Pourquoi les journalistes ne sont pas toujours honnêtes

Pourquoi les journalistes ne sont pas toujours honnêtes
Si vous regardez les choses en superficie, vous avez l’impression que les journalistes se contentent de donner des avis superficiels, de répéter comme des perroquets ce que disent leurs collègues, renonçant à tout esprit critique.

Ils ne semblent être guidés que par la crainte d’être exclus de la meute s’ils cessent de hurler avec les loups. La frousse d’oser une pensée dissidente, diront certains.

En réalité, le problème est plus profond que cela.

Le journaliste, pour exister et faire son travail, a besoin de « sources », c’est-à-dire d’accès aux informations, découvertes, nouvelles qui viennent de sortir.

Neuf fois sur dix, ces informateurs se trouvent dans les ministères, au gouvernement, au Parlement. Car ce sont eux qui savent quelles lois sont en préparation, quels sont les chiffres des finances publiques, ceux de la délinquance, les statistiques diverses concernant un peu tous les aspects de la société (du nombre d’accidents de la route à la lutte anti-terroriste, etc.)

Ainsi lorsque se produit un événement sur la santé (crise du Lévothyrox, par exemple, Médiator, Ebola ou autre), ils ont besoin d’avoir accès aux ministères pour faire leurs articles.

S’ils se mettent à critiquer les autorités, à expliquer à la population que leurs décisions sont mauvaises, comme par exemple celle d’imposer onze vaccins obligatoires à tous les enfants, ils s’exposent à ne plus être invités, ne plus se faire accorder d’interview par les décideurs, ne plus bénéficier des « fuites » et autres « scoops » qui sont leur fonds de commerce de journalistes et leur permettent de se faire apprécier des rédacteurs en chef.

C’est la raison pour laquelle vous avez parfois l’impression qu’ils ne sont que « la voix de son maître », et reprennent de façon un peu servile ce que dit le ministère de la Santé.
Deux stratégies pour garder de la crédibilité
Mais comme ils ont peur de décevoir leurs lecteurs - on les comprend – à passer ainsi leur vie à « servir la soupe » au pouvoir en place, ils ont des stratégies pour paraître malgré tout, indépendants, offensifs.

Parmi ces stratégies, figure en première place le lynchage en place publique.

C’est une technique très simple, très éprouvée. Il s’agit de prendre une personne qui ne peut pas se défendre (c’est très important) et d’en faire un bouc-émissaire qu’ils vont charger de tous les maux.

C’est en général un individu isolé qui n’a aucun moyen de faire valoir sa version des choses calmement et objectivement.

Pendant plusieurs jours, plusieurs semaines pour les cas les plus graves, cette personne va faire la Une des journaux, on mettra sa photo en gros, avec des titres et des sous-titres offensants, pour ainsi donner l’impression au public que la presse est capable de mener des combats, qu’elle n’est pas seulement asservie aux intérêts des puissants (pouvoirs publics ou grandes entreprises).

Bien sûr, pour donner l’illusion d’un débat, ils donnent parfois la parole à cette victime. Mais si vous êtes un tant soit peu attentif, vous vous apercevez que le débat est truqué, que les journalistes prennent toujours soin de convier plusieurs « experts » bien choisis qui se ligueront avec lui pour couper la parole, dénigrer et discréditer la victime. En fait de débat, c’est une exécution en règle. Le but est précisément d’empêcher la victime de s’exprimer jusqu’au bout, de peur bien sûr qu’elle n’ait le temps de donner des faits et de convaincre les auditeurs qu’elle n’est, en réalité, pas du tout aussi idiote ou dangereuse qu’on veut le faire croire.
Faire taire les dissidents
C’est pourquoi les grands journaux ont désormais pris l’habitude de refuser les tribunes, qu’ils accordaient autrefois aux experts qui avaient un point de vue divergeant. Si leur opinion est jugée « non-conforme », vous n’aurez droit qu’à un compte-rendu rédigé par un journaliste, composé de citations habilement choisies, caviardées, sorties de leur contexte, permettant de faire passer n’importe quel citoyen honnête pour un horrible personnage.

Tout cela est bien triste, mais c’est comme ça.

Et il n’y a qu’une solution : entendre un autre son de cloche, en l’occurrence ce que les intéressés ont à dire !

Jean-Marc Dupuis

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