Sibérie Monamour, film de Slava Ross, sort en France mercredi

Un privilège que de découvrir cette splendeur en avant-première à «Univerciné» Russe de Nantes Edition 2011 ! Le jeune Slava Ross, virtuose de la caméra, de la mise en scène, du son, sait mettre son public dans sa poche (salle pleine et silence religieux).
Sibérie, Monamour (bande-annonce) © EUROPACORP

Un privilège que de découvrir cette splendeur en avant-première à «Univerciné» Russe de Nantes Edition 2011 ! Le jeune Slava Ross, virtuose de la caméra, de la mise en scène, du son, sait mettre son public dans sa poche (salle pleine et silence religieux). Contrairement à l'affiche et au synopsis laissant croire à du statique, beaucoup de vie grâce aux dialogues percutants, émaillés de quelques blagues de grande fraîcheur.

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Sous l'apparence d'un conte pour la jeunesse, c'est un témoignage de la Sibérie contemporaine, ce grand désert : enfant entouré de chiens d'une sauvagerie rappelant les loups, écarts de niveau de vie entre ceux qui ont à manger et les crève-la-faim et ce puits sans eau, signe d'un peuple qui sait ce qu'aride veut dire.

Filmé autrement que les grosses productions américaines, avec une poésie, une philosophie propres à l'âme slave, espiègle, vacharde, très empreinte de la pureté enfantine.

Des gros durs deviennent égarés ou s'amendent, des femmes rendent les coups reçus, un gamin déclare souhaiter la mort de son grand-père.

Le décor rappelle bien par moments, la neige en plus, le récent "Winter's Bone", qui décrit aussi l'obligation des populations sans sécurité sociale de s'arranger entre elles, l'angoisse pour la jeunesse obligée de composer avec des ressources toujours plus maigres. Et c'est vrai qu'ils négocient tout, les braves gens de ce film, même l'hospitalité. La notion de territoire de retour, exactement comme chez les bêtes, et on les comprend en constatant qu'il suffit qu'un cheval avec carriole détale pour que la mort rôde. Vu qu'il n'y a rien ou presque...

Le spectateur va et vient entre une famille rurale apparemment aisée qui explose, deux oligarques capricieux, un couple de jeunes égarés qui se comprennent (scène mémorable de tête qui tourne !) et quelques autres. Avec au centre, tandem croustillant, ce grand-père et son petit-fils en attente de son père... Le père, image de l'autorité et de l'exemplarité ardemment souhaitée en Russie et un peu partout dans le monde !

Outre la musicalité de la langue, les angles de vue ne cessent de surprendre. Il règne dans ce film un charme pictural qui fait presque livre d'images à lire aux petits le soir. Et que nous dit le cinéaste ? Que la puissance matérielle génère toujours plus de faiblesse morale à l'inverse de la misère extrême (je dis bien extrême) qui, elle, renforce les défenses et crée l'entraide.

A méditer...

Sortie officielle en France mercredi prochain 20 avril !

 

 

 

 

 

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