Sol, fin du premier épisode

Après plus de quatre heures de débats parfois furieux, les «indignés» madrilènes ont finalement décidé, à l'unanimité, dans la nuit de mardi à mercredi, de défaire dimanche prochain le campement de la Puerta del Sol. Ils suivent de près leurs collègues barcelonais, qui ont pris dimanche une résolution quasi-identique sur la place de Catalogne.

Après plus de quatre heures de débats parfois furieux, les «indignés» madrilènes ont finalement décidé, à l'unanimité, dans la nuit de mardi à mercredi, de défaire dimanche prochain le campement de la Puerta del Sol. Ils suivent de près leurs collègues barcelonais, qui ont pris dimanche une résolution quasi-identique sur la place de Catalogne.

Il a fallu des dizaines et des dizaines d'interventions, de «propositions de consensus», de tours de paroles à n'en plus finir, de «nuances» à apporter, et pas moins de quatre modérateurs, qui ont tous terminé à bout de nerfs, pour que les quelque 600 personnes réunies ce soir-là en assemblée générale, s'entendent. La séance a parfois viré à la thérapie collective, tant certains ont donné toutes leurs énergies, depuis plus de 20 jours, pour faire vivre ce village de toiles en plein cœur de Madrid. «Je vais être très triste», a prévenu l'une des participantes réticentes au départ.
Dimanche et lundi, les deux assemblées générales avaient dû être annulées, à cause de violentes averses. Cette fois, un gigantesque auvent a été confectionné dans l'après-midi, et hissé en prenant appui sur les poteaux de la place, pour permettre le bon déroulement de l'assemblée. «Nous ne quittons pas Sol, mais nous levons le campement», a pris soin de préciser l'un des modérateurs: les assemblées générales devraient se maintenir, selon une périodicité encore inconnue, sur cette place devenue l'emblème de la «génération perdue» espagnole.
«L'occupation est un instrument de travail, pas une fin en soi», a expliqué le porte-parole de la commission «Justice», en ouverture des débats, pour justifier le départ. «Nous avons terminé notre travail, nous n'avons plus rien à dire depuis Sol», a renchéri un autre. «Mais il faut que la classe politique sache qu'à tout moment, nous pouvons décider de revenir.» Le départ est fixé au 12 juin, soit quatre semaines, jour pour jour, après la manifestation du 15 mai, qui a donné son nom au mouvement 15-M.
Il est en fait très probable que des campeurs restent à Sol au-delà de dimanche. C'est d'ailleurs pour cela que le consensus a été si long à obtenir: une vingtaine d'«indignés» récalcitrants ne veulent pas quitter la place. Ils préfèrent attendre que les forces de l'ordre les expulsent. Plus radicaux, et désireux d'entretenir un rapport de force plus musclé avec les autorités, ils raillent le parti-pris «gestionnaire» de la majorité des campeurs. Il a donc fallu s'armer de patience pour faire émerger un consensus qui obtienne l'unanimité des présents, comme l'exigent les règles de Sol.
Voici l'astuce: parallèlement au départ des campeurs dimanche, il a été décidé que ceux qui prévoient de rester soumettront au débat, lors de l'assemblée générale de mercredi soir, d'autres propositions pour l'avenir de leur campement. Si elles sont «actées», ces propositions engageront l'ensemble du mouvement. Une pirouette, censée permettre de respecter la diversité des troupes...
Les campements sur les places d'Espagne sont en voie de disparition. Mais le «15-M», lui, ne faiblit pas. Désormais, l'enjeu, à Madrid, est double: renforcer les assemblées de quartier, lancées fin mai, et améliorer la coordination avec les autres villes «indignées» d'Espagne et d'Europe. Le laboratoire espagnol se poursuit.
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Une généalogie du mouvement du 15-M

Le 15-M à l'assaut des quartiers: reportage à Lavapiés

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