année, je souhaite que 2018 soit une très bonne année pour vous

Lucienne Foucras,

Secrétaire générale du Revahb

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.