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Billet de blog 27 juil. 2020

“Se gorger de sens et de beauté au point d’en éclater”

Il y a parfois des moments au cours desquels tu te remets en cause. Tu interroges ta relation aux autres, ta relation au monde, au vivant, au mort, à la lutte, à tes peurs et à toi-même Cela m’arrive de temps en temps, trop rarement certainement, et c’est chaque fois à travers quelqu’un.

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Il y a parfois des moments au cours desquels tu te remets en cause. Tu interroges ta relation aux autres, ta relation au monde, au vivant, au mort, à la lutte, à tes peurs et à toi-même
Cela m’arrive de temps en temps, trop rarement certainement, et c’est chaque fois à travers quelqu’un.
Une même personne a réussit à déclencher ça deux fois en 1 an.
La première par messenger à propos de ma relation aux femmes et la seconde à travers les mots d’un poète Algérien en me faisant envoyer un ouvrage réédité par Terrasses éditions. J’ai décidé de vous en parler mais je suis bien emmerdé car je ne sais pas ce qui est le plus brillant …
Ce poète, la maison d’édition ou elle …

L’éditeur entame sa note par

“Jean Sénac marchait vite, parlait vite,

vivait vite, du pas de celui qui sait son temps compté

et force le poème à se gorger de sens et de beauté

au point d’en éclater.”

Mourad Bourboune

J’ai donc entre les mains un ouvrage qui va parler de poésie, un ouvrage qui va m’emmener dans le lyrisme de gens qui ont parcouru des chemins tortueux, un essai (le seul de Sénac) devenu introuvable dont la musicalité aura pour objectif d’éveiller les consciences, de raviver les braises d’espoir. Une forme de softpower (concept fourre-tout que l’on croit si moderne) pour relater une réalité, une vision de l’histoire et de la culture.

Cool. Un bon moment de juillet, je me plonge dedans gaiement.

Et puis il y a la première phrase…

“Poésie et Résistance apparaissent comme les tranchants d’une même lame où l’homme inlassablement affûte sa dignité.”

Moi ça m’a cueilli … J’ai refermé le livre et je me suis mieux installé pour de longues heures car je savais à ce moment là que je ne pourrais plus lever le nez.

Le “Lyrisme maquisard” (putain que j’aime cette expression!). On pourrait croire au départ à un oxymore mais il n’en est rien. Voila de quoi traite cet essai de Jean Sénac, du “Lyrisme maquisard”. Ou comment résister, lutter et faire la révolution avec des mots. Comment transmettre la brutalité des existences grâce à la dimension implacable du mot ou du verbe. Voilà dans quoi ce poète nous entraine peu à peu. Il émaille de poèmes et citations arabes, de René Char ou encore ..

“… Peuplades soumises, aux armes !

Qu’en vos coeurs domptés revive l’antique courage !

Brandissez de nouveaux vos épées ! Et, vous souvenant de Jugurtha, repoussez les vainqueurs ! Versez votre sang pour la patrie !

Oh ! Que les lions arabes se lèvent pour la guerre et déchirent de leurs dents les bataillons ennemis !”

Arthur Rimbaud

Dans cet essai (écrit en 1957) se bouscule le mouvement des Gilets jaunes, les Femen, les mouvements féministes ou antiracistes. On y comprends que toute colonisation est toujours douce dans sa longueur (sans dire pour autant qu’elles ne sont pas violentes et sanglantes) mais que son noyau dur réside dans l’effacement. Les noms, les mots, les genres, les singularités. Tout disparait dans le sable du désert peu à peu pour ne façonner qu’une image uniforme et conforme. Jean Sénac exprime avec un esprit acéré toute la stratégie de Disney alors qu’il nous parle de l’Algérie, de son Algérie et de celle “des femmes de son pays à à ses frères écorcheurs de ténèbres”.

On comprends que toute révolution est nécessairement violente et que l’art, la dignité et le lyrisme en font partie. “Le poète prends note de l’Histoire maçonnée par le peuple. Il ajoute la ponctuation, équilibre la syntaxe et transmets le relais aux vigilants. A tant de plaies il arrache les seules paroles qui ne périront pas. Il tire d’une action localisée les signes universels et les constantes où le coeur de l’homme se reconnait. Les pieds dans la boue et le sang, par la dignité de l’art, il perpétue la dignité d’une cause. Il ouvre à deux battants le soleil sur nos larmes”Si en lisant ça ton coeur ne se gonfle pas, si les larmes ne te montent pas aux yeux et si un cri ne monte pas dans ta gorge: il n’est peut-être pas nécessaire de continuer la lecture de ce billet…

Parcourir cet essai c’est s’interroger sur ses propres modes de résistance. C’est aussi se raffermir sur l’intransigeance nécessaire, l’absence de compromission et la pureté résumée par René Char

“Face à cela, A TOUT CELA, un colt, promesse de soleil levant.”

Car dans la découverte de ce qu’on vécu les algériens et de la beauté de cette résistance (oui je n’ai jamais été éduqué à la réalité de la colonisation de l’Algérie). Jean Sénac nous enseigne à regarder différemment ceux qui résistent “… les signes universels et les constantes..” voila la grandeur du poète: l’intemporalité de sa plume. Les corps des Femens qu’elles liberent en les jetant en pâture aux medias pour que le verbe circule car auparavant, quand elles les inscrivaient sur des pancartes, personne ne les lisait ou ne les relayait. La lutte sans cesse pour l’éducation, pour que les mots aient un sens, pour que les particularités culturelles résistent à Netflix, Apple et Disney.

La lutte de cet homme pour avoir un nom

La résistance d’une langue et d’une civilisation

La permanence de la dignité

Il y a l’essai de Jean Sénac et puis il y a le travail de l’éditeur qui rassemble des poèmes, des textes, des témoignages. Des mises en abîme et des mises en lumière.

C’est le second coup dans l’estomac. Le travail de Terrasses editions est remarquable car ils vous donnent pour 10 balles un objet entre les mains. Un objet qui a été pensé, construit avec minutie.

Un objet que vous rouvrez, re-parcourez de temps à autres.

Un objet qui est précieux

10 BALLES !

Il y a le fonds du texte et la forme du livre. Les deux se nourrissent et se justifient. J’ai passé une longue journée et plusieurs nuits avec Sénac, Camus, Rimbaud, Hamid Nacer-Khodja, Saïd Yacine, Ghaouti Farine, Lamis Saïdi.

Des nuits folles et profondes.

Des nuits de larmes et de sourires.

Des nuits la gorge serrée par mon ignorance.

Si tu as déja entonné un chant qui signifie quelque chose pour toi +1 autre humain:

Si tu as déja écrit une pancarte:

Si tu as déja gribouillé une revendication sur ton cahier de texte ou dans un cahier de classe:

Si tu as déja été frappé par la justesse d’une pancarte de manif:

Alors tu aimeras le lyrisme maquisard de Yahia El Ouarhani …

http://terrasses.net/ 

Quant à elle, je vous en reparlerai une autre fois…

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