Lettre ouverte à Monsieur Olivier Véran

Mme Lucienne Foucras                                                                                                            Grenoble, le 14 octobre 2017

à Monsieur Olivier Véran
Député de l’Isère

Monsieur le député de mon département,

Je vous ai entendu le 13 octobre, sur France Info. Vous étiez interviewé, si je ne me trompe, par les journalistes de l’émission « les Informés ». Vous avez répondu à celui qui vous interrogeait sur les déserts médicaux et l’éventualité d’y remédier par la contrainte (les nouveaux médecins n’auraient plus le choix du lieu de leur installation comme c’est le cas des enseignants) : « la coercition est une très mauvaise solution ». En ce cas, je comprends mal, si c’est une très mauvaise solution, que la coercition soit précisément le moyen adopté pour obtenir une meilleure couverture vaccinale. Ne serait-ce pas déjà la coercition qui a contribué à faire perdre confiance dans les vaccins à de nombreuses familles de France à une époque où pourtant il n’y avait que 3 vaccins obligatoires (DTPolio) ? Car pourquoi obligatoires s’ils sont bons et surtout remboursés ?

Cette perte de confiance s’est accrue quand les familles se sont vues contraintes d’en ajouter 3 de plus (l’hexavalent) dont elles ne voulaient pas. Aujourd’hui, avec 11 vaccins, croyez-vous vraiment que la confiance va renaître ? Plus on en ajoute, plus elle disparaît ! Même de fervents vaccinalistes doutent de l'intérêt sanitaire pour le pays d'une extension de l'obligation, ou même de l'intérêt du maintien des obligations actuelles (diphtérie, tétanos, polio en population générale + fièvre jaune en Guyane).

Je vous prie donc d’être cohérent avec ce que vous avez dit hier : si la coercition est une très mauvaise solution, il ne faut pas l’adopter. Il faut convaincre par de bons arguments. La menace de résurgence d'épidémies infectieuses mortelles est jugée par une majorité de nos concitoyens comme une manipulation par la peur et l’exagération, comme cela a déjà été le cas en 1994-1996 pour les risques d’hépatite B en France et en 2009 pour une pandémie gravissime qui n’a eu lieu nulle part sur notre planète ! S’il vous plaît, ne recommencez pas. Celui qui ment sur un seul point perd ensuite sa crédibilité sur tout.

Vous êtes mon député, mais aussi vous êtes médecin. Le rapport bénéfice/risque, vous savez ce qu’il en est, comment il est évalué, à partir de quels chiffres, quelle est la part – énorme – de sous notification des accidents médicamenteux et surtout vaccinaux. Accepteriez-vous pour votre propre enfant, même si le risque d’accident grave est moins fréquent que pour un adulte, qu’il le coure au nom d’une peur que rien ne justifie actuellement dans les pays développés ? La manière dont le sujet est traité aujourd’hui, intégré dans le projet de loi PLFSS, n’est pas honnête car elle consiste à escamoter le débat. C’est une députée LREM, Mme Blandine Brocard, qui vous le rappelle : « En dehors de toute urgence sanitaire démontrée, l’obligation vaccinale est un sujet qui mérite un débat dédié. […].Dans le fond rien n’oblige à ce que nous agissions dans la précipitation pour décider dans un calendrier vaccinal contraint par l’élargissement de l’obligation vaccinale au 1er janvier 2018 ».
Les Français ne sont pas plus arriérés que les Allemands, les Suédois et autres peuples d’Europe qui ont une couverture vaccinale correcte sans être contraints. Ils sont même souvent plus frondeurs. La coercition, ils n’aiment pas. Votre gouvernement qui s’honore de défendre les libertés (c’est bien le moins dans un pays à l’initiative des Droits de l’Homme), va aboutir au résultat opposé à celui que vous cherchez. Je fais, nous faisons (car nous sommes extrêmement nombreux à penser comme moi), appel à l’intelligence de nos gouvernants.

Vous m’aviez proposé une rencontre il y a quelques mois. Je n’étais pas libre. Je suis bien consciente que votre temps est compté mais je vous demande de bien vouloir m’en proposer une autre à Grenoble dans les jours ou les semaines qui viennent car j’ai beaucoup d’informations à vous donner. Je vous en remercie à l’avance.

Veuillez agréer, Monsieur le député de mon département, l’expression de ma considération distinguée.

 

Lucienne Foucras

Secrétaire générale du Revahb

 

Précision ajoutée le 31 octobre : la rencontre n’a pas et n’aura pas lieu. Elle est devenue inutile.

 

 

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