Hongrie: le Parti populaire européen toujours aussi buté

L'Union européenne continue d'hésiter sur la stratégie à appliquer face aux dérives du gouvernement hongrois et les positions pro-Orban du Parti populaire européen (PPE) compliquent toujours autant la donne.

L'Union européenne continue d'hésiter sur la stratégie à appliquer face aux dérives du gouvernement hongrois et les positions pro-Orban du Parti populaire européen (PPE) compliquent toujours autant la donne. 

Jeudi au Parlement européen, des lignes de fracture a priori difficiles à surmonter sont réapparues, lors d'une série d'auditions de responsables politiques et d'ONG, pendant plus de quatre heures, sur la situation en Hongrie. Des divisions qui avaient déjà électrisé un précédent débat, organisé en janvier à Strasbourg, en présence du premier ministre hongrois Viktor Orban.

Cette fois, c'est le vice-premier ministre du gouvernement hongrois, également ministre de la justice, Tibor Navracsics, qui s'est invité dans les discussions à Bruxelles, pour défendre la politique du Fidesz, le parti au pouvoir, et répondre aux nombreuses mises en cause de l'après-midi, du traitement des minorités au pluralisme des médias. Dociles, les élus du PPE lui ont emboîté le pas. Ou se sont en tout cas refusé à le critiquer frontalement.
 
Le PPE, qui compte Viktor Orban parmi ses vice-présidents, participe à une «stratégie de banalisation» du Fidesz, lequel exerce «une tyrannie majoritaire», s'est emporté Louis Michel, un eurodéputé libéral belge, ancien commissaire européen au développement.

Ce débat devait préparer le terrain à une éventuelle résolution du Parlement européen, la semaine prochaine à Strasbourg, sur la Hongrie. Principale interrogation: les élus vont-ils se prononcer pour activer l'article 7 des traités européens, une procédure extrêmement lourde, mais qui peut aboutir, à terme, au retrait du droit de vote du pays sanctionné au sein du Conseil européen? (lire notre article sur le sujet)


Verts, libéraux, gauche unitaire (GUE) et une partie des socialistes y sont favorables. Mais le PPE ne veut pas en entendre parler. Depuis des semaines, il rabâche la même position: nous suivrons les avis de la Commission, et n'irons pas plus loin d'ici là. «Le Parlement européen ne doit pas devenir un tribunal public», a ainsi lancé Simon Busuttil, un eurodéputé issu de la première force politique au Parlement.


Les élus du Fidesz commencent, eux, à connaître leur argumentaire sur le bout des doigts. Ils dénoncent, à tour de rôle, le «deux poids deux mesures» de l'Union européenne, qui ne s'en prendrait jamais de la sorte à un «grand pays» du continent, et la «conspiration politique» des socialistes et des Verts à l'encontre d'un gouvernement de droite. Au final, toute cette mise en scène contre la Hongrie finirait par saper la légitimité du Parlement européen, et alimenterait l'euro-scepticisme…


Le blocage, côté Parlement, tranche avec un certain activisme de la Commission. Jeudi, en ouverture des débats, la commissaire européenne Neelie Kroes s'est dite «très préoccupée» par la Hongrie, en particulier par la nouvelle loi sur les médias, qui menace, selon elle, la liberté de la presse. Elle a cité en exemple le cas de «Klubradio», une radio privée et d'opposition, qui n'a pas obtenu de licence à Budapest, et dont le président avait d'ailleurs fait le déplacement à Bruxelles ce jeudi.

 
Depuis le 17 janvier, l'exécutif dirigé par José Manuel Barroso a ouvert trois procédures d'infraction à l'égard de la Hongrie, sur d'autres sujets. Elles portent sur l'indépendance de la Banque centrale, sur celle de l'autorité de la protection des données, et enfin sur l'avancement de l'âge de la retraite des juges. Budapest a un mois pour modifier ses textes, faute de quoi des sanctions seront engagées.


Sur presque chacun de ces points, le vice-premier ministre a fait le dos rond, assurant que l'«on devrait arriver à un accord». Exactement comme Orban l'avait déjà prédit, devant les parlementaires en janvier. Mais de plus en plus d'élus s'inquiètent d'un double discours des autorités hongroises, conciliant à Bruxelles, rebelle à Budapest. «Des propos lénifiants, doucereux (à Bruxelles), mais quand on est là-bas, on dit qu'on est allé dire à Bruxelles leur vérité», selon Charles Michel.


Prié de dire par Neelie Kroes s'il s'engageait à appliquer les éventuelles propositions de réforme que formuleraient le Conseil de l'Europe en matière de liberté de la presse, le vice-premier ministre a répondu:
«Oui… (un silence). Si elles ne sont pas en contradiction avec le système législatif hongrois, oui…
- Ce n'est pas ce que vous m'avez dit dans mon bureau, rétorque la Commissaire.
- Non, c'est la même chose...»
Un échange qui en dit long, sur l'extrême fragilité du dialogue en cours, depuis quelques semaines, entre Bruxelles et Budapest.


Pour lire davantage sur la crise hongroise, côté journal (payant) de Mediapart: lire ici quatre reportages en Hongrie (janvier 2012), ainsi qu'un article sur «Pourquoi l'Europe est impuissante face à la Hongrie» (début janvier 2012).

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