Le Pays Basque

C'était il y a presque 40 ans, et comme beaucoup de vaincus de mai 68, mon errance m'avait amenée à "la campagne", là où j'espérais trouver un peu plus de sagesse, me réformer moi-même...cultiver un jardin...

Parmi les néo-culterreux le folklore circulait, je ne sais pas très bien pourquoi. Moi j'aimais la danse et la musique, et pas le rock (rythme révoltant et bête), donc la musique "folklorique" me convenait bien. Bon, c'est pour esquisser le contexte.

C'est dans ce contexte "folklorique" que je me suis trouvée à table à côté d'un artiste basque, et cet homme a vidé son sac, car il s'était rendu compte que le combat terroriste ne menait à rien, (le peuple ne suivait pas), et il se rendait compte que ses anciens amis étaient engagés dans une frénésie qui n'avait plus rien à voir avec la politique (au sens noble du terme). J'ai été touchée par son émotion sincère. Ce n'était pas un choix facile que d'abandonner ses compagnons. Ça n'est jamais facile d'abandonner un "parti" si microscopique soit-il, car on perd aussi ses "amis" (ça je le savais par expérience).

Je ne l'ai jamais revu après ce repas, je ne sais pas son nom, mais j'ai plus compris sur le combat des basques, ce jour là, que par toutes les analyses politiques qu'il y aurait pu y avoir dans les medias (en fait, y en avait pas, évidemment, et seul le "terrorisme" était mis en avant).

La conscience de cette tragique erreur m'a terriblement marquée. Et en même temps, j'ai gardé une grande sympathie pour ces gens qui se trompent, mais avec tant de courage, et un côté suicidaire que je comprends profondément. Oui, quand on a pas su soulever le peuple pour une cause que l'on sait juste, à jamais on a mal, et cette souffrance peut faire faire des erreurs tragiques.

Aussi, quand les basques section armée ont proposé la paix, j'ai beaucoup admiré qu'ils aient réussi à se rendre compte de l'impasse dans laquelle ils s'étaient jetés. Et je n'arrive pas à comprendre l'absence de réponse en face.

Les hypothèses sur cette incompréhension que je peux faire ne sont pas flatteuses pour leurs auteurs : il me semble que c'est cet esprit de fonctionnaire qui garde "son" territoire sur lequel il "se paie"et assure un pouvoir sordide, Cet esprit de bureaucrate étroit (même quand il se croit "haut" fonctionnaire), nourri de bien-être parasitaire et de centralisme pas très démocratique, cet esprit ne peut-il donc s'ouvrir ? est-il si déterminé par son milieu ?

"Car depuis 2011 et l’arrêt de la violence au Pays basque, les gouvernements refusent de s’asseoir à la table des négociations. « Ce qui se passe aujourdhui est de la responsabilité des États », dénonce, dans un entretien à Mediapart, Raymond Kendall, secrétaire général d’Interpol de 1985 à 2001 et membre du groupe international de contact (GIC). Fondé en 2011 au lendemain de la « conférence pour la paix » conduite par le Prix Nobel de la paix Kofi Annan, le GIC réunit plusieurs personnalités internationales, expertes en résolution de conflit chargées de la coordination du processus de paix basque"

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