Le Bio et les pauvres (enfin, une pauvre : moi)

J'étais très à contre courant quand je parlais de bio aux assistantes sociales : elles étaient estomaquées : comment, une pauvre qui a le culot de demander à manger bio ?

Pourtant, dans les dons aux associations caritatives, parfois, il y a des dons bios. Mais je n'en ai jamais vu la couleur, à part un paquet de biscuits qui trainait sur le bureau d'un "organisatrice" et que j'ai fini par lui piquer, en lui disant ce que j'en pensais.

Par contre, il y avait des boites européennes... ces boites, je voudrais que tous les gens riches y goutent. (les "animatrices-bénévoles" les plus pauvres nous glissaient : "tu n'as pas un chien ?". Je me demande si elles existent encore. Ici, le minimum vieillesse ne donne droit à aucune aide : on fait partie des riches. Je suis sûre qu'elles ont contribué à faire aimer l'Europe aux pauvres...

A une époque, j'ai été, pendant 6 ans, salariée agricole. (enfin, quand il y avait du boulot...).

J'ai même été salariée dans le bio. Mes patrons me proposaient à pas cher les trucs un peu daubé... mais moi, je déteste le daubé : je sens la moindre particule de moisi envahir tout le gout du légume. Du coup, je ne mangeais pas de légumes, ou presque. C'était un travail épuisant, et pourtant j'étais encore jeune (entre 33 et 39 ans) - j'avoue, je m'achetais trop de livres... (alors là, ne me dites pas : pourquoi ne vas-tu pas à la bibliothèque ! je lis selon mes centres d'intérêts, et ils coincident rarement avec ceux des bibliothécaires, mis en esclavage par des centrales d'achat).

ex : 20 ans après ma demande, le journal "La Hulotte" est enfin dans les rayons à accès gratuit.

Je travaillais dans ce domaine du salariat agricole par principe : je refusais de collaborer à toute structure supposant me donner une autorité sur quiconque. Je croyais avoir compris que c'était moi qui devais me remettre en cause, et plus la politique générale. (urf, urf urf : j'en vois plein qui font pareil actuellement... les pauvres). La paix de l'esprit qu'on a lorsqu'on travaille dans les champs est ENORME !

Bref, le bio, c'est cher ! ET certains puristes me reprochent même d'aller l'acheter dans une superette, où il est quand même moins cher, et jamais daubé. !

De la pauvreté volontaire je suis passée à la pauvreté subie. Et mes rapports avec le bio sont toujours difficiles, avec le minimum vieillesse.

La boboitude est cruelle avec les pauvres, et ici personne n'a songé à prendre des mesures, genre : cantine bio pour les pauvres ? et ben non; même pas capables de le mettre en place pour les enfants... alors, les vieux...

PS : je parle de moi, parce que c'est ce que je connais le mieux, et je suis sûre de ma source. Mais j'espère que les intellos qui lisent Mediapart sauront extrapoiler !

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