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Billet de blog 19 avril 2023

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Appel à la solidarité avec l’avocat libanais des droits humains Nizar Saghieh

Dans une décision du 3 mars 2023, le Conseil de l’Ordre des Avocats de Beyrouth modifie son règlement intérieur : les avocat·es membres n’ont désormais plus le droit de prendre la parole dans les médias, sauf autorisation préalable du bâtonnier. D’une liberté constitutionnellement garantie, la liberté d’expression devient une liberté à quémander. 

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Dans une décision du 3 mars 2023, le Conseil de l’Ordre des Avocats de Beyrouth modifie son règlement intérieur : les avocat·e·s membres n’ont désormais plus le droit de prendre la parole dans les médias, sauf autorisation préalable du bâtonnier. D’une liberté constitutionnellement garantie, la liberté d’expression devient une liberté à quémander, soumise à l’arbitraire de l’appréciation d’un homme (le bâtonnier) et de son Conseil. 

Cette atteinte inédite à la liberté d’expression des avocats, est le symptôme d’un contexte général de restriction des droits et libertés au Liban. Tout discours alternatif, qui va au-delà de slogans généraux et rabâchés comme le « respect de l’État de droit » ou la « lutte contre la corruption », se trouve sous le coup de poursuites judiciaires, souvent devant des juridictions d’exception (le Tribunal militaire) : c’est le cas lorsqu’il s’agit de dénoncer les violences structurelles à l’encontre des catégories sociales marginalisées ou d’accuser des personnalités de premier plan dans l’explosion du port de Beyrouth (4 août 2020). 

La décision prise par Nader Gaspard (le bâtonnier de Beyrouth) et son Conseil s’inscrit dans ce contexte général de décrépitude. 

Le 20 avril 2023, c’est l’avocat des droits humains Nizar Saghieh qui est appelé à comparaitre devant le Conseil de l’Ordre pour avoir contesté la décision du 3 mars 2023. Il est menacé de radiation. 

Pourquoi soutenir Nizar Saghieh et la liberté d’expression des avocats du Barreau de Beyrouth 

Il est impossible d’être exhaustif, tant les combats menés par Nizar Saghieh et ses camarades de l’ONG Legal Agenda (qu’il a co-fondée en 2009) sont nombreux. Et c’est notamment leur médiatisation qui les a rendus possibles. 

Face à l’impossibilité d’envisager la transformation par les urnes, tant les structures confessionnelles sont restées ancrées dans l’imaginaire collectif, tant les partis politiques confessionnels ont établi leur hégémonie du fait de réseaux clientélistes et financiers, la stratégie menée par Nizar Saghieh a été de porter le combat politique devant les tribunaux : l’arène judiciaire, seul espace où il serait possible d’obtenir « quelque chose », même si les victoires ne seraient que ponctuelles. 

Tous les médiums de l’espace politique ont alors été investis pour multiplier les auditoires auxquels les autorités judiciaires et administratives devaient répondre. Des combats autrefois étouffés se sont trouvés médiatisés, émergeant dans l’espace public et résonnant au-delà du temps judiciaire, rendant d’autres mobilisations possibles. 

Plus particulièrement, la convocation de Nizar Saghieh devant le Conseil de l’Ordre des avocats de Beyrouth constitue une menace à peine voilée contre les avocat·es des droits humains au Liban. 

Ce sont tant de combats menés (et en cours), tant de victoires arrachées, qui se voient aujourd’hui soumis au contrôle strict du Conseil du Barreau : dépénalisation de l’homosexualité, lutte contre les violences sexistes et sexuelles, défense des travailleuses migrantes, défense des droits des travailleurs devant les tribunaux, consécration d’un droit à la vérité aux familles des disparus durant la guerre civile libanaise, défense de manifestants durant les mouvements du 17 octobre 2019, défense du domaine public littoral, défense des droits des « petits » déposants dans les banques libanaises, etc. 


Parce que les membres du Barreau de Beyrouth entretiennent des liens étroits avec leurs confrères et consœurs français·e·s,
Parce que cette atteinte risque de rétrécir les horizons d’émancipation possibles, 

Ce texte, à diffuser, est une invitation à intensifier la pression sur le Barreau de Beyrouth pour annuler sa décision du 3 mars 2023 et apporter un soutien franc aux avocat·e·s militant·e·s des droits humains au Liban encore sur le front, malgré des conditions d’exercice difficiles. 

Lien de la pétition (en anglais) pour venir en soutien à Nizar Saghieh. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.