Le téléphone arabe de Sameh Zoabi

Téléphone Arabe - Bande annonce (VOSTFR) © Sous les Projecteurs
Téléphone Arabe - Bande annonce (VOSTFR) © Sous les Projecteurs

Le titre peut faire reculer, le synopsis laisser croire à une bluette. Erreur, Sameh Zoabi sème de la dérision là où nous voyons habituellement violence sur violence. Il sait que le degré de toxicité des antennes-relais serait discutable, que les réelles frictions entre communautés ont créé des partis pris viscéraux que ne gommera jamais sa volonté d'humour.

Comme mes voisins de fauteuil trahis par leurs rires, j'ai embarqué à la première seconde, accrochée aux yeux lumineux et aux fossettes de Jawdat (Razi Shawahdeh) face à son paternel, une véritable incarnation de Max (animation "Max & Mary", 2009). Bien noté les obligations religieuses et les liens du sang qui vous placent là où vous devez vous trouver, constaté l'ambiguïté des autorités quand un lobby rajoute aux rancoeurs séculaires, et même imaginé vivre ainsi entrave sur entrave sans porte de sortie ou si peu.

Côté forme, amettons que ça n'ait rien à voir avec les témoignages cinématographiques à ce jour sur la communauté palestinienne israëlisée sur son sol depuis 1948. Pas intellectuel pour un sou. C'est plus frontal, à en devenir familier, picaresque.

La sensualité ironique de la jeune fille en voiture ou la mère redoutable en gréviste de cuisine apportent leur note de tempérance, en pleine contradiction avec les habituels clichés.

Si la violence affleure, elle est aussitôt transfigurée, pas de sang, de l'eau sur la fin... Le portable, avantages-inconvénients, reflet de la mondialisation qui sature de besoins et implante ses antennes là où la riposte sera vaine, voilà l'ancrage pour ce film réalisé en 2010 et sorti cette semaine sur les écrans français.

Sous le pacifisme affiché, il y a matière à s'identifier, à se dérider sans offenser qui que ce soit. Bravo à cette pirouette estivale produite par plusieurs pays dont certains sont censés ne jamais coopérer !

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