Un de nos profs, qui fit une carrière universitaire disons, un peu terne mais solide, nous expliquait, lors d'une mini réunion organisée à la bibliothèque dans le "mai 68" finissant, qu'il avait du "avaler des couleuvres" pour réussir... L'université, gardienne du Savoir, est un lieu de pouvoir, qui même s'il se fait discret, est parcouru, comme le monde politique, de courants et de tenues de fiefs...
le pouvoir des "sachants" et le pouvoir de leurs discours, le pouvoir des mots coule en cascade sur tout le système, même jusqu'au cœur des classes de l'école primaire, les "profs" résistant difficilement à l'expression de ce pouvoir, par la distribution des appréciations (et là ça peut même être violent) à la conscience du danger que court un "mauvais" élève : son avenir, sa réussite sociale sont en jeu !
Et ensuite, les profs, pas toujours conscients de ce qu'ils transmettent ainsi, de leur pouvoir de destruction, de leur pouvoir verbal terrifiant, s'étonnent que ceux qui ne savent pas acquérir ce pouvoir se révoltent, en allant pour quelques cas rares, jusqu'à la violence physique.
Quoique réussissant bien en classe... j'étais très douée en maths... j'ai quand même eu droit à ces gifles aux apparences anodines- me faire ridiculiser devant toute la classe, pour un récit habile mais un peu délirant (en fait j'avais "pompé" un peu ce pauvre Edgar Alan Poe), ou pour une traduction maladroite. Bizarrement, cela coïncidait avec la période tragique du divorce de mes parents...
Mais quel autre pouvoir les profs pourraient-ils exercer ?
Alors que j'essayais de plaider la cause d'un petit élève malheureux de ne pas arriver à lui plaire,( il venait au soutient scolaire), auprès d'une instit qui l'avait pris en grippe, elle me sortit : "j'en ai maté d'autres" (texto !!! ) .
Le monde dans lequel ils évoluent est strictement verrouillé... et bien peu échappent à ces "petites compensations" de leur ego lui-même humilié.
Voudraient-ils faire vraiment du bon boulot, ils risqueraient de se heurter à la hiérarchie, et à ces "préfets" que sont les "rectorats" - gardiens eux aussi de l'Ordre et de la médiocrité !
Le pouvoir des mots, le savoir sur son utilisation comme arme et comme moyen pour grimper l' échelle sociale... c'est même étonnant qu'il n'y ait pas plus de révoltes !
(j'avoue que quand ça a été le tour de mon enfant, j'ai étouffé dans ma gorge toute les protestations indignées - pour lui permettre de "s'en sortir" brillamment - j'ai été une vraie hypocrite, et j'ai oublié que "ils n'avaient pas d'habits du tout" )